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Libérien d’origine, Tamba Hali est maintenant devenu un Kansas Citian d’honneur. Le succès, la gloire et l’argent ne lui ont pas fait oublier d’où il vient. Et surtout du chemin pour en arriver là…

Hali n’est pas obligé…

Gbarnga au Liberia, pays fondé en 1821 pour y accueillir les esclaves récemment affranchis. A 200 kms à l’est de la capitale Monrovia, c’est dans cette ville enclavée entre la Côte d’Ivoire, la Guinée et la Sierra-Leone, que naît Tamba Hali en 1983, prénommé ainsi comme le veut la tradition pour les cadets des familles de l’ethnie Kissi. Bourgade de 35000 habitants, elle est le quartier général du tristement célèbre Charles Taylor, futur président-dictateur élu lors des élections générales de 1997 avec un slogan abracadabrantesque : « Il a tué ma mère, il a tué mon père, mais je vais voter pour lui »…
Difficile d’imaginer les conditions de vie plus compliquées pour la famille Hali dès 1989 alors qu’éclate la première de deux guerres civiles sanglantes et meurtrières (la deuxième débutera en 1999 pour se terminer en 2003, et l’on estime le nombre de victimes à 250 000) et que Tamba n’a alors que 6 ans. La vie est d’autant plus ardue que son père, Henry Hali, a quitté le Liberia dès 1985 pour émigrer vers les Etats-Unis, utilisant ses diplômes de mathématiques et de chimie pour trouver un poste au lycée de Teaneck dans le New Jersey.

Tamba, ses deux frères, sa sœur et sa mère, Rachel, subsistent tels qu’ils le peuvent à Gbarnga mais, jugeant que les combats se rapprochent trop dangereusement, ils fuient dans la campagne alentour en 1992, en subsistant grâce à la nourriture qu’ils peuvent cueillir. C’est finalement en Côte d’Ivoire que la famille échappe au cauchemar. Ils passeront quelques mois dans un pays plus calme mais à la stabilité politique tout aussi fragile, particulièrement lors de ces années post Félix Houphouët-Boigny, avant de prolonger leur exil jusqu’au Ghana voisin, pays anglophone lui.

En 1993, son père ayant enfin acquis la citoyenneté américaine, il fait en sorte de rapatrier ses enfants sous des cieux plus hospitaliers de l’autre côté de l’Atlantique. Leur mère, elle, doit rester sur le continent africain, faute d’avoir jamais été marié à Henry, condition sine qua non de la délivrance de son visa pour les autorités américaines. Retournée au Liberia entre-temps, elle sera blessée à la jambe par une balle perdue en 2004 alors qu’elle y réalisait une mission humanitaire.

«  Mon enfance a été ce qu’elle a été, c’est mon passé. J’aurais toujours en moi énormément de raisons pour lesquelles tout cela a été pour mon bien » Tamba Hali


Sans jamais tirer un trait sur ses racines africaines, Tamba Hali passera pourtant une nouvelle étape de son identité d’homme lorsqu’il obtient la nationalité américaine en 2006.
Une année 2006 à marquer donc d’une pierre blanche pour l’homme Hali mais également pour le joueur puisque, 13 années après son arrivée dans le New Jersey, remplies de découvertes, d’apprentissage et d’exploits sur les terrains de lycée et universitaires, les Kansas City Chiefs le sélectionnent en 20e position lors de la draft de cette année. Pour ne rien gâcher, Rachel Keita, posant le pied pour la première fois de sa vie aux Etats-Unis, sera évidemment dans les tribunes de l’Arrowhead Stadium lors de la semaine 4 pour y voir son fils
triompher de la ligne offensive des 49ers et aller sacker Alex Smith, le premier d’une longue série, confirmant la capacité de Tamba à s’imposer au plus haut niveau…

La générosité incarnée

Pourtant, l’adaptation n’avait pas été des plus faciles pour le jeune homme à son arrivée outre-atlantique. Le Liberia étant un pays anglophone, Tamba parle anglais mais, par contre, ne sait ni lire ni écrire la langue de Shakespeare lorsqu’il débarque chez son père avec sa fratrie. N’ayant jamais vu un match de football américain de sa vie, c’est vers le basketball qu’il se tourne tout d’abord après avoir passe sa jeunesse à jouer au foot, tel George Weah, la star libérienne du milieu des 90’s.
Et puis, lors de sa première année de lycée, son coach, Ed Klimek, lui dit qu’il devrait s’orienter vers le football, vu son gabarit et son potentiel athlétique. Problème : Tamba « 
ne comprend rien à ce jeu » au point de « devoir demander à un pote quoi faire sur chaque action ». Le conseil de Warren, cet ami à l’avis plutôt perspicace ? « Plaque le joueur qui a le ballon, quel qu’il soit ! ». Aligné au poste de tackle en attaque et en défense, c’est dans cette dernière catégorie qu’il devient All-American.

Malgré le succès de sa carrière professionnelle, Tamba n’oubliera jamais ce qu’il doit à la Teaneck High School et le montre en multipliant les donations à l’établissement, qu’elles soient en monnaie sonnante et trébuchante ou en biens dont a besoin l’école. 65 000 dollars sortis de sa poche ont, par exemple, permis de terminer le Hall of Fame du campus et de payer pour les frais de l’équipe freshman lors d’une saison, tandis que le millier d’exemplaires de « Win » de Lee Rubin a sans doute inspiré les athlètes à qui ces ouvrages ont été distribué. C’est la même générosité qui guide le joueur lorsque, en 2013, il laisse un pourboire de 1000 dollars aux serveurs d’un restaurant brésilien de Kansas City, au sortir d’un repas (où il vient d’inviter 15 de ses amis) qui lui a déjà coûté 1827 dollars. Impression confirmée par les 400 autres dollars qu’il a donné quelques semaines auparavant à un adolescent pour avoir nettoyé et lavé sa voiture.

