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A
uto-proclamé « meilleur safety de la ligue », Reshad Jones reste dans l’ombre des grands noms évoluant à son poste, tel les Seahawks Earl Thomas et Kam Chancellor ou bien le Chief Eric Berry, et considéré comme un joueur connu des spécialistes ou des fans des Fins . Pourtant, son niveau de jeu depuis le début de la saison 2015 le place de plus en plus au niveau d’un des plus grands safeties et de celui sur lequel il a voulu modeler son jeu: Troy Polamalu, un futur Hall of Famer.

Coeur de Georgian

« Quand la préparation rencontre une opportunité», c’est la devise au quotidien de Reshad Jones et celle qu’il suit depuis tout petit. Né le 25 fevrier 1988 à Atlanta en Georgie, ses parents sont encore trop jeunes pour s’occuper de lui, du haut de leur 17 ans. C’est donc chez ses grand-parents paternels, Louise et Richard Hindsman, qu’il va passer toute son enfance, tout d’abord par intermittence jusqu’à ce que cette habitude ne devienne un état de fait. Il ne perdra jamais de vue l’importance de ses grands-parents dans sa vie, tweetant même lors de la Fête des Mères 2015 : « Elevé par ma grand-mère…Elle est plus qu’une mère, qu’une grand-mère ou qu’un père…Elle est tout cela ! Bonne Fêtes des Meres, Mamie ! ».

Dans cette banlieue Nord-Ouest d’Atlanta, le jeune Reshad subit deux influences majeures, selon sa grand-mère : une passion du sport, quelqu’il soit, et une assiduité à l’église.

Côté terrain, dès l’âge de 4-5 ans, il frappe ses premières balles de baseball avec talent. En grandissant, c’est du côté de la balle orange et du basket qu’il semble s’orienter, pensant même pouvoir y faire carrière vu son talent athlétique. Néanmoins, jamais rassasié, il chausse les crampons et les protections. On n’échappe jamais vraiment au football lorsque l’on naît dans le Deep South… Sa rapidité est telle que le tartan des pistes d’athlétisme déroule également son tapis rouge devant lui. Bref, si le projet Reshad Jones demande encore raffinement, il est clair que le gamin a des prédispositions certaines et que sa vie future le verra certainement essayer de devenir athlète professionnel.

Reste néanmoins à chasser les démons urbains qui trainent toujours un peu dans ces quartiers durs de banlieues chaudes. La drogue et la violence ne sont jamais très loin et l’oisiveté peut être un catalyseur néfaste. Heureusement pour Reshad, les portes de l’Eglise Baptiste du Mont Ephraim lui sont toujours grandes ouvertes. Plus que sa croyance en Dieu, pourtant réelle et profonde, le fait d’aller à l’eglise aussi souvent que possible lui permet de rester dans le droit chemin. Toutes les occupations que le pasteur proposent aux enfants sont le réel exutoire dont ils ont besoin pour éviter de voir leur vie prendre un mauvais tournant. Et, pour Reshad, rester dans le droit chemin signifie devenir un joueur de football d’impact.

« C’est un safety interchangeable et versatile, qui peut charger et aller réaliser des stops dans le jeu de course comme je le fais, ou bien couvrir un joueur dans le slot, être en couverture sur les passes longues ou attendre pour réaliser une interception » Reshad Jones en 2012 sur Troy Polamalu

Arrivé au lycée Booker T Washington, il s’impose dans l’équipe Varsity, l’équipe première, dès le 10th grade (2e année de lycée vers 15-16 ans), chose assez rare dans un système ou ce sont avant tout les Juniors et les Seniors qui passent la majorité du temps sur le terrain. Mais ses qualités athlétiques sont telles que le coach de l’époque ne peut que constater l’évidence et le faire jouer, que ce soit au poste de receveur, de running back ou de safety. Mais si ses qualités sur le terrain en font un joueur d’exception, elles ne le mettent pas à l’abri de dérapages. Avec ses absences aux entrainements ou ses comportements à problèmes en salle de classe, il se voit exclu de l’équipe. Il ne doit son retour dans l’effectif qu’au mentoring d’Eric Reese, un des coaches de l’équipe, qui deviendra un ami proche et important pour Reshad Jones.

L’emplacement même de ce lycée de Booker T Washington revêt d’ailleurs un aspect émotionnel fort pour Reshad Jones. Baptisé du nom d’un leader historique noir américain, l’un des derniers leaders noirs à être né esclave et auteur de l’Atlanta Compromise appelant à une cohabitation plus juste et équilibrée entre les Noirs et les Blancs dans le Sud des Etats-Unis, ce lycée se situe à deux pas de Clark Atlanta University, l’une des 107 universités dites HBCU (Historically Black Colleges and Universities) destinées spécifiquement à l’éducation des noirs américains. C’est sur ce campus qu’étudiait Darnelle Nicole lorsqu’elle a rencontré Reshad Jones, alors étudiant à l’Université de Georgia. Les deux tourtereaux forment depuis un couple uni, compétitifs jusque dans leurs parties de Puissance 4 et parents d’une petite Carson Cree Jones depuis 2013.

