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[histoire] Cris Carter : tel père, tel fils

2 janvier 2013. L’une des plus grosses anomalies du paysage footballistique américain est (enfin) réparée : Cris Carter rejoint le Hall of Fame de Canton, dans son Ohio natal. Là où il a découvert le football. La boucle est bouclée. Acrobate, magicien, il a ébloui la décennie 90 par ses inimitables qualités de funambule et de jongleur. Un alchimiste des terrains de football, capable de transformer la plus anodine des passes en touchdown. Pourtant, au sortir de la fac, rien (ou presque) ne semblait le destiner à si grandiose avenir. Et 15 ans après sa retraite sportive, son rejeton n’attend qu’une chose : suivre les pas dorés de son illustre père. Tel père, tel fils.

CrisCarter-Buckeyes

Cris Carter, en pleine lévitation

Ohio, mon amour

C’est à 200 kilomètres au sud-ouest de Canton que Cris Carter grandit. À moins de 3h de route du Hall of Fame. À Troy, dans la banlieue de Dayton, non loin de Columbus, il passe sa petite jeunesse avant de rejoindre Middletown, dans le sud de l’Ohio, avec ses trois frères et deux sœurs. Un État qui respire le football. Lorsqu’il intègre le lycée de la petite ville, c’est presque naturellement qu’il se met au football et au basket. Graduel, puisque c’est son vrai nom, abandonne le prénom de son grand-père pour Cris, en hommage à Cris Collinsworth, receveur vedette des Cincinnati Bengals, à quelles encablures de Middletown.

Doué aussi bien en short qu’un casque vissé sur le crâne, les offres de scolarités pleuvent. Il n’a que l’embarras du choix. Sans grande surprise, il accepte celle de Earle Bruce et des Ohio State Buckeyes. Incapable de se décider, il continue de sévir tant sur les parquets que les gazons. Au terme d’une brillante année de sophomore, ponctuée par une performance record lors du Rose Bowl (9 réceptions et 172 yards), il abandonne le basket pour se consacrer exclusivement au football. Et il ne tarde pas imposer sa marque : des mains d’orfèvre, une agilité de gymnaste, des plongeons tout en maîtrise et un don d’équilibriste hors du commun.

En 1985, il illumine le Citrus Bowl d’une de ces réceptions venues d’ailleurs. Acculé devant sa endzone, le quarterback Jim Karsatos envoie une passe douteuse en direction du bord du terrain. Carter traîne dans les parages, et alors que le cuir file en dehors des limites, s’en saisit à une main et parvient dans un numéro de funambule dont il a le secret à étendre les pointes de ses pieds pour compléter la réception. Improbable. Sauf quand on s’appelle Cris Carter. Le plus beau catch de l’histoire du football universitaire selon Karsatos :

« Quand j’ai finalement revu les images, on le voit piétiner le long de la ligne, bondir et attraper la ballon du bout de sa main gauche alors que la balle est déjà au moins un yard en dehors du terrain. Et on ne sait pas trop comment, il arrive presque à léviter pour se retrouver les deux pieds dans le terrain. Je jure que ce jour-là il a lévité pour retourner dans les limites du terrain. Quand j’ai revu les images, j’en revenais juste pas. »

Un sentiment courant avec Cris Carter. Mais les adeptes du ballon ovale n’allaient pas tarder à s’habituer à ces actions d’éclat.

Un avenir radieux semble se dessiner devant lui, mais Cris Carter décide de se tirer une balle dans le pied. Dans le secret, et contournant les règles universitaires, il engage l’agent Norby Walters. Une petite cachoterie qui ne tarde pas surgir sur le devant de la scène et qui vaut au receveur d’être déclaré inéligible.

« À tous les fans des Buckeyes, du plus profond de mon cœur, je m’excuse sincèrement, » déclarera-t-il à l’occasion de son entrée au Hall of Fame. 

Même privé de son année de senior, Carter quitte le campus de Columbus avec le record de réceptions de l’université (168). Avec une jolie casserole accrochée au casque, il est drafté au 4e tour par les Eagles en 1987. Au 4e tour de la supplemental draft. C’est ce qu’on appelle entrer par la petite porte.

Chris Berman le dira mieux que personne : « All he does is catch touchdown passes ». Et dès sa première année, il reste fidèle à sa devise. Malgré des débuts en catimini et juste 5 petites réceptions, il inscrit deux touchdowns. La saison suivante, Cris continue de faire ses armes et voit son temps jeu accru. Une petite quarantaine de réceptions, 761 yards et 6 touchdowns. Lentement, mais sûrement, le receveur se fait sa place dans la grande ligue. Dès la saison suivante, il fait de la endzone son terrain de jeu favori et inscrit 11 touchdowns. Joueur volubile sur le terrain, il ne manque pas non plus de couleur en dehors. Au grand dam de son coach, Buddy Ryan. Le régime à base d’alcool, ecstasy, cocaïne et marijuana auquel s’adonne Carter n’est pas vraiment à son goût et il décide de couper le receveur à la surprise générale. Surprise, car le public ignore à l’époque les mauvaises habitudes de Carter. Un mal pour un bien à en croire l’intéressé. Comme une prise de conscience, il décide de mettre de l’ordre dans sa vie.