Américain mais toujours africain au plus profond de lui, Tamba porte également secours à son pays natal en 2014 en aidant l’Association « Heart to Heart International » à construire une clinique de 70 lits pouvant accueillir les malades touchés par la propagation mortelle du virus Ebola. Un Liberia qu’il va même visiter, accompagne d’un de ses frères et de son père, pendant quatre jours lors de l’inter-saison 2016, au grand dam de son équipe de communication, inquiète pour sa sécurite dans un pays en proie aux enlèvements de touristes. Sans jamais y rencontrer un problème, ce voyage lui permet de revenir sur les lieux de son enfance, des souvenirs qu’il partage avec tous ses fans sur son compte instagram (@tambahali). Et puis, pourquoi avoir peur maintenant alors qu’un Tamba Hali jeune et inconscient n’avait pas hésité à se positionner au milieu des balles et à implorer les belligérants d’arrêter de tirer, avant que son frère aîné ne le sauve de justesse ? Trop heureux sans doute d’avoir pu échapper à un destin qui aurait pu alors tourner court, Tamba a donc fait depuis de la générosité sa qualité première.

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Happy Hali

Sur le plan sportif, alors que Boston College lui propose une bourse des son année sophomore, le talent de Tamba Hali intéresse de plus grandes universités, comme USC, Miami ou les plus proches Maryland ou Syracuse, impressionnées par ses 64 plaquages (dont 23 pour une perte de yards) et ses 8 sacks. Néanmoins, c’est sur le campus de Penn State, surnommé « Happy Valley », à 200kms a l’Ouest de Teaneck, que Tamba choisit de continuer sa carrière naissante au poste de defensive tackle.
Chez les Nittany Lions, l’adaptation est plutôt dure et, comme souvent, le
freshman Hali ne voit pas souvent le terrain lors de sa première année sous les ordres de Joe Paterno. Néanmoins, grâce à un changement de position au poste de defensive end lors de son année junior, son mètre quatre-vingt-dix et ses 121 kilos lui permettent de poster des chiffres (65 plaquages, 11 sacks) qui lui valent d’être elu « All American », ainsi que meilleur lineman de la conference Big Ten lors de sa dernière saison sous les couleurs bleu et blanche de Penn State.

Son profil de joueur d’impact intéresse donc évidemment les équipes NFL, intriguées par son explosivité et sa vitesse mais toutefois un peu inquiètes de sa propension à se précipiter vers le quarterback sans forcement réfléchir aux solutions s’offrant à lui alors que l’action se développe. Son manque de technique, dû à une pratique limitée dans le temps, est cependant compensé par son physique d’airain et ses longs bras qui lui permettent d’être un plaqueur sûr et dangereux pour le porteur de balle.

« Les gars qui ont du talent naturel mais ne travaillent pas, ça ne dure jamais très longtemps pour eux. Il faut avoir du talent mais il faut aussi travailler, et ce sans relâche jusqu’à ce que ça devienne une seconde nature. » Tamba Hali

Peu d’équipes pensent pourtant drafter Tamba avant le deuxième tour, surtout avec des joueurs comme Mario Williams ou Kamerion Wimbley à cette position. Mais un journaliste de « The Sporting News », en exposant au monde l’histoire de Tamba et le long chemin qu’il a dû parcourir pour en arriver là, met un véritable coup de projecteur sur lui et les fait réfléchir. Les Chiefs, en mal de playmakers pour leur défense, prennent un risque, qu’ils n’ont jamais regretté, en faisant de Tamba Hali leur choix de 1er tour en 20e position.

Et, d’emblée, Hali s’impose comme un joueur d’exception, démarrant tous les matches au poste de defensive end lors de ses deux premières saisons, et accumulant 15 sacks et 87 plaquages.
Mais, après une saison 2008 en demi-teinte où il ne réalise que 3,5 sacks, Tamba Hali recule au poste d’
outside linebacker. La saison 2010 le voit même envoyer le quarterback 14,5 fois au sol et forcer 4 fumbles. Au final, sur ses 7 premières saisons sous le maillot rouge des Chiefs, Hali réalise 62 sacks ½ et force 23 fumbles, des chiffres considérables qui font de lui un modèle pour Joey Bosa, le defensive end d’Ohio State drafté en 3e position par les Chargers lors de la dernière draft. Le rookie dit d’ailleurs qu’il « aimerait modeler son jeu sur lui » vu « comment il est vicieux avec ses mains pour les porteurs de balle ».

« [Tamba] est la raison pour laquelle ma carrière s’est autant améliorée. Il m’a appris pratiquement tout ce que je sais dans l’art d’aller rusher le quarterback ou les tackles adverses ou comment lire leur positionnement. Mon pass rush, je lui dois » Justin Houston, coéquipier de Tamba Hali aux Chiefs

Toutes ces performances auront apporté la fortune à Tamba Hali qui signe en 2011 une extension de contrat de 5 ans et 60 millions de dollars, le plaçant juste derrière le Cowboy Demarcus Ware sur le plan financier. Il faut dire que, depuis 2007, seuls Ware et le néo-retraité Jared Allen ont réalisé plus de quarterback pressures que le numero 91 des Chiefs.

A l’heure de choisir sa prochaine destination lors de l’intersaison 2016, et malgré quelques atermoiements à l’idée de rejoindre une franchise pouvant lui apporter une bague de champion avant sa retraite, Tamba Hali a décidé de replonger avec les Chiefs et d’en faire (surement) la seule équipe qu’il aura connue en NFL. Après tout le long et difficile parcours pour trouver une seconde maison, pourquoi aurait-il donc voulu la quitter maintenant ?

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