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haha-clintondix-packers-05112016En oeoette dernière ligne droite de l’élection présidentielle américaine, la rubrique « Portrait » de Touchdown Actu ne pouvait manquer d’y faire un petit clin d’oeil…

HaHa, il a ri, Clinton-Dix

Si aucun joueur ne porte le nom du candidat Républicain, Donald Trump (un receveur des Bengals des 70’s, Bob Trumpy, s’en est approché…), seul un joueur actuel porte le patronyme de la candidate Démocrate, Hillary Clinton : HaHa Clinton-Dix, le safety des Green Bay Packers.

Hérité de son père, ce « Clinton » célèbre qui orne le haut de la partie arrière gauche de son maillot ne l’a vraiment gêné que lorsque Bill, le 42e president des Etats-Unis, s’est essayé à des tests de cigare dans le Bureau Ovale avec une stagiaire du nom de Lewinsky et en a retiré une humiliation publique de premier ordre. Bien qu’il « n’avait pas vraiment conscience de tout ça », en étant né en 1992 (un an avant que Clinton ne prenne possession de la Maison Blanche), cette histoire d’adultère lui aura valu quelques moqueries, plutôt légères, surtout lorsque, en anglais, la seconde partie de son nom, « Dix », est l’équivalent phonétique parfait de la désignation argotique du pluriel de l’organe sexuel masculin…

Pourtant ce nom, Clinton-Dix, HaHa le porte avec fierté puisqu’il rassemble son héritage familial : celui de son père et de sa grand mère maternelle adorée. Plus encore que son nom, c’est cette même grand-mère qui va lui trouver ce prénom si caractéristique. Officiellement « Ha’Sean » (prononce Hassine) pour l’état civil, c’est en ayant marre que ses amis écorchent son prénom et le prononcent « à l’américaine » (Hashone) que le jeune garçon décide de se faire appeler HaHa, tout attaché et avec un H majuscule au milieu, le surnom dont l’a affublé sa grand-mère depuis son plus jeune âge à cause de sa propension à toujours rigoler.

L’Académie de la Vie

C’est à Eatonville, à une dizaine de kilomètres au nord d’Orlando en Floride, que grandit donc HaHa. Eatonville, une bourgade de 2200 habitants à l’histoire si particulière.

En effet, lorsqu’elle est fondée en 1887, la cité floridienne est considérée par beaucoup, à l’époque, comme la première « colonie raciale » puisque ses fondateurs, afro-américains, l’ont développée pour accueillir à bras ouverts les personnes noires considérées comme indésirables dans d’autres parties du pays. Devenue un havre de paix au cours de l’histoire pour les familles noires des Etats alentours, comme la Géorgie ou la Caroline du Nord, elles les incitent à y envoyer à l’école des membres de leur famille. Avec l’évolution, la cité devient néanmoins plus « classique », avec des histoires de violence, de ségrégation et de quartiers moins fréquentables que d’autres. « C’est ce que c’est, c’est votre ville d’origine, vous essayez d’en tirer ce qu’il y a de mieux » en dit maintenant HaHa.

Né dans un quartier difficile, Clinton-Dix s’en échappe quelque peu lorsque sa mère célibataire décide de l’envoyer à l’école privée du coin, The Life Academy (« L’Académie de la vie »). C’est dans cette école que HaHa rencontre un homme, Eddie Cole, un pasteur arrivé là-bas dans les années 80 en provenance de Boston.

