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« The Greatest », le plus grand. Bien évidemment attribué subjectivement, cet adjectif n’en est pas moins le reflet d’une carrière forcément superbe. Jerry Rice pour les receveurs, Lawrence Taylor pour les linebackers, Joe Montana pour les quarterbacks, tous ceux-là sont considérés de la sorte à leurs positions. Un peu à part dans l’univers bodybuildé de la NFL, le poste de kicker a produit lui aussi son joueur ultime : Adam Vinatieri.
A 42 ans, l’homme aux 4 bagues de champion aura encore l’occasion ce weekend d’ajouter une page à sa legende, dans une Finale de Conférence AFC qui réunira les deux seules équipes qu’il ait connues en NFL.

Quand le clutch sonne

Le numéro 4, comme le nombre de Super Bowls remportés par Adam Vinatieri.
Le numéro 4, comme le nombre de Super Bowls remportés par Adam Vinatieri.

Yankton, Dakota du Sud. C’est ici qu’est né Adam Vinatieri en 1972, deux ans seulement après la fusion entre la NFL et l’AFL. Adam est l’arrière-arrière-petit-fils d’un immigré italien turinois, Felix Vinatieri, réchappant miraculeusement à la mort lors de la bataille de Little Big Horn en 1876 lorsque le Colonel Custer intime à son orchestre, dont il est le leader, de rentrer au camp plutôt que de le suivre sur le champ de bataille. L’histoire de la NFL n’en sera plus jamais la même. Cet épisode donnera d’ailleurs lieu à un court-métrage savoureux mixant réalités parallèles, et à l’accent très Fringien puisqu’ayant également lieu à Boston, dans lesquelles Adam Vinatieri n’est pas le kicker des Patriots lors de ce Super Bowl XXXVI de février 2002 remporté face aux Rams de St-Louis. La fiction n’étant heureusement pas la réalité pour les supporters des Pats, c’est bien le #4 floqué du nom Vinatieri qui se chargera de ce field-goal de 48 yards décisif. Le premier titre d’une décennie glorieuse pour les franchises bostoniennes, chacune remportant au moins un titre dans son championnat respectif.

« Je lui dis « Eh, quand tu seras nommé au Hall of Fame, je veux être celui qui prononce ton discours de présentation » Et il en rigole toujours parce qu’il est si humble. Je pense qu’il ne réalise pas combien il est important pour les kickers, les punters, les joueurs d’équipes spéciales » Pat McAfee, holder d’Adam Vinatieri depuis 2009

Mais, avant ce premier coup d’éclat sur la grande scène nationale et internationale, c’est à une autre bataille qu’Adam avait dû survivre, celle qui l’a finalement amené à devenir athlète professionnel.
Sportif émérite dans des disciplines aussi diverses que le basket, le foot ou la lutte, c’est aux positions de quarterback et de linebacker qu’il excelle lors dès ses premières années lycéennes.
D’ailleurs, sa dimension athlétique ne sera jamais aussi prégnante que lors de ce match de décembre 1996 entre les Patriots et les Cowboys où Vinatieri, non content de marquer les seuls 6 petits points de New England dans la défaite, sauvera un touchdown face à la légende Herschel Walker. Et de quelle manière !

Une performance qui aura sans doute inspiré son fidele holder, Pat MacAffee, en 2013 lorsqu’il se mit en tête d’annihiler le Bronco Trindon Holliday lors d’un retour d’engagement…

