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Grand, beau, doué, humble et poli, Marcus Mariota a tout du gendre idéal. Avec sa façon de ne pas y toucher, de ne jamais hausser la voix et de ne jamais forcer les choses, des doutes ont pu apparaître sur sa réelle capacité à mener une équipe NFL au poste demandant le plus de charisme et d’estime de soi. Ce serait pourtant renier tout ce qui a fait son parcours que de le penser. Et c’est à 7000kms de Nashville et des Titans, dans cet Honolulu qui l’a vu naître et grandir, que l’on trouve les réponses à cette énigme qu’est le nouveau quarterback des Titans : un talent brut, simple, introverti mais au tempérament de gagneur jamais démenti.

Hawaii, l’ennui comme meilleur ami

Forcément, lorsque vous naissez à l’ombre d’une montagne appelée « Diamond Head » ( « La tête de diamant »), les chances sont de votre côté pour que votre vie parte du bon pied. Et pourtant, naître au milieu du Pacifique, à quelques 4000 kms de Los Angeles, ne fait pas que des envieux. A part aller à la plage et jouer au foot, les loisirs sont peu nombreux sur « le Caillou », dénomination estampillée Darnell Arceneaux, le coach de Marcus Mariota au lycée de Saint-Louis (Hawaï). Plonger dans l’immensité de l’océan sur sa plage préférée de Sandy Beach, baptisée « Breakneck Beach » par les les insulaires pour sa dangerosité, Marcus Mariota l’a fait plus que de raison, pour se relaxer. Mais le football a toujours été ce qui l’a passionné. Dès le 4th grade (le CM1 en France), le jeune Marcus savait déjà ce qu’il voulait faire : « être quarterback professionnel », au grand désarroi de son institutrice, Mme Tupper. Des années plus tard, elle dira qu’  « elle se sentait d’ailleurs un peu idiote d’avoir été celle qui a essayé de l’en dissuader ». La publicité « Origin » de la First Hawaian Bank omettra néanmoins ces doutes initiaux, le père de Marcus Mariota préférant concentrer sa narration sur le parcours, truffé de récompenses, de son fils depuis cette feuille de papier annonçant déjà un destin si particulier.

Ce n’est pas un hasard si le père de Marcus, Tao, se retrouve en première ligne dans cette mise en abyme scénarisée. Samoan d’origine, alors que la mère du quarterback est native d’Alaska, c’est lui qui a enseigné à Marcus la place de la tradition, immense, à Hawaï et le caractère inestimable de l’Ohana, la famille. Pourtant, avec cette mentalité, les joueurs de l’archipel sont bien plus réputés pour être de formidables animateurs de vestiaires et d’inestimables coéquipiers que des stars en devenir. Si les qualités physiques des descendants samoans en font des linemen de poids, aucun de ces joueurs hawaïens n’avait pu auparavant accéder à ce niveau de compétitivité au poste de quarterback où l’égotisme fait pratiquement partie des qualités requises et voulues.

« Marcus montre qu’on peut être humble et respectueux tout en étant un gagnant. On n’a pas à changer pour ça. Ce qu’il réalise donne de l’espoir à tant de jeunes qui, eux aussi, pensent pouvoir le faire » Vinnie Passas, coach des quarterback au collège Saint-Louis (Hawaï)

C’est cette même mentalité qui laissera Marcus laisser d’autres quarterbacks le doubler dans la queue lors d’exercices estivaux sur le campus d’USC avant que son père ne lui rappelle que « sur le continent, on doit se battre et penser d’abord à soi ». Mais si, question mentalité, le jeune Marcus a dû travailler pour arriver aux standards requis sans jamais perdre l’essence même de sa personnalité, question talent, il a toujours eu un océan d’avance sur ses compétiteurs.

