PARTAGER

tj-ward-broncos-broncos_25112016
Réputé être l’un des plus féroces plaqueurs de toute la ligue, TJ Ward n’arrive finalement à être dompté par une seule personne: sa mère, LaNeita.
Des trois enfants qu’elle a eus avec son mari, Terrell, TJ (Terrell Ray Jr, pour les intimes…) est l’aîné, étant né en 1986 du côté d’Antioch en Californie tandis que Tierra vient au monde deux ans plus tard et que Terron vient compléter la fratrie en 1992. Le point commun de ces trois enfants? Une compétitivité hors norme et des aptitudes physiques que LaNeita et Terrell se chargent de développer au maximum. Il faut dire qu’avec leurs pedigrees personnels, on pouvait prévoir de façon probable que leur progéniture aurait un réel talent sur ce plan.
Si Odell Beckham Jr fut le fruit de l’amour de deux athlètes en Louisiane, l’union de Terrell et LaNeita, footballeur et athlète à l’Université de San Diego State, se devait également de produire des spécimens. TJ aura donc la destinée qu’on lui connaît pendant que sa petite soeur décrochera une bourse d’athlète à UCLA. Le petit dernier, lui, est actuellement running back remplaçant chez les Falcons d’Atlanta.

Dans son équipe de pee wee football, TJ porte le même numéro, le 44, que son père arborait sous les couleurs des Aztecs. Alors qu’il est maintenant devenu un beau bébé d’1m77 pour 90 kilos, TJ ne pèse encore que 30 kilos lorsque, à 8 ans, il revêt son premier casque et ses premières protections. Mais, déjà, le talent saute aux yeux des éducateurs qui voit évoluer TJ sur les gazons californiens. Le jeune TJ est également aidé par les séances de tableau noir que son père lui prodigue, à lui ainsi qu’à son cousin, un certain Maurice Jones-Drew. A seulement 9 ans, TJ ward reçoit donc déjà les conseils tactiques d’un ancien joueur de niveau NFL puisque son père eut l’honneur d’être sélectionné par les Philadelphia Eagles lors du 7e tour de la draft 1980.

« J’étais un joueur assez méchant. TJ joue avec le même type de méchanceté. Il n’est pas sur le terrain pour vous blesser mais il veut vous punir » Terrell Ward, le père de TJ Ward

Pourtant, les parents Ward ne font pas que mettre l’accent sur les qualités sportives de leurs enfants, puisqu’ils exigent d’eux d’excellentes notes à l’école. Pour ce faire, les deux parents interdisent à leurs enfants d’aller s’entrainer s’ils reviennent avec des notes au-dessous des standards attendus.
Initialement installés à San Francisco, où le jeune TJ prend pour modèle d’enfance les 49ers de Ronny Lott, les parents Ward décident également de déménager alors que TJ n’a que 8 ans pour aller s’installer dans un quartier un peu plus huppé.

Point positif de ce changement d’environnement, les deux garçons pourront aller user leurs casques au sein de la De La Salle High School a Concord, située a une trentaine de kilomètres a l’Est d’Oakland.

Pas seul à De La Salle

Lycée légendaire, qui a eu le droit d’être le sujet du film « when the game stands tall », l’équipe est drivée par Bob Ladouceur qui l’emmène à une série de 151 victoires de suite entre 1992 et 2004. Plus encore que leur apporter un coaching décisif, Ladouceur amène aux jeunes joueurs sous sa coupe « fair-play, loyauté et sens des responsabilités », tel que le décrit LaNeita, ajoutant que « la série de victoires n’a jamais été vu comme un but en soi, alors que gagner le match suivant et être responsable envers ses coéquipiers l’était ». Tradition des Spartans, chaque joueur se doit de remplir une fiche où il indique ce qu’il va faire pour rendre l’équipe meilleure la semaine suivante, tandis qu’un de ses coéquipiers la lit à voix haute pour le responsabiliser vis-à-vis de tous les autres. Un autre exercice de style que LaNeita apprécie.