Bulldog

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En effet, malgré les problèmes extra-sportifs, Reshad Jones n’a pu qu’être appelé à l’échelon supérieur. Classé safety #1 de l’Etat et dans les premiers de tous les Etats-Unis pour de multiples publications, il voit la boite aux lettres de ses grand-parents être envahie de centaines de lettres de recrutement venant des quatre coins du pays. Si toutes les universités prestigieuses espèrent pouvoir decrocher la timbale, Reshad réduit les possibilités à deux petits noms : LSU ou Georgia. Enfant du pays, il décide d’aller rejoindre les troupes de Mark Richt un peu plus à l’Est de l’Etat sur le campus d’Athens, bien plus près de son Atlanta natal et de ses grand-parents que ne l’est Bâton Rouge en Louisiane.

« Il y a une longue tradition de super gars qui ont joué dans l’arrière-garde de l’Université de Georgia. Un paquet de gars est allé au niveau supérieur et y a eu du succès. Je n’ai pas du tout été intimidé quand ça a été mon tour » Reshad Jones sur la tradition des defensive backs de Georgia

Du haut de ses 1m86 et 80 kilos, sa première annee se passe mal. Manquant de maturité dans le jeu et sur le campus, il est redshirté par les coaches. Dès sa deuxième année (qui compte comme sa première, par le jeu du redshirt), il s’installe dans l’arrière-garde des Bulldogs au poste de free safety, le joueur chargé de couvrir ses cornerbacks mais aussi d’anticiper les lancers adverses pour mieux les intercepter. A ce poste de safety, Reshad Jones continue ainsi la longue tradition des joueurs d’exception de Georgia, Champ Bailey et Tim Jennings en tête.

Doté d’une excellente vision du jeu, Jones réalise deux interceptions en cette saison 2007 qui voit Georgia, emmené par un excellent Matthew Stafford, finir sur un bilan de 11 victoires et 2 defaites et une victoire au Sugar Bowl face à Hawai.
Dès la saison suivante, Mark Richt décide de déplacer Jones au poste de strong safety, plus proche de la ligne d’engagement. Par ce changement, il espère profiter des capacités de plaquage de Jones mais aussi de la couverture qu’il est capable d’amener sur les receveurs ou les tight-ends s’alignant dans le slot. Et de 57 plaquages en 2007, Jones passe à 76 et 73 lors des deux saisons suivantes, doublant également le nombre de ses interceptions (5 en 2008, 4 en 2009) sur la même période.

Avec de tels chiffres et un tel pedigree, le joueur décide de se présenter à la draft 2010, non sans y avoir pensé l’année précédente. Convaincu par Richt de rester une année de plus pour gagner encore plus d’expérience et de leadership, il avait également décidé de rester pour satisfaire au désir de ses grand-parents de le voir obtenir ce diplôme en « économie du logement et du consommateur ». Une décision murement réfléchie qui va pourtant lui coûter énormément…

Un an trop tard

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Si, lors de la draft 2009, les premiers safeties choisis ne l’avaient été qu’au second tour et que les noms les plus fameux étaient ceux de Louis Delmas, Jairus Byrd ou Patrick Chung, le schéma n’est plus du tout le même en 2010. Dès le premier tour, ce sont Eric Berry et Earl Thomas qui sont choisis en 5e et 14e position, avant que Nate Allen, TJ Ward ou Taylor Mays ne viennent compléter le tableau lors du second tour. Le barbecue qu’ont organisé ses grand-parents dans l’espoir de célébrer la draft du fils prodige tourne à la soupe à la grimace. Les Chiefs et les Seahawks, déjà bien pourvus lors du premier tour, remettent le couvert lors du 5e mais choisissent Kam Chancellor et Kendrick Lewis plutôt que Reshad Jones et il faut attendre les Dolphins et le 163e choix pour que le nom du safety en provenance de Georgia n’apparaisse sur les écrans du Radio City Hall. Treize joueurs choisis devant lui par 10 equipes différentes, de quoi donner une motivation énorme à l’approche du camp d’entrainement et l’occasion de prouver à tous que son talent n’a rien à envier aux autres.

