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Barry Sanders, Walter Payton, Adrian Peterson, Terrell Davis, Emmit Smith, tous les noms prestigieux de cette liste non-exhaustive sont ceux qu’est venu rejoindre celui d’Alfred Morris sur les tablettes de la NFL après avoir accumulé plus de 3900 yards lors de ses trois premières saisons. 173e joueur drafté lors de la draft 2010 (au 6e tour), le #46 des Resdkins a apporté un vrai brin de fraicheur dans cet univers hyper-compétitif et testosteroné de la ligue. Sur le terrain, ce qu’il préfère c’est aller tout droit mais à l’extérieur du gridiron, c’est bien en dehors des sentiers battus qu’il se sent le mieux.

Un Saint de Redskin

Avec six frères (3 grands et 3 petits) et une enfance en Floride, on pourrait de nouveau croire à une histoire de rédemption et de combat contre un destin déjà écrit, comme celui déjà conté d’Antonio Brown. Mais si le parcours d’Alfred Morris a une vraie dimension religieuse assumée (les citations de son compte Twitter @Trey_Deuces attestent de sa foi et de ses croyances), la pauvreté dans laquelle il a grandi ne l’a jamais mis dans des situations extrêmes à la limite de la légalité. Le mérite en revient tout d’abord à ses parents, Ronald et Yvonne Morris, qui ont élevé cette tribu de garçons à Pensacola, à deux pas de l’Alabama voisin. Là-bas, ils leur instiguent tout d’abord le goût de l’effort et la conviction intime que « si vous voulez vraiment quelque chose, il faut y croire et tout donner pour l’avoir ». L’exemple de sa mère ayant repris des études pour, au bout de 9 ans, obtenir un Masters universitaire en éducation spécialisée n’a pas été pour rien dans la farouche volonté d’Alfred Morris de décrocher un poste en NFL, lui qui partait pourtant de loin.

« Il a la personnalité d’un Saint. Il a eu des parents exceptionnels qui lui ont vraiment appris ce qu’un jeune homme devait être » Howard Schnellenberger, coach de Morris à Florida Atlantic University (FAU)

Avec une telle fratrie, Alfred développe un amour immodéré pour tous les sports, que ce soit le basketball, le football ou même des sports inventés par leurs propres soins. C’est néanmoins avec un casque et des protections qu’il se débrouille le mieux. A la Pine Forest High School de Pensacola, il joue running back mais c’est cependant au poste de linebacker qu’il acquiert une certaine notoriété, lui valant même une sélection All-State. Cependant, son coach doute alors de sa réussite future dans ce sport, non à cause de son niveau mais bien plutôt de son caractère « trop gentil ». Alfred, lui, explique juste qu’il « n’a pas envie de « décapiter » des gars à l’entrainement » et qu’il « veut se préparer pour les matches mais qu’il faut aussi réussir à jouer pendant tout le match ».

Evidemment, avec un tel état d’esprit éloigné de la compétitivité à outrance du sport universitaire américain, les offres de bourse ne courent pas les rues. Sa chance ? Le State Championship Game (Class A) de 2006 contre le lycée de Glades Central. Au cours de ce match, il réalise une prestation complète : 5 plaquages, 99 yards au sol dont un touchdown de 65 yards et deux kickoffs retournés pour 87 yards. Dans les tribunes, un homme, Dave Serna, se dit qu’il a trouvé un joueur parfait pour son université de Florida Atlantic University (située à Boca Raton à l’autre bout de la Floride), où il est en charge des running backs. Là-bas, un coach, Howard Schnellenberger, auparavant mythique leader d’Oklahoma et « The U », va également le préparer pour un de ses plus grand défis : en faire un running back digne de la NFL.

Un système, pas de problème

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A son arrivée sur le campus, c’est un joueur au potentiel de fullback que les coaches découvrent mais avec des mains si peu sures qu’ils se demandent si le refaire jouer linebacker ne serait pas une solution. Un problème qui, d’ailleurs, persistera jusqu’en NFL puisqu’il n’y a récupéré que 10 réceptions en moyenne sur ses 3 saisons. Mais avec, évidemment, énormément de travail et d’humilité, Morris parvient à devenir titulaire en 2009, pour sa deuxième année.
Plus important encore que les statistiques qui vont alors commencer à s’accumuler pour lui et les records de l’école qu’il va faire tomber, il se développe dans un système proche de celui des pros, que Don Shula et Schnellenbeger ont continué à explorer après l’avoir appris auprès des Cleveland Browns des 50’s. Un système où l’on bloque pour les autres running backs, ou l’on apprend comment protéger son quarterback et comment réceptionner des passes dans le
backfield.

« Son mode opératoire a toujours été d’avoir de la consistance. Il ne refusera jamais le contact. Il a toujours adoré cet aspect du jeu » Dave Serna, coach des running backs a FAU

Si son équipe n’est pas un foudre de guerre dans la Conférence Sun Belt, avec un bilan de 10v-26d sur ses trois dernières saisons, Morris finit sa carrière à FAU avec des moyennes individuelles de 1168 yards et 9 touchdowns par saison sur la même période. Dave Serna garde particulièrement en mémoire son avant-dernier match pour FAU, dans ce qui restera comme peut-être comme sa meilleure performance alors que son équipe cherchait encore sa première victoire après 10 défaites de suite. 198 yards et 4 touchdowns d’Alfred leur amènent ce succès tant attendu. Il y démontre « tant de solidité dans l’état d’esprit et cette mentalité de ne jamais abandonner » se rappelle encore son ancien coach.