TJ Ward, en attaque comme en défense, apporte son écot sur le terrain à la série de victoires, malgré une blessure lors de son année senior, lors du 4e match de la saison, qui l’empêche de pouvoir aider ses coéquipiers. Obtenant son diplôme au printemps 2004, il verra son ancienne équipe perdre son invincibilité au cours du mois d’août suivant. Mais la tristesse de voir un tel exploit arriver à sa fin n’est cependant rien face à celle qu’il a dû affronter quelques semaines auparavant.

Sortant d’un lycée avec un CV footballistique en béton, toute une escouade de joueurs de De La Salle est recrutée par l’Université d’Oregon en ce printemps 2004. TJ, lui, manque le bon wagon à cause de cette satanée blessure à la jambe mais est déterminé à suivre ses 4 amis sur le campus d’Eugene, Cam Colvin, Willie Glasper, Jackie Bates et, surtout, Terrance Kelly, un linebacker élu MVP de l’équipe pour la saison précédente et meilleur ami de TJ.

« Il l’a mérité. On doit se pincer pour croire au succès de nos garçons. Déjà, arriver à un camp NFL, c’est un gros accomplissement. Avoir deux garçons qui jouent dans la ligue, c’est dur à croire » Terrell Ward

Alors que ces quatre joueurs se préparent à aller revêtir l’uniforme des Ducks, et que TJ a décidé de les rejoindre en tentant sa chance en tant que « walk-on » (joueur sans bourse), Terrance Kelly est assassiné dans son quartier de Richmond la veille de son départ, malgré son total détachement des petits business et autres vicissitudes des quartiers un peu durs. C’est LaNeita qui apprend à TJ l’assassinat incompréhensible de son meilleur ami et qui se charge de le consoler autant que faire se peut. « Il est entré dans une phase de depression assez longue, n’arrivant pas à accepter cette perte. Il ne l’a toujours pas accepté » dit d’ailleurs sa mère de cet événement traumatisant. TJ portera désormais son ami avec lui en se faisant tatouer un ange agenouillé surmontant l’inscription « Tee-Kay ». Devenu champion NFL pour la première fois l’an dernier à Santa Clara dans le stade des 49ers, à quelques miles du lieu où ils avaient grandi ensemble, quel meilleur moyen de rendre hommage à son ami disparu?

tj-ward-broncos-broncos_26112016

Hitman Brown

Arrivé sur le campus d’Oregon comme un joueur d’appoint, et seulement par la grâce de l’avis du coordinateur défensif des Spartans Terry Eidson qui est parvenu à convaincre celui d’Oregon de lui donner une chance, sa blessure à la jambe lui impose de passer une année freshman en « redshirt ». Malchanceux, deux autres blessures le retardent pour son ascension dans le roster avant qu’il ne fasse ses preuves dans les special teams au cours de son année sophomore. C’est au cours de sa saison junior que TJ Ward explose véritablement avec ses 101 plaquages, le 5e plus grand total dans la Conférence Pac-12. Et, malgré une nouvelle blessure à la cheville au cours de son année senior, la draft 2010 le voit être sélectionné par les Cleveland Browns au 2e tour (en 38e position).

« Le diable de Tasmanie, c’est comme ca que je l’appelle. Je le surnomme Taz. Il paraît complètement fou sur le terrain donc je dois le calmer de temps en temps mais c’est le type d’énergie dont on a besoin » Chris Harris, coéquipier de TJ Ward à Denver

C’est dans l’Ohio que sa réputation naissante prend alors toute son ampleur. Avec ses 108 plaquages, 2 interceptions et son fumble forcé en 16 rencontres disputées, sa saison rookie se passe superbement bien sur le plan individuel, mais le bilan de 5 victoires pour 11 défaites rappelle que les Browns restent les Browns, des lovable losers patentés. Eric Mangini remercié, c’est Pat Shurmur qui s’y colle la saison suivante, avec le même type de réussite puisque l’équipe arrive péniblement à 4 victoires en 16 matches, malgré une défense correcte. Une saison négative de plus coute finalement la place à celui qui deviendra coordinateur offensif des Vikings en 2016. La carrousel des entraineurs continue donc avec l’arrivée de Rob Chudzinski. Malgré la saison de Pro Bowler effectuée par leur safety (112 plaquages, 2 interceptions et 1 touchdown), les Browns ne proposent aucune prolongation de contrat à TJ Ward durant l’intersaison 2013, perpétuant la tradition de remplacer leurs joueurs draftés par des free-agents grassement payés qui ne manqueront bientôt pas de recevoir le Dawg Pound. Et, en effet, les dirigeants des Browns décident en 2013 de se séparer de D’qwell Jackson et de Ward pour purger leurs vestiaires de joueurs un peu losers et leur substituer Karlos Dansby et Donte Whitner, afin d’apporter au vestiaire des joueurs venant, eux, d’un effectif de winners. Les résultats des Browns depuis démontrent clairement l’efficacité de cette tactique…