« Je ne sais pas ce que je dois faire. Je sais que, là, ce n’est pas basé sur la performance. C’est un concours de popularité et c’est à qui possède le nom le plus célèbre. Si on se réfère au jeu et à la production, mes chiffres sont tout en haut dans chaque catégorie » Reshad Jones sur son absence de sélection au Pro Bowl

Mais, tout comme lors de ses débuts à Georgia, c’est sur la pointe des pieds qu’entre Jones dans le monde des pros. Il ne joue que 13 matches et n’en commence que deux, réalisant sa seule interception et son seul sack lors d’un match contre les Titans. Chris Clemons, sélectionné par les Dolphins l’année précédente, et Yeremiah Bell ne laissent aucune ouverture au rookie qui doit se contenter de quelques miettes. Alors, suivant le même schema qu’à Georgia, c’est lors de sa deuxième année qu’a lieu le décollage de G5, le surnom aérien que lui a donné son coéquipier Jamar Taylor, en référence au jet de luxe Gulfstream V.

Prenant la place de Clemons en 2011 au poste de free safety, il réalise une saison pleine avec 45 plaquages et 2 sacks. Montant encore en altitude, ses saisons 2012 et 2013 sont de très haut niveau avec 74 et 84 plaquages respectivement, combinés à 5 interceptions dont une retournée pour un touchdown, qui lui valent une extension de contrat jusqu’en 2017 pour 29,5 millions de dollars. Malgré toute cette débauche d’énergie, Reshad Jones ne voit pas la couleur d’une sélection au Pro Bowl, les votants lui préférant des joueurs au statistiques inférieures mais jouant pour des équipes ayant des bilans bien meilleurs que celui des Dolphins. Pas très dur lorsque la franchise floridienne tourne à seulement 7 victoires en 2012 et 8 en 2013.

Signe que le natif d’Atlanta est sur la bonne voie, ses statistiques avant le début de saison étaient en ligne avec celles de son modèle Troy Polamalu, l’ex-Steeler. Sur leurs 81 premiers matches, les deux joueurs avaient réalisé 13 interceptions chacun mais alors que l’ancien protégé de Bill Cowher avait totalisé 399 plaquages et sept sacks, Jones en était, lui, à 452 et 8,5. Une production dépassant  donc celle d’un joueur ayant été sélectionné 8 fois au Pro Bowl.

Autre statistique individuelle éloquente : Reshad Jones et Kam Chancellor ont été tous deux draftés la même année et depuis 2010, avec un nombre de matches joués équivalent, le Dolphin a plus de sacks, d’interceptions et de plaquages que le Seahawk qui, lui, a effectué trois fois le voyage à Honolulu. Mais Chancellor possède également une bague de champion (un Super Bowl où il a gagné un titre de MVP officieux…) et une autre participation à la grande finale de février. Alors le destin individuel de Reshad Jones ne peut-il être donc lié qu’à celui collectif des Dolphins ?

Ce serait aller un peu vite en besogne car si la saison 2014 le voit prendre une suspension de 4 matches pour prise de produit illicite (qu’il justifie par l’ingestion d’une barre énergétique dont il n’avait pas assez bien étudié le contenu…), ce break lui permet d’aller travailler physiquement avec David Alexander, le préparateur de Lebron James, quatre fois MVP de la NBA et monstre physique infatigable, dont Jones adopte l’expression favorite de « Strive for Greatness » (« Viser l’excellence »). Exercices de pliométrie, d’agilité, de résistance et de renforcement, tout y passe. Son nouveau régime alimentaire, limitant la quantité de farine dans son organisme, lui fait perdre 3 kilos et l’amène à un poids de forme de 96 kilos.

Depuis ? G5 mérite un 20/20, comme son numéro de maillot fétiche. Monstrueux depuis le début de la saison 2015 avec ses 91 plaquages et 4 interceptions en 13 matches, Jones a failli rentrer dans l’histoire de la ligue en devenant le premier joueur à accumuler trois « pick six » (interception retournée pour un touchdown) en trois matches consécutifs, qu’il finit sur des sauts perilleux donnant des sueurs froides au staff des Fins. Comme souvent dans l’AFC Est, Tom Brady en a décidé autrement… Pour se consoler, Reshad Jones peut se dire que, cette saison, pratiquement aucun autre safety ne joue à son niveau. Pourtant, dans les votes pour le Pro Bowl révélé cette semaine, ce sont encore les sempiternels noms de Thomas, Chancellor, Charles Woodson et Kurt Coleman que les fans ont désigné comme leurs 4 safeties favoris. L’injustice devrait être réparée par le vote des reporters tant la cote de Reshad Jones n’a jamais été aussi haute. Etre enfin élu pourrait lui éviter le statut peu envieux d’inconnu d’Honolulu…

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