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Plus jamais on ne verra de Viking porte le #80

Bleeding Purple & Gold

Et pourtant, un petit remontant n’aurait peut-être pas été de trop au moment d’affronter son premier hiver dans le Minnesota. Le 4 septembre 1990, flairant le bon coup, les Vikings récupèrent le receveur et sa collection de casseroles. Il dit adieu à l’alcool et la drogue, sage décision, et redouble d’efforts sur le terrain d’entraînement et dans la salle de muscu. Un revirement salvateur confiera le joueur au Minneapolis Star-Tribune :

« Mec, [les Vikings] ont investi tellement de temps sur moi, » expliquera-t-il au bord des larmes. « Ils m’ont guidé vers les bonnes personnes. Quand je suis arrivé ici, j’avais tellement besoin d’aide. Oh mon Dieu. »

« Ça a demandé beaucoup d’efforts, mais il y avait beaucoup de monde pour m’aider, pas seulement sur le terrain, mais aussi pour remettre de l’ordre dans ma vie. Ils tenaient vraiment à moi. Je dois tout aux Vikings. Ce qu’ils ont investi en moi représente bien plus que de l’argent. Il m’ont enseigné comment vivre le reste de ma vie. Je n’avais plus aucune raison de rester prisonnier de mon passé. Enfin, enfin je pouvais mettre à profit mes qualités athlétiques. »

Barré par Hassan Jones et Anthony Carter (aucun lien de parenté), ancienne star des rivaux de toujours des Buckeyes, les Michigan Wolverines, il doit se contenter de miettes. Sa plus belle performance de la saison, il la réalise face aux Eagles, un lundi soir, en primetime. Comme un doux parfum de revanche. Au programme : 7 réceptions, 151 yards et un touchdown longue distance de 78 yards. La première partie est terminée, place au vrai show.

En 1991, Cris Carter décolle. 72 réceptions, 962 yards, 5 touchdowns et il prend le pouvoir au sein de l’escouade de receveurs. Après deux saisons décevantes, Dennis Green remplace Jerry Burns. Le blizzard du changement souffle sur les Twin Cities. Le grand ménage de printemps est lancé. Herschel Walker débarqué en provenance de Dallas dans un échange XXL n’y survit pas. Un petit coup de balai qui ne tarde pas à faire son effet. Dès 1992, les Vikings retrouvent les sommets et glanent 11 succès. Rich Gannon et Sean Salisbury jouent, à tour de rôle, les pourvoyeurs de ballons pour Cris Carter, toujours aussi incisif, malgré une blessure qui le privera des quatre dernières rencontres de la saison. L’aventure en playoffs tourne court après une défaite face à des Redskins champions en titre dès le Wild Card weekend.

La valse des quarterbacks est déjà à la mode à l’époque dans le Minnesota et l’année suivante c’est Jim McMahon qui permet à Cris Carter de franchir la barrière des 1000 yards pour la première fois. Une première qui lui doit son, là aussi, tout premier billet pour Hawaï. L’année suivante, Warren Moon débarque à Minneapolis et développe rapidement une alchimie avec Carter. Le coup de boost dont le receveur avait besoin. Enfin. 122 réceptions (un record à l’époque, battu dès la saison suivante par le Lion Herman Moore, lui-même égalé par Marvin Harrison en 2002), 1256 yards, 7 touchdowns et une place toute trouvée dans l’équipe type All-Pro. Ça y est, le natif de l’Ohio fait partie des grands. Le titre de la NFC Central en poche les Vikings se cassent les dents une troisième année de suite sur la première marche des playoffs. Un petit tour et puis s’en vont.

Des chiffres. Encore. Toujours. Pourtant, plus que des chiffres, Cris Carter c’est avant tout un style. S’il n’est pas le plus rapide, il possède un avantage de taille : il vole. Ou plutôt il plane. Dans un style aérien inimitable, il semble rester en suspension éternellement. Le cuir parait aimanté par ses mains. Ses pieds, par le terrain. Le voir retomber en dehors des limites, même dans les situations les plus improbables, semble juste impossible. Il maîtrise les éléments. Un talent redoutable pour un athlète d’1m90. Un monstre physique qui abrite un homme profondément croyant. Animé par une foi sincère qu’il met au profit des autres au travers de nombreuses actions caritatives. Un engagement altruiste qui lui vaudra le Walter Payton Award en 1999.

Un dévouement corps et âme

En 95, Carter réalise la meilleure saison statistique de sa carrière : 122 réceptions (une nouvelle fois), 1371 yards et 17 touchdowns ! Il est attiré par le parfum de la endzone, comme un prédateur l’est par le goût du sang. Pourtant, il doit se contenter de la seconde équipe type cette année-là. Brad Johnson remplace Moon et Cris continue d’empiler les réceptions, yards et touchdowns  (10 en 1996, 13 en 1997). Il collectionne également les billets d’avion pour Hawaï. Cinq consécutifs. Idem pour les défaites au premier tour des playoffs. Mais plus pour longtemps. Rejoint par son ancien coéquipier à Philly, Randall Cunnigham, le receveur va vivre ses plus belles saisons en 97 et 98. À l’arraché, les Violets se débarrassent des Giants (23-22) et vainquent enfin le signe indien. Le temps d’une semaine. Les 49ers les font redescendre sur terre le week-end suivant. Une performance annonciatrice d’un avenir meilleur cependant. Si collectivement, les résultats peinent à venir, Cris s’épanouit dans sa nouvelle famille. Une famille qui l’a adopté, qui lui a tant donné et pour laquelle il s’est consacré corps et âme en retour, sans retenue.

« Quand il est arrivé en provenance de Philadelphie, nous savions que c’était un remarquable joueur et ce dont il était capable, » explique un autre Viking Hall of Famer, Chris Doleman. « Nous voulions faire table rase pour qu’il reparte à zéro et le laisser faire ce qu’il sait faire