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En l’honneur de la finale de la Coupe du Monde de rugby à XV ce samedi (17h, heure de Paris), TouchdownActu vous offre le portrait du transfuge australien du rugby à XIII, Jarryd Hayne.

Amener des talents d’horizons divers, un long serpent de mer dans l’histoire de la NFL mais qui ne s’est jamais vraiment déroulé, par manque de scouting ou d’envie de la part des franchises. Phénomène physique et mental venu d’un sport, le XIII, qui ressemble beaucoup plus au football américain que ne le fait son cousin du XV, Jarryd Hayne sera-t-il celui qui parviendra enfin à faire le pont et faire oublier les échecs des kickers venant du foot européen ? Et qu’a pu bien le motiver pour quitter un sport dont il était la plus grande star et redevenir un anonyme ?

Le Hayne attire la haine

Dimanche 2 mars 2008. Sydney, en Australie. Les Paramatta Eels viennent de battre les voisins des Sydney Roosters la veille dans un match de saison régulière de NRL (National Rugby League), plus communément connu sous nos contrées comme du rugby à XIII, grâce à un essai de Jarryd Hayne, la star de l’équipe malgré son jeune âge (20 ans alors). Recevant un appel pour aller descendre quelques pintes avec quelques coéquipiers, Hayne se retrouve à écumer quelques-uns des établissements les plus connus de Kings Cross, l’un des points chauds de la vie nocturne à Sydney. Une nuit presque commune à l’exception de cette altercation vers minuit avec quelques bikers, apparemment plutôt enclins à en decoudre avec ces rugbymen pros. L’échauffourée ne dure qu’un temps mais la nuit, elle, continue. Jusqu’à 4 heures du matin lorsque les deux groupes antagonistes se retrouvent de nouveau face à face. Certains rugbymen décident de quitter l’endroit en taxi, d’autres, comme Hayne, de s’enfuir dans les rues voisines pour éviter tout envenimement de la situation, précaire et alcoolisée. Une fuite interrompue nette pour Hayne par la vision d’un biker, une arme à la main, qui le vise et tire dans sa direction avant de s’engouffrer dans un taxi et de déguerpir. La balle n’atteint pas sa cible mais, même en sortant indemne physiquement de cet incident, la vie de Jarryd Hayne vient de prendre un tournant, le poussant à questionner sa vie et son avenir. Des nuits sans sommeil, des « fugues » nocturnes pour s’échapper d’un danger pourtant inexistant et cette impression latente et et omniprésente d’avoir une cible dans le dos et, au final, une vie à repenser.

« Pour moi, c’est ce que la vie est : des challenges à relever qui vous emmènent dans des endroits où vous n’êtes jamais allé avant. Pour moi, c’est le but de la vie» Jarryd Hayne

La vie de Jarryd Hayne, jusqu’à cette soirée de 2008, c’était celle d’un surdoué hyper fantasque, fils d’un athlète, Manoa Thompson, parti finir sa carrière sur les pelouses françaises a St-Estève et Carcassonne, en laissant sa femme élever seule son fils Jarryd, né en 1988, et ses deux sœurs Jessi-Lee et Taygan, nées respectivement en 1996 et 1997. Le patronyme de ce grand joueur fidjien de rugby à XIII,  Jarryd ne le portera pas, il lui préfèrera celui de Hayne, celui de sa grand-mère et de sa mère, Jodie.
Elevant ses trois enfants dans la banlieue de Minto (comme Israel Folau, l’arrière du XV d’Australie lors de la Coupe du Monde 2015, et grand ami d’enfance de Hayne), la matriarche ne recule devant aucun sacrifice pour ses enfants : dormir dans le vestibule  devant la porte de l’appartement pour protéger ses enfants en cas d’intrusion de voleurs ou se lever tous les jours à 5 heures pour se rendre en vélo à la gare et y prendre un train pour se rendre à son travail en ville. Jarryd dira d’elle, lors de la remise de son premier Dally M en 2009, l’équivalent du MVP  de la NRL: « Elle est mon rocher », comprendre celui où il peut s’agripper en cas de soucis. Une version dérivative du Psaume de David «Eternel, mon rocher, ma forteresse, mon libérateur » dans lequel le Seigneur est remplacée par Jodie et une référence chrétienne pas vraiment faite au hasard pour celui qui connaît comme une illumination quelques mois seulement après avoir frôlé une élimination, fatale…

2008, Anno Domini, si !