Cependant, suivant l’exemple de son petit-frère, Beau, il se transforme en kicker (citant, sur sa fiche Wikipedia, son «arrêt de croissance » comme la raison principale de ce changement), un repositionnement qui lui vaut une bourse universitaire à l’Université du South Dakota, après un court passage à West Point où il réalise vite que la célèbre Académie n’est pas faite pour lui, pourtant fils de militaire. Mais sortir drafté d’un tel programme de Division II semble improbable, voire impossible, encore plus lorsque l’on joue à l’une des positions les moins draftées, avec seulement 2 élus en moyenne sur 224. Sebastian Janiskowski, sorti d’un gros programme comme Florida State et pris en 17e position par les Raiders en 2001, n’était par exemple que le 4e kicker de l’histoire choisi au premier tour. Pour corser le tout, Adam n’excelle de toute facon pas vraiment à son poste, restant sur un 27/53 en carrière universitaire, dont un 4/12 lors de son année Senior. On fait mieux comme campagne de recrutement…
Evidemment non drafté en 1995, Vinatieri n’abandonne pas son rêve et « est prêt à tout pour faire partie de la ligue ».

Tout faire, à cet instant, c’est aussi mettre ses cliques et ses claques dans sa voiture, y dormir dedans et se diriger vers la Virginie pour y retrouver Doug Blevins, un homme né avec une paralysie cérébrale l’ayant cloué dans un fauteuil roulant mais devenu expert dans l’art de taper dans un ballon. Inondé de cassettes videos et de coups de fil par le jeune kicker, le coach l’ignore d’abord mais, une fois les films visionnés, il y voit un potentiel énorme, impression confirmée lorsqu’il le voit enfin en chair et en os sur ce terrain d’entrainement d’Abingdon, petite bourgade de 8000 habitants. Si seulement Vinatieri n’avait pas cette tendance à tant bouger ses hanches sur les coups d’envoi et à tant les tourner à gauche sur les field-goals! Pendant une année donc, c’est sur cet aspect technique que Viniatieri travaille ardemment avec Doug Blevins sur le terrain du lycée local, sans jamais oublier de finir chaque séance par un field-goal de 48 yards. 48 yards, l’exacte distance du coup de pied qui amènera sa première bague de champion à Vinatieri…

Star qui est clutch
Mais la trajectoire d’Adam Vinatieri pour passer de kicker non drafté à héros de tout un Etat va prendre un tour particulier dès 1995 en atterrissant sous les couleurs des Amsterdam Admirals de la défunte NFL Europe. Tout comme Kurt Warner, le joueur trouve là-bas ses premières sensations de professionnel en jouant devant des stades de 30000 ou 50000 personnes.

« Des gars qui étaient là-bas disaient « Ah, on m’a envoyé en deuxième division ». Moi, je me disais « Eh, je joue au foot et je peux découvrir plein de pays ». Je ne gagnais que 1100 dollars par match et j’en jouais 10. Pourtant, j’étais plus heureux qu’un porc dans la boue » Adam Vinatieri, sur son passage dans la NFL Europe

Grâce à ses performances en Europe, où les Admirals atteindront la Finale cette année là, Vinatieri est finalement signé pour le camp d’entrainement par les New England Patriots en 1996, où il doit apporter de la concurrence au vieux Matt Bahr. Il ne laissera aucune chance au vétéran, rapidement coupé. Mais si, pour sa saison rookie, Vinatieri fait du travail supplémentaire face a Herschel Walker, son coup d’envoi retourné pour un touchdown par Desmond Howard lors du Super Bowl XXXI est le clou final dans le cercueil des Patriots. Menés 35-21, le score n’évoluera plus. Brett Favre y gagnera là sa première bague alors que ce sera le dernier match de Bill Parcells à la tête de la franchise. Un tournant, déjà, de l’histoire de la ligue.

Apres l’essai infructueux Pete Carroll, c’est en 2000 qu’arrive Bill Belichick, ainsi qu’un quarterback drafté au 6e tour, Tom Brady. Ce trio Belichick-Brady-Vinatieri va être le tiercé gagnant du début des annees 2000, remportant 3 Super Bowls en 4 ans.
Après avoir « choqué le monde » ( © le Fab Five de Michigan) en remportant à la surprise générale leur premier Super Bowl face aux Rams, les Patriots remettent ça en 2003 et 2004. Leur marge lors de ces trois titres ? 3 points à chaque fois. Si l’écart final est dû à une remontée au score des Eagles lors du back-to-back de 2004, le dernier à avoir été realisé en NFL, Vinatieri avait encore été decisif l’année précédente face aux Panthers en ajustant un field-goal de 41 yards alors que le chrono égrenait ses dernières secondes, et après avoir manqué ses deux premières tentatives du match. « Mr Clutch » frappait encore !

