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Les fils du père

Cette histoire commence comme bien des histoires américaines typiques. Un père, ses fils rêvant de suivre ses pas et une mère aimante, supportrice et véritable glue familiale . La vie des Olsen n’y a pas dérogé pendant de nombreuses années. Chris Olsen, le paternel, a bien été pendant 26 ans le coach des Wayne Hills Patriots, un lycée du New Jersey situé à une quarantaine de kilomètres à l’Ouest de Manhattan. Un homme d’une intensité rare, comme le prouve son discours de motivation lors du State Championship de 2010, que les Patriots remporteront.

Arrivé en 1987 dans ce petit lycée, Chris Olsen va emmener son équipe à huit State Championships avec, tout au long du chemin, des records comme une série incroyable de 55 victoires d’affilée entre 2004 et 2009. Son bilan alors qu’il prend sa retraite en 2013 ? 263 victoires et 94 défaites. S’il est donc un gagneur invétéré, l’homme est également brut de décoffrage , ne ménageant aucunement les media et ces derniers lui rendant bien ce désamour. Ainsi, en 2011, suite à une sordide histoire de violences provoquées par une dizaine de joueurs de son équipe, toute la presse lui tombe dessus lorsqu’elle apprend qu’il est venu devant le Comité de discipline du lycée avec 60 de ses joueurs en tenue pour protester contre la suspension des fautifs alors que se dessine le State Championship Game au Metlife Stadium. Lorsque la suspension est levée, les media rappellent qu’il avait été viré de son précédent poste au lycée de Paterson Eastside pour ne pas avoir mis sur le banc des élèves séchant les cours ou ayant été irrespectueux envers leurs professeurs.
Au final, les joueurs fautifs de Wayne Hills High ne joueront pas la finale, que l’école remportera tout de même, mais cette levée de boucliers est révélatrice de l’atmosphère ayant toujours entouré Chris Olsen, censé avoir un rôle d’éducateur de jeunes adultes et non de les pousser à la performance à tout prix. Voir tout en noir serait tout de même oublier les 200 élèves qui, en partie grâce à lui, auront pu continuer leur carrière à l’université, certains à West Point, d’autres à Rutgers et d’autres encore à Miami…

« J’aime parler de football, j’aime en regarder, ça se passe tout naturellement pour moi. J’aime converser avec les autres dessus. Tout le monde en bénéficie. Je ne prétends pas avoir toutes les réponses. L’intelligence n’est pas nécessairement de tout savoir mais de savoir comment tout apprendre. C’est un processus sans fin » Greg Olsen sur sa relation au football

C’est donc avec une telle image paternelle d’excellence et de discipline que les trois garçons Olsen grandissent. Chris Jr, le plus vieux, Greg et Kevin joueront tous les trois sous les ordres de leur père à Wayne Hills High. Dans les coulisses, leur mere Sue s’assure que tout ce petit monde ait à disposition tout ce dont il a besoin pour réussir. Tout cela jusqu’en 2001 lorsque, le 29 mai en pleine célébration de leur anniversaire de mariage, le docteur n’appelle pour lui annoncer qu’ils ont décelé un cancer du sein lors d’un examen précédent. Greg a alors 16 ans et joue pour les Patriots mais tout ceci n’a plus énormément d’importance tant la guérison de sa mère est devenue la chose la plus importante. Grâce à une chimiothérapie intensive et le support inconditionnel de sa famille, elle s’en sort et créé alors la fondation « Receptions for Research », dédiée à la recherche contre cette maladie. Greg porte depuis, sans discontinuer, un ruban rose à son poignet droit, bien enfoui sous le gant les jours de match, sur lequel on peut lire « Partager la beauté, diffuser l’espoir » et supporte bien sûr avec enthousiasme la folie rose qui s’empare de la NFL en octobre tous les ans.

Elevé dans une atmosphère où le football est roi, Greg Olsen est préparé depuis tout petit à evoluer dans ce milieu, calé qu’il a été dans le sillage de son père à disséquer les vidéos de matches de Wayne Hills et ne manquant jamais de critiquer tous les samedis matins leur match de la veille. Les formations défensives ou offensives n’ont aucun secret pour lui et sa réflexion tactique est digne de celle d’un coach. Interrogé sur le sujet par le site des Panthers, Ron Rivera dit d’ailleurs de lui qu’il est le joueur de son effectif actuel qui pourrait absolument définir un plan de jeu et coacher s’il le fallait, rajoutant « C’est un fils de coach ! ».