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Sélectionné une fois en équipe d’Australie en 2007, à l’âge de 19 ans, c’est pourtant avec les Fidji que Jarryd va disputer la Coupe du Monde 2008 qui se déroule… en Australie. Le talent de l’arrière/centre/ailier est tel que peu d’équipes peuvent s’opposer aux Bati, « Les Guerriers » surnom de l’équipe, et surtout pas l’équipe de France qui prend une déculottée 42-6 en match de poule. Si l’aventure s’arrête abruptement en demi-finales sur un 52-0 sans appel face aux hôtes Kangaroos (le surnom « Wallabies » est réservé aux quinzistes), l’expérience est pourtant une révélation pour Jarryd Hayne.

« Je ne contrôle pas le futur. Si je ne le contrôle pas, j’essaie alors de ne pas m’en faire. Toute cette expérience a été bien au-delà de mes attentes. Je ne changerais cela pour rien au monde. » Jarryd Hayne

Arrivé à reculons dans cette équipe des Fidji, dédaigné qu’il a été par des Kangaroos déçus de son niveau de jeu en chute libre depuis l’incident, il passe les premières semaines à trainer sa peine au milieu de coéquipiers extrêmement religieux et au sein d’une équipe de peu de moyens. Il ne cache alors même pas son aversion pour le spirituel et met en doute tout ce qui y a affaire, comme les réveils à 5h du matin pour aller prier. Mais, au sortir du match contre la France où il a mis deux essais, c’est bien lui qui se lève lors du repas de Thanksgiving, en pleurs, demandant à ses coéquipiers de le pardonner de ne pas avoir cru en eux et les remerciant de lui avoir toujours montré respect et amitié. L’explication de son changement radical d’attitude envers l’aspect religieux de leur préparation ? Tout simplement le fait « d’être capable de voir lorsque les choses sont pures, authentiques » et que « les trois-quatre prières par jour effectuées pendant ces 2-3 semaines sont devenues la pierre angulaire de (ma) vie ». Et de tout ce parcours, Hayne en retire surtout un verset de la bible, comme chacun des joueurs de l’équipe se doit d’en adopter un. Et le sien, c’est du livre des Proverbes qu’il le tire : « Le fer s’aiguise par le fer, et un homme ranime le visage de son ami ».

De retour de cette Coupe du Monde, Jarryd Hayne est devenu un autre joueur, ayant mis le passé au placard et décide à suivre le conseil de son père : « Tu obtiendras du jeu ce que tu mets dedans », le même qu’a pu donner  le père de Gerald McCoy à son fils. Alors, Jarryd Hayne y met tout son talent et devient le meilleur joueur du monde lors des 7 prochaines saisons et crée son fameux Hayne Plane, pour célébrer ses (nombreux) essais. Il y recolte un deuxième Dally M en 2014 et une fortune qui lui permet d’accomplir son rêve : acheter une maison pour sa mère.  Il obtient même une proposition assez folle d’un million de dollars de la part des Paramatta Eels pour rester avec eux. Mais, dans l’esprit de Hayne, cette proposition ne change rien. Il est fermement décidé à accomplir un rêve qui lui tourne dans la tête depuis qu’il est adolescent : devenir un joueur NFL !