Quel choc alors de voir Vinatieri s’exiler en 2006 pour rejoindre les ennemis des Colts. Après avoir joué la saison 2005 en tant que franchise-player désigné (lui offrant un beau salaire de 2,6 millions de dollars), le refus des Patriots de lui offrir plus de 3 millions la saison suivante, et leur proposition d’un contrat de trois ans alors qu’il en désirait un de cinq, ouvre la porte à une offre des Colts, se devant de remplacer un Mike Vanderjagt trop polémique. Et pour remplacer le kicker le plus adroit de l’histoire de la NFL, qui de mieux que le kicker le plus clutch de toute la NFL ? Malgré l’arrivée, et le succès general, de Stephen Gostkowski lors de la draft 2006, les Patriots n’ont plus remporté plus de Super Bowl depuis, perdant leurs deux occasions face aux Giants en 2007 et 2011.

Adam Vinatieri va, lui, profiter de l’abri du stade couvert d’Indianapolis (le RCA Dome puis le Lucas Oil Stadium) pour continuer à amasser toutes sortes de records et, surtout, un quatrième titre de champion en 2007 face aux Chicago Bears.
S’il n’apparait qu’à la seizième place au classement des kickers les plus adroits (avec 83% de réussite), ses 25 game-winners en carrière (dont 20 en dix saisons sous les couleurs des Patriots) sont une marque sans égal. Cette saison, en plus de devenir le joueur avec le plus de saisons (17) à plus de 100 points, il est également devenu le premier joueur de l’histoire à avoir marqué 900 points avec deux équipes différentes, New England et Indianapolis. Ces deux mêmes équipes qui se retrouvent ce weekend pour le droit d’aller rencontrer le champion de la NFC lors du Super Bowl XLIX dans deux semaines. Ce match sera également le 30e match de playoffs de la carrière de Vinatieri, un total qu’aucun autre joueur n’avait atteint avant lui dans l’histoire de la NFL.

Quelque soit l’accueil qui pourra lui être réservé, quelque soit le rôle qu’il jouera, celui du bourreau ou celui du «heros»,  les spectateurs du Gillette Stadium auront sans doute dans un coin de leur esprit le souvenir de ce jour de janvier 2002, il y a douze ans déjà. Le fameux match dit de la « Tuck Rule » aura également donné naissance au «Iceman». Surement le field-goal le plus impressionnant de l’histoire de la NFL et, en tous cas, celui que les fans des Patriots ont élu comme l’action la plus importante de l’histoire de la franchise. Le blizzard était de sortie, le ballon n’était plus qu’une brique et l’élimination était toute proche. Les 45 yards semblaient impossible à vaincre dans un tel déluge…mais pouvait-on vraiment attendre autre chose de la part d’Adam Vinatieri, le kicker au pied le plus clutch de l’histoire de la NFL ? « The kick is away. It is …good ! »

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15 Commentaires

  1. Salut Benoit,

    Je venais de penser que ça serait cool que tu fasses des portraits avec deux joueurs similaires en même temps. Je sais pas si tu me comprend bien mais faire un genre un portrait qui confrontte la carrière de AJ Green à celle de Julio Jones (même type de joueur, grosses universités, explosion rapide en NFL, etc)

    Merci d'avance et c'est pas grave si tu ne le fais pas, je porterais juste plainte au comico 😉

  2. Très bel bio pour un kicker ^^

    Non sans rires ces gars là sont super importants, on ne le dit jamais assez mais un kicker adroit ça fait gagner des matchs !

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