Les jambes et la tête


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Quand débarque à Honolulu en 2010 le recruteur d’Oregon, Mariota n’est encore que remplaçant dans son équipe de lycée, barré du poste de « QB1 » par Jeremy Higgins, un joueur capable de sortir des matches à 391 yards et 6 touchdowns qui lui valent un statut d’All-American. Mais le talent du jeune Marcus, visible par séquences de 6 à 8 actions par match, n’a pas échappé au réseau des Ducks, dont le quarterback cette année-là est également originaire d’Hawaï, Jeremiah Masoli.
Mark Helfrich, alors coordinateur offensif et coach des quarterbacks avant de devenir coach principal suite au départ de Chip Kelly début 2013, n’en a d’abord pas cru ses yeux sur les vidéos. Sur place, il se rend compte que la « hype » est bien réelle et qu’un diamant, ne demandant qu’à être poli, a surgi sur les terres volcaniques de cette île du Pacifique. Plus encore, la réputation d’excellence en classe, de politesse hors du terrain et d’excellent mentorat de ses coéquipiers en fait un candidat à une bourse pour rejoindre les Ducks. Au bout de cinq minutes à le voir lancer de ses propres yeux, l’une des plus courtes évaluations de sa carrière, Helfrich appelle Chip Kelly et son jugement est définitif: « Ce gars est incroyable ! ». Le futur coach des Eagles n’en demande pas plus et lui dit de lui offrir cette bourse, quand bien même Johnny « Football » Manziel vient de s’engager à porter les couleurs des Ducks en 2011 avant qu’il ne reste finalement dans le Texas pour mener l’attaque des Aggies de Texas A&M.

« Ma stat préférée ? La victoire. Gagner est tout ce qui m’importe » Marcus Mariota

Des ses premiers pas sur le campus d’Eugene, Mariota impressionne par son talent mais également par son intelligence et sa personnalité. Quand il faut les trois-quarts de son année freshman à David Haines, son remplaçant et néanmoins excellent ami et colocataire, pour apprendre le playbook complexe des Ducks, Mariota arrive au camp d’entrainement en le connaissant déjà par cœur. C’est cette même mémoire et cette intelligence qui vont lui permettre de développer son idée de passer son diplôme de physiothérapie (comprenant des cours d’anatomie et de physiologie, que les étudiants-athlètes évitent comme la peste à cause de leur difficulté) en trois ans et demi au lieu de quatre, en augmentant le rythme de ses partiels de quinze à vingt-deux par trimestre, tout ceci sans empiéter sur les 20 heures hebdomadaires d’entrainement… Un des résultats les plus médiatiques aux Etats-Unis sera le fait qu’il n’aura seulement à réussir que deux examens de yoga et de golf lors de ses 6 derniers mois de cursus. Passionné d’apprentissage, on doit d’ailleurs souvent lui demander de rentrer chez lui pour pouvoir fermer le (ultra-luxueux) centre académique destiné aux 500 étudiant-athlètes de l’Université. Quotidiennement, « mais vraiment chaque jour! » dit Haines, le quarterback prend également le temps d’attraper la boisson et la barre énergetique qui lui sont destinées après chaque entrainement afin de pouvoir les donner à une personne dans le besoin, au carrefour entre le terrain d’entrainement et le centre académique.

Mais si Marcus Mariota a été drafté en seconde position par les Tennessee Titans lors de la Draft 2015, il le doit sans doute plus à son évaluation en tant que joueur et leader que pour son comportement hors du terrain. Et là aussi, son séjour chez les Ducks aura été (presque) parfait…

« Jésus, les filles et Marcus Mariota »


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C’est lors d’une conférence de presse au sortir d’une facile victoire en 2014 contre Colorado (44-10) qu’un jeune homme de 12 ans, fils d’un booster de l’Université d’Oregon, fait le buzz en apprenant à Mark Helfrich que « Jésus, les filles et Marcus Mariota » sont, dans cet ordre, les trois sujets les plus abordés dans son école catholique du coin. Au-delà de la réplique, qui fera naître une niche de merchandising, le collégien a pourtant bien résumé l’importance qu’a pu prendre Mariota au cours des trois années passées dans l’Oregon. Rien que dans sa Conférence de la PAC 12, ses 13038 yards accumulés en 41 matches sont un record, tout comme le sont ses 57 touchdowns en 2014 (dont 42 à la passe) ou son évaluation de 171,75 (avec un pourcentage de réussite de 66,75%). Alors que les 8,47 yards par jeu d’Andrew Luck à Stanford avaient défini un standard d’excellence qui lui a valu la premiere place de la draft 2012, les 8,67 unités de Mariota sont venus l’effacer des tablettes.