 

California Dreamin’

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Et pour énorme star qu’il soit en Australie et malgré la petite cérémonie fidjienne improvisée par ses plus fidèles fans à son départ de Sydney, c’est totalement incognito que Jarryd Hayne arrive à Los Angeles en compagnie de Hayden Knowles, son ami de toujours et coach, à la mi-octobre 2014. Les petits soucis du quotidien sont à gérer : où se loger, dans quelle banque ouvrir un compte, dans quelle salle de sport s’entrainer ? Une fois  cette derniere trouvée, il impose d’ailleurs un black-out total sur l’endroit où il se trouve.
Les négociations avec les équipes NFL  se doivent légalement de passer  exclusivement par un agent américain, Jack Bechta, en contact permanent avec le représentant australien de toujours, Wayne Beavis. Si le rêve de jouer en NFL est fort chez Hayne, il ne lui fait pas oublier que dans toute négociation, la position la plus enviable est celle de la commodité faisant saliver les acheteurs. Il refuse donc toute demande d’essai, se sachant encore loin du niveau espéré par les franchises qui le suivent, comme les Seahawks, les Lions et les 49ers.

« Maintenant, c’est à balles réelles. La présaison, c’est du paintball à côté… » Thomas McGaughey, coordinateur d’équipes spéciales des 49ers

Et c’est finalement avec l’équipe de Californie du Nord que sa carrière NFL commence. Pas tres étonnant lorsqu’on se rappelle du parcours également très atypique de Jim Tomsula, leur nouveau Head Coach. Le moustachu, successeur de Jim Harbaugh, a lui aussi connu les affres des remises en question, passant de poste de commercial en équipement médical à celui de gardien de nuit ou de vendeur de paillasson. Voir Jarryd Hayne laisser tomber gloire et fortune pour se remettre en question et accéder à son rêve n’a pu que lui rappeler des souvenirs (bien que, pour Tomsula, la fortune est plutôt arrivée ensuite…).

Mais les rêves et désirs de chacun n’en font pas forcément des joueurs NFL. Un temps de 4’53 au 40-yard dash éclaire tout le monde sur la vitesse de Jarryd Hayne, ses feintes et sa capacité à trouver des espaces face à une défense étalée en font pratiquement le retourneur de punt idéal , le coup d’épaule détruisant Lowell Rose en pré-saison réaffirme ce que tous les adeptes du rugby savent déjà : ces joueurs ne reculent devant aucun défi physique. La nouvelle de sa place assurée dans le roster, apprise alors qu’il visite le Golden Gate Bridge en compagnie de sa mère, n’est donc pas forcément une surprise, vu les qualités du joueur…

Pourtant, ce n’est encore que de la pré-saison et, sur le début de la saison régulière,  Jarryd Hayne voit son temps de jeu diminuer, suite à ses trois fumbles, jusqu’à se voir déactiver lors des matches de la Semaine 6 et 7. Inquiétude pour le futur du joueur ? Plutôt un temps d’adaptation nécessaire sous les yeux d’un coach qui dit de lui qu’il « a le corps, l’équilibre pour réussir. Seulement, il faut maintenant qu’il apprenne comment l’utiliser. Et quand l’utiliser ».

Une place de titulaire n’est donc pour l’instant pas à l’ordre du jour mais la mauvaise saison des 49ers pourrait être, de fait, le rocher auquel peut s’accrocher Jarryd Hayne pour revoir le gridiron assez rapidement. Sans plus grand-chose à gagner d’ici quelques matches (l’équipe est actuellement à 2v-5d), les coaches pourraient alors se permettre de laisser le temps à Hayne de véritablement apprendre les codes (comme s’adapter au blitz adverse pour protéger le quarterback) des postes de running-back et de retourneur de punt, ceux auxquels il aspire le plus et où ses qualités font le plus merveille. Sans doute aurait-il alors gagner une grosse partie de son pari : celui d’être la première vrai star du rugby, ce cousin éloigné, à venir s’imposer en NFL. Ne doutons pas que quelques apôtres le suivraient alors…

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