Mais s’il est bien le fils de Chris Olsen, Greg doit également sa réussite à autre chose, sans doute un physique et des mains extrêmement habiles, car il n’est pas le seul des trois garçons Olsen à s’être aventuré au plus haut niveau. Ainsi Chris Jr, l’aîné, après une carrière de quarterback à Wayne Hills, a lui-même tenté l’aventure universitaire en faisant partie de l’effectif des Notre Dame Fighting Irish avant de devoir prolonger l’aventure sous le maillot des Virginia Cavaliers mais sans jamais être drafté ensuite. Le benjamin, Kevin, a pris la route de l’Université de Miami après (évidemment…) être passé dans le moule Wayne Hills High mais ses déboires extra-sportifs en font maintenant un quarterback errant pour retrouver son ancienne réputation, celle d’une recrue universitaire de très haut niveau lorsqu’il a rejoint les Hurricanes en 2012. Greg Olsen, lui, en bon agrégateur d’expérience aura finalement mixé les carrières de ses deux frères pour mener la sienne…

All about the U

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Lorsque l’on pense à l’Université de Miami, « The U », on ne pense pas forcément à un jeune homme venant de la banlieue de New York, avec un père coach de lycée, mais bien plutôt à des jeunes désargentés arrivant de leurs quartiers difficiles. Des talents bruts, encore à former, mais au potentiel physique immense, comme nous l’ont raconté les deux documentaires d’ESPN, « The U ».

Tout frais émoulu d’un titre de l’Etat en 2002 sous le maillot des Wayne Hills Patriots, Greg Olsen a d’abord dû se décider sur le type de carrière qu’il voulait accomplir. Défenseur émérite au lycee, avec 87 plaquages et 15 sacks qui lui valent un titre de « Défenseur de l’annee » cette même saison, ses capacités offensives au poste de tight-end (703 yards et 14 touchdowns) lui permettent d’être également ardemment recruté à ce poste par de nombreuses universités.

Son frère Chris étant alors à Notre Dame, il choisit de rejoindre South Bend et de devenir un Fighting Irish mais, avant même de jouer un seul match sous le maillot bleu et doré, il voit son frère s’en aller rejoindre Virginia. Sans ce repère, Greg décide de prendre un weekend pour décider de son avenir. Au bout du compte, il choisit de rejoindre Miami parce qu’il a « aimé Miami dès la premiere visite et que si Chris n’avait pas été un facteur d’influence dans le choix, (il) aurait fini là-bas dès le depart ».

Sa destination finalement trouvée, lui reste maintenant le choix de sa position sur le terrain. Voyant l’importance grandissante des tight-ends en NFL, comme c’est le cas pour l’ancien Hurricane Jeremy Shockey, il décide en accord avec son père de se fixer du côté offensif de la balle.
Remarquant cependant très vite lors des entrainements qu’il est loin de faire partie des meilleurs athlètes de l’effectif, malgré une carrure impressionnante d’1m95 pour 114 kilos, Greg doit s’en remettre à sa comprehension du jeu et à son engagement pour monter en grade.

S’il lui faut donc une année d’adaptation, c’est cette ténacité qui va faire de lui tout simplement l’un des meilleurs tight ends du football universitaire dès sa saison sophomore. Au total, lors de ses 3 années sur le campus, Greg Olsen amasse 6 touchdowns (avec une pointe à 4 unités lors de la saison 2005) et leur ajoute 1215 yards en réceptions. Il a surtout d’excellentes mains qui en font une arme redoutable sur 3rd downs, comme lors de cette victoire pour l’ouverture de la saison face à Florida State où il capte 4 passes de conversions de 3rd downs (pour 64 yards au total) sur le dernier drive gagnant. Son excellente capacité à bloquer sur les jeux de course en font un candidat de choix lors de la draft 2007.

« Il a un grand cœur, il fait attention aux gens et à ses coéquipiers. Il fait plein de choses en dehors qui n’ont pas la reconnaissance ou l’engouement médiatique des autres choses dont on parle. Il s’intéresse vraiment aux gens. C’est vraiment une très bonne personne. Ses coéquipiers le respectent et, quelquefois, dans un vestiaire, c’est seulement ça le plus important » Greg Olsen à propos de Cam Newton

C’est donc au premier tour, en 31e position, que les Chicago Bears le sélectionnent, voulant améliorer encore leur secteur offensif, eux qui sont allés au Super Bowl (perdu contre les Colts) principalement grâce à leur defense. Avec le vétéran Desmond Clark comme titulaire, Greg Olsen a d’abord du mal à se faire une place dans l’équipe de la Windy City n’attrapant que 2 touchdowns en 14 matches. Avoir Brian Griese ou Rex Grossman n’aide pas vraiment dans ces cas-là, non plus… Pas encore titulaire lors de la saison 2008, il le devient en 2009 et remercie le ciel de lui avoir envoyé Jay Cutler, les deux combinant pour 1016 yards et 13 touchdowns sur ces deux saisons.