« Je lui ai montré des articles sur ses matches, il m’a dit que ça ne l’intéressait pas vraiment de les lire. Il a toujours été comme ça, à ne pas vouloir lire sur lui ou parler de lui. Il veut juste jouer à fond et il sait que s’il le fait, les gens voudront le voir jouer » Julian Dix, le grand-père de HaHa

Si cette institution n’est pas du goût de HaHa, Cole insiste auprès du garçon pour qu’il y poursuive des études et qu’il puisse exprimer son potentiel, intellectuel et physique. Car, en étant le plus grand de sa classe d’âge, le pasteur Cole a déjà deviné les prémices du talent de Clinton-Dix sur les terrains de sport. Pour le motiver et lui inculquer la volonté de rester dans le droit chemin, Cole utilise l’exemple de « Squirrel », un joueur de basket ultra-doué à qui Cole avait offert un un billet de bus pour rejoindre la Oak Ridge Military Academy, un établissement pouvant ensuite lui ouvrir les portes des plus grandes universités. Le jeune homme ne prit jamais ce bus et fut retrouvé mort par balles quelque temps plus tard… En intégrant le jeune et peu expansif HaHa à son programme EKO (« Every Kid Outreach »), Eddie Cole met réellement le pied à l’étrier à Clinton-Dix qui ne tarde pas à se tourner vers un autre exemple pour y puiser de l’énergie et de l’espoir, celui de Deacon Jones, le « Secrétaire de la Défense » légendaire de la NFL.

Né à seulement une rue de celle où Clinton-Dix voit le jour dans Sunnyview Circle, le Hall of Famer devient une boussole dans la vie de HaHa. « Cela a été une grande inspiration pour moi – en sachant qu’il avait réussi à atteindre la NFL. Ca m’a énormément motivé » déclare Clinton-Dix à propos de feu Deacon Jones.

Et si la défense le guide dans sa passion du football, elle lui donne également l’envie depuis tout petit de devenir officier de police « afin de pouvoir comprendre ce qui se passe dans ce monde, et devenir un mentor pour tous les gamins du quartier d’où [il] vient », dit-il. N’ayant pas toujours réalisé les bons choix, il croise le chemin de certains de ces policiers et ne les porte pourtant pas vraiment dans son cœur. Mais à leur contact, la sagesse de l’âge aidant, sa vocation extra-sportive ne deviera plus. En septembre dernier, le joueur star de la NFL qu’il est devenu s’est même inscrit de nouveau à l’Université d’Alabama (qu’il avait quittée prématurément pour rejoindre les pros) afin de suivre un cursus de justice criminelle et avec l’objectif d’obtenir son diplôme à l’automne 2017.

Sur les terrains de foot d’Eatonville, le jeune Clinton-Dix commence sa carrière au lycée d’Edgewater High avant de changer d’établissement pour intégrer celui du Dr Phillips High, suite au refus de son coach, Bill Gierke, de le faire passer en défense, « voyant en lui seul 70% de [son] attaque » à son poste de running-back. Après en avoir discuté avec sa mère, le transfert est inéluctable. Il ne passe que deux saisons sous les couleurs blanche et noire des Panthers mais y devient un des athlètes les plus talentueux et versatiles à y avoir jamais joué. En 2010, avec ses 112 plaquages, ses 6 sacks et ses 4 fumbles forcés, il emmène son equipe jusqu’en Finale du championnat de l’Etat. Ses performances lui valent également le titre de Défenseur de l’Année pour la région de Floride Centrale et, en 2014, une place au Hall of Fame de ce lycée.

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Roll Tide Roll

Avec des statistiques et un niveau de jeu pareil, les universités se pressent évidemment à sa porte, d’autant que les sites Rivals.com et scout.com le considèrent comme le #1 de la nation à son poste de safety. Florida, Florida State, USC, Ohio State, Notre Dame, toutes ces universités prestigieuses veulent voir atterrir le phénomène dans leurs effectifs respectifs. Mais c’est finalement l’Alabama de Nick Saban qui empoche la mise.

En choisissant cette université mythique (« qui vous choisit plus qu’elle ne vous recrute »), certainement la meilleure de la dernière décennie, Clinton-Dix se propose de « continuer a perpétuer l’héritage[…], presque un fardeau […] mais un fardeau que l’on choisit de porter car on veut affronter ce challenge » comme il l’explique dans un article sur le site « The Players Tribune ».
Lors de son année freshman, il apprend de joueurs comme Dont’a Hightower, Mark Barron ou Courtney Upshaw, tous devenus des titulaires en NFL à l’étage supérieur.
Dans son développement personnel, il s’inspire énormément de Sean Taylor, le safety des Washington Redskins assassiné lors d’un cambriolage à son domicile en 2007 à l’âge de 24 ans. Sans l’avoir jamais rencontré, son jeu et sa mort si soudaine le lie à Clinton-Dix comme à un frère qu’il n’a pas eu.