«  A la communauté polynésienne, j’espère et je prie pour que ce soit seulement le commencement. Aux jeunes athlètes polynésiens, prenez ceci comme une motivation, rêvez en grand et donnez vous pour but de faire de grandes choses » Marcus Mariota, lors de la remise de son Heisman Trophy

Son nom apparaît dans les rumeurs pour le Heisman Trophy (récompensant le meilleur joueur universitaire) dès 2013 mais c’est sa saison 2014 qui lui offre le trophée, avec 90,9% de votants en sa faveur, à seulement quelques encablures du record de Troy Smith en 2006 (91,6%).
La cérémonie donne lieu à un discours émouvant où, en larmes, il remercie à peu près toute la planète mais se veut également le porte-drapeau de la jeunesse hawaïenne, le signe qu’il est possible d’y arriver en venant du Caillou et finit en remerciant en samoan « Fa’afetai tele lava ».

Néanmoins, nul trophée collectif à accrocher à son tableau de chasse lors de ces trois saisons, Oregon perdant la finale NCAA en 2014 face à Ohio State après avoir pourtant éliminé Florida State en demi-finale, le champion en titre emmené par Jameis Winston, qui sera choisi numéro 1 de la draft 2015 par Tampa Bay.
Ce choix des Bucs se résume plutôt à l’orée de ce que les observateurs décèlent dans le jeu de Mariota. Par le style d’attaque dite écartée (« Spread Offense ») pratiquée par Oregon, il n’entre pas dans le moule d’une attaque pro traditionnelle, consistant à récupérer la balle entre les jambes de son centre et à anticiper ses lancers, au sortir de petits pas précis et efficaces. Son autre péché-mignon ? Courir en portant le ballon d’une seule main, « un cancer, une veille habitude à oublier » d’après ses propres mots.

« Il ne parle pas beaucoup mais laisse plutôt son jeu parler pour lui. J’aime bien ça. Il est plutôt tranquille mais il fait bien comprendre ce qu’il veut» Justin Hunter, receveur des Tennessee Titans

Au delà de ses défauts, les Titans ont, eux, analysé les qualités de Marcus Mariota. Doté d’un physique proche de celui d’Aaron Rodgers, qu’il admire, le quarterback possède également un « gros » bras et cette même capacité déstabilisante à courir avec le ballon (4″48 au 40-yard dash de la NFL Combine) ou à le lancer précisément tout en courant. Ken Whisenhunt, le coach de Tennessee, avait prévenu avant la saison qu’ il y avait « des choses avec lesquelles il a eu du succès à l’université que nous allons incorporer dans ce que nous faisons ». Résultat des courses ? 4 touchdowns lancés en une seule mi-temps, un record pour un rookie, et 209 yards à la passe (à 13/16) ainsi qu’une évaluation parfaite de 158,3 pour son premier match NFL, là aussi un autre record, face aux Bucs de Jameis Winston. Sans l’envoyer au Hall-Of-Fame sur un seul match, Mariota a su faire taire ses critiques sur cette première rencontre. Surtout, il a répondu sur le terrain à la question que Steve Mariucci, un quarterback-guru, lui avait posée dans le programme «Game Changers» de NFL Network : « Avez-vous assez de passion pour mener des hommes à la victoire ? ». Son parcours et sa personnalité donnaient déjà des indices, sa première performance ouvre des perspectives réjouissantes. On a déjà hâte de voir la suite…

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