Prenant ce depart forcé comme une renaissance à venir, TJ Ward décide de signer chez les Broncos, attiré qu’il est par le discours alléchant de John Elway, lui promettant de tout mettre en oeuvre pour gagner un Super Bowl dans les trois saisons suivantes. Le directeur du personnel des Broncos, Tom Heckert, ayant également été GM des Browns lorsque ceux-ci l’avaient drafté, le processus de décision est assez court pour lui, qui vient enfin apporter aux Broncos un gros plaqueur dans leurs bases arrières, un joueur comme ils n’en ont plus possédé depuis Brian Dawkins. Poussés également à bâtir un effectif plus physique, suite à la déroute face aux Seahawks de Kam Chancellor lors du Super Bowl XLVIII, les Broncos voient en TJ « Taz » Ward le véritable capitaine de leurs bases arrières. Pas étonnant donc que, pour la deuxième saison consécutive, le safety ait été élu capitaine par ses pairs puisque, comme le veut leur tradition, le management de l’équipe en désigne trois avant que les joueurs n’en fassent de même au milieu de la saison pour récompenser leurs leaders offensifs, défensifs et de special teams.

A 29 ans, et avec sept saisons de coups infernaux portés à ses adversaires (dont un qui a valu à Rob Gronkowski de manquer la fin de saison 2013 sans que Ward ne prenne d’amende…), le #43 des Broncos semble atteindre le pic de sa carrière, en « étant devenu un joueur plus intelligent dans ses choix». Porté par l’espérance d’un retour au Super Bowl que tout le Colorado espère sans vraiment y croire, vu l’inexpérience de Trevor Simian mais malgré la capacité de domination de leur escouade défensive, TJ Ward espère sans doute ne pas y jouer les Falcons de son frère. Non pas que cela le gênerait de lui rappeler qui est l’aîné et qui est le plus fort mais savoir sa mère dans les tribunes se ronger les sangs, non pour un mais pour deux de ses deux enfants, serait sans doute une torture qu’il voudrait lui eviter. On peut être un véritable diable de hitman sur le terrain et un fils à maman en dehors…

PARTAGER

4 Commentaires

  1. c'est vrai que Taz lui va parfaitement comme surnom, un peu foufou, bourré d'énergie, et pas si vilain que ça en fait !
    merci pour le portrait de notre TJ à qui on doit beaucoup dans le titre de l'an passé !!

  2. J'aime beaucoup tous vos articles "portrait" et celui-là est encore sympa,

    Mais désolé… Ce joueur… Je ne peux pas…
    Depuis qu'il a découpé les genoux du Gronk je ne peux pas le voir.
    Le coup était vraiment méchant, et il savait très bien les risques pour le Gronk et sa carrière quand il s'est jeté dans ses genoux.
    Ce qui me gène, c'est qu'il continue à le faire ultrarégulièrement.
    On joue régulièrement les Broncos ces dernières années, et à chaque fois qu'il "plaque" j'ai peur pour la santé de nos joueurs.
    En fait c'est ça son principal soucis, c'est qu'il a compris que plaquer ne servait à rien, et qu'il était plus efficace d'aller charcuter les genoux de ses adversaires.

    Comme pour les commotions, la NFL doit faire un effort pour la santé physique des joueurs.
    Trop de joueurs NFL n'ont pas de technique de plaquage et se contentent de mettre des gros tampons. J'aime moins le rugby que le foot US, mais quand ils défendent, les joueurs de rugby sont généralement beaucoup plus soucieux de ne pas exploser leur adversaire mais essayent de rester propre.

LAISSER UN COMMENTAIRE