En trois saisons sous les couleurs Crimson Tide, le safety sort des stats assez affolantes, avec 58 plaquages individuels, 7 interceptions et 15 passes defendues en 34 rencontres. La combinaison de son physique et de sa vitesse amène les spécialistes à voir en lui un croisement d’Earl Thomas et de Kam Chancellor, les capitaines de la Legion of Boom des Seahawks. Son seul défaut vient, en fait, d’une de ses qualités premières : l’anticipation. Avec cette capacité à decrypter plus vite que les autres ce qui se passe sur le terrain, Clinton-Dix a tendance à être trop agressif dans sa lecture du jeu et à se laisser quelquefois berner par une play-action bien déguisée par le quarterback adverse.
De ces trois saisons à jouer pour Nick Saban, il tire un bilan collectif indéniablement positif puisque Alabama remporte le titre universitaire en 2011 et 2012. Lors de la raclée (42-14) infligée à Notre Dame en finale, Clinton-Dix dicte sa loi avec ses 7 plaquages et, surtout, une interception acrobatique sur le premier drive post mi-temps de Notre Dame, tuant dans l’oeuf tout espoir de remontée pour les Irish.

Avec un CV aussi cossu que le sien et la nécessité d’avoir des safeties de plus en plus rapides, puissants et versatiles en NFL (et dont le site The Ringer a estimé l’importance grandissante dans un bel article), la cote de Clinton-Dix est au plus haut lorsqu’arrive la draft 2014.
Si Calvin Pryor (« dont [il] ne pourra jamais atteindre la puissance de plaquage »), un autre joueur issu de Floride mais étant passé par l’Université de Louisville, est choisi en 18e position par les New York Jets, c’est chez les Packers, dans le Wisconsin, que Clinton-Dix va faire ses premiers pas en NFL. Une destination parfaite de tranquilité pour lui qui aime pêcher…
Surtout, avec les 8,3 millions de dollars que lui donnent les Packers, il parvient à acheter une maison à sa mère, acquisition de cœur qu’il met en valeur sur son compte instagram (@_ha21). Il n’oublie pas non plus d’envoyer une enveloppe à Eddie Cole, remplie d’une carte de remerciements ainsi que de dollars destinés à envoyer encore un peu plus d’élèves à EKO.

Et depuis deux saisons et demies qu’il arpente les terrains de la Grande Ligue, on ne peut pas dire que les obeservateurs se soient trompés, vu le niveau affiché par celui qui n’a encore manqué aucun match dans sa carrière. 183 plaquages, 3 interceptions, 11 passes défendues, 2 fumbles forcés et 4 sacks en 39 matches, l’abattage de Clinton-Dix est bien visible pour le #21, un numéro légendaire à Lambeau Field puisqu’il a été celui de Charles Woodson pendant ses années de Packer, « qu'[il] n’a pas choisi mais auquel [il] essaie de faire le plus d’honneur ».
Malgré deux premières saisons au cours desquelles les Packers ont atteint les playoffs, pas encore de bague de champion pour Clinton-Dix, ne pouvant donc pas encore les admirer de la même manière qu’il ne le fait pour ses deux bagues de champion universitaire.

Si les Packers y parviennent cette année, la tradition américaine voulant que l’on fume le cigare de la victoire après celle-ci, nul doute que les photographes seront à l’affut du cliché…

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5 Commentaires

    • Ha ha, très juste, et n'oublie pas AJ Hawk, toute aussi nul sur le punt fake.
      Tous coupables, des coachs aux joueurs !!
      Un très très très mauvais souvenir !

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