Un match de fin saison, encore, va lui apporter ce petit coup de pouce du destin : le Senior Bowl 2012, joué à Mobile, à seulement 90kms de Pensacola où Alfred retrouve alors sa famille. Invité à la grande messe des joueurs arrivés en fin de cursus suite à la blessure d’un des participants et à sa bonne prestation dans le match East-West la semaine précédente, il y joue pour la sélection du Sud. Celle-ci est coachée par Mike « L’Homme qui murmurait à l’oreille des running backs » Shanahan, légendaire coach des Denver Broncos et alors coach des Washington Redskins. Si son impact sur le match n’est que minimal statistiquement puisqu’il est aligné en tant que full-back, cela n’empêche pas le coach des Redskins de remarquer le joueur et de le complimenter en lui assurant qu’il « a fait un super match ». La même voix qui l’appellera trois mois plus tard le soir de la draft, alors qu’il est sorti dans le jardin trop stressé pour regarder à la télévision s’égrener les noms des derniers élus, pour lui annoncer le simple mais libérateur : « Bienvenue chez les Redskins ! »

Mr Tout le monde

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C’est donc dans sa Mazda 626 de 1991 (achetée lors de son année senior pour 2 dollars à son pasteur par peur d’enfreindre les règles NCAA si ce dernier lui donnait, comme il voulait le faire) qu’il rejoint Ashburn et le camp d’entrainement des Redskins. Sa « 
Bentley », qu’il surnomme ainsi par dérision, reste d’ailleurs encore son moyen de locomotion malgré son contrat rookie à 2,2 millions dollars sur 4 ans. Sa seule alternative ? Un vélo qu’il enfourche occasionnellement et qu’il a encore exposé cette semaine sur Instagram.
Mais si sa voiture paraît un peu sous-dimensionnée face aux bolides de ses coéquipiers, son jeu sur le terrain est, lui, tout a fait à la hauteur de celui de ses pairs. Pour son premier match pro, il aligne 96 yards et 2 touchdowns dans une victoire face à La Nouvelle-Orleans. Il finit sa première saison avec 13 touchdowns au total et, en dépassant les 1600 yards au sol, il devient seulement le quatrième rookie de l’histoire à réaliser cette performance.

«  Je ne serai jamais une star. Les autres peuvent penser que je suis une star mais je suis juste Alfred » Alfred

Et puis, à chacune de ses arrivées dans les end-zone adverses, Alfred n’oublie pas d’y effectuer sa célébration, celle d’un batteur de baseball frappant un home-run. L’origine de ce geste ? Tout simplement, une rencontre avec une équipe de jeunes de baseball passant la nuit dans le même hôtel que les Redskins lors de son premier camp d’entrainement. Pas star pour un sou, Morris se lie d’amitié avec eux et, après avoir été nager et manger des cupcakes ensemble, il va suivre le All-Star Game dans lequel ils jouent le lendemain. Les jeunes lui demandant de faire un geste spécial pour eux s’il marque le jour suivant en arrière-saison contre les Colts, il s’y plie de bonne grâce. La célébration Home-run est née. Une proximité et une simplicité pas vraiment étonnante venant d’un joueur pro de NFL qui, l’été suivant, s’est même retrouvé à jouer au paint-ball avec des fans des Redskins rencontrés totalement au hasard là-bas…

Malgré un contrat plus vraiment à la hauteur de ses performances de Pro Bowler (2 sélections) depuis qu’il foule les pelouses de la ligue, le joueur ne s’est jamais plaint de son statut (Allo, M. Chancellor?) et a même maintenant pris sous son aile la nouvelle petite merveille Matt Jones, le rookie en provenance de Florida. Alors que Morris va devoir négocier en 2016 ce fameux « 2e contrat » qui assure vraiment l’avenir financier des joueurs qui y parviennent, la concurrence et la perspective de perdre du temps de jeu ne l’inquiète pas plus que ça et l’a seulement poussé à encore s’améliorer.

De toute façon, quels que soient les résultats des Redskins sur le terrain ou son nombre de yards et touchdowns accumulés, une chose reste sure : Alfred Morris continuera à rester l’un des personnages les plus déroutants et les plus attachants de NFL capable, par exemple, de demander dans sa lettre au Pere Noël ce dont le vieil homme avait besoin, lui, ou bien de passer tous ses mardis, normalement off, à participer à des œuvres caritatives.

Et puis, à chaque match des Redskins à domicile, avant son échauffement, il continuera à aller rejoindre dans un coin de tribune le petit groupe de stadiers (sa « Stadium Fam ») avec lesquels il a pris l’habitude de parler de tout et de rien pendant une bonne heure avant chacune de ces rencontres depuis sa saison rookie, se comportant avec eux « comme l’un d’entre-nous, l’un de nos amis ». Alfred Morris l’explique, lui, en indiquant être « une personne normale. C’est juste que je joue en NFL ». Oui, décidément, Alfred Morris n’est pas un pro comme les autres…

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