Mais avec l’arrivée de Mike Martz et de son système comme nouveau coordinateur offensif, le GM, Jerry Angelo, l’envoie chez les Panthers en juillet 2011 contre un troisième tour de draft (qu’ils parviendront à transformer en Brandon Marshall à travers un échange avec Miami…). Une manœuvre que Angelo, viré après cette même saison 2011, a d’ailleurs qualifiée d’ « erreur » en 2014, laissant partir le meilleur receveur de l’équipe et la cible favorite de Cutler…

Et depuis 2011, les chiffres d’Olsen ne cesse de gonfler, toujours en constante progression d’une année sur l’autre. Le tight end capte d’abord 5 puis 6 puis 7 touchdowns par saison, tout en passant de 540 yards en réception à plus de 1104 unités en 2015. La récompense de tous ces excellents chiffres vient en 2014 lorsque tombe sa première sélection au Pro Bowl, qu’il manquera cette année (il y est remplacé par Delanie Walker) pour une simple et excellente raison : la participation des Panthers au Super Bowl 50, à laquelle il a grandement participé en captant 1 touchdown et 77 yards face à Seattle et 133 nouveaux yards face aux Cardinals en finale de Conférence.

Mais si cet échange vers les Panthers a changé sa carrière, nul doute qu’il aura eu un impact encore plus important sur sa vie…

Mon fils, ma bataille

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Si 2011 a sonné l’heure du changement pour Greg, le joueur, elle a également marqué le point de départ de la vie de Greg, le père de famille. Rencontrée à l’Université de Miami en 2003, Kara Dooley est devenue Mme Greg Olsen en 2009 et c’est donc en 2011 qu’elle lui donne un premier fils : Tate. Dès 2012, la famille s’agrandit avec l’arrivée de jumeaux : Talbot et Trent Jerry. Et si le nom Jerry, le même que celui du propriétaire des Panthers Jerry Richardson, apparaît dans celui de son fils, c’est beaucoup plus que par déférence ou par admiration mais bien plutôt par remerciement pour tout ce que son richissime patron a pu faire pour eux.

En effet, dès avril 2012, un examen pré-natal révèle à Greg et Kara Olsen que TJ souffre d’une maladie appelée hypoplasie du cœur gauche, l’ayant empêché de développer normalement son ventricule gauche et son aorte. Alors que Greg Olsen n’est là que depuis 6 mois, Jerry Richardson les transporte dans son jet privé à Boston afin qu’ils puissent recevoir les meilleurs conseils pré-nataux. Plus encore, il passe les 2-3 jours avec eux, dans les rendez-vous médicaux, comme si les Olsen étaient sa famille et qu’il se devait de veiller sur eux. Pas vraiment étonnant de la part d’un propriétaire qui a invité au Super Bowl 50 tous les membres des Panthers, jusqu’au dernier des staffers…

La condition de TJ est tellement sévère que si le bébé arrive à naître et qu’il pèse un minimum de 3,5 kilos, il faut réaliser une operation à cœur ouvert dès son deuxieme jour de vie. Le bambin n’est alors qu’au début d’un long chemin qui doit l’emmener vers deux autres opérations de même type dans les mois suivants. Coup de chance ou signe du destin, l’un des meilleurs spécialistes de cette pathologie, le Dr Benjamin Peeler, exerce à Charlotte au Levine Children’s Hospital et prend en charge le fils de Greg Olsen de la meilleure des facons.

Ne s’arrêtant pas à son cas de joueur NFL dont les moyens financiers lui permettent d’avoir accès aux meilleurs soins, quelqu’ils soient, Greg Olsen décide alors de monter une nouvelle branche à la fondation « Reception for Research » : « The Heartest Yard ». Son but ? Apporter un soutien financier aux familles étant affectées par cette pathologie (environ un millier par an aux Etats-Unis) et les aider à passer la première periode entre le retour à la maison et la deuxième operation, qui est le cap le plus difficile et souvent celui où le taux de mortalité est le plus important pour les nourrissons.

Dans ces temps troublés où la NFL fait souvent parler d’elle pour les déboires extra-sportifs de ses vedettes ou de ses starlettes, pas étonnant que la NFL et les Panthers aient fait cette saison de Greg Olsen l’un des nominés au titre du « Walter Payton Man of the Year ». Si les trois finalistes seront finalement Eli Manning, Anquan Boldin et Benjamin Watson, Greg Olsen va pouvoir maintenant se consacrer à une autre finale qu’il n’a aucunement l’intention de perdre. Vu son parcours, son jeu et l’intelligence qui en suinte par tous les pores, il faudra d’énormes Broncos pour lui barrer la route car à cœur vaillant, rien d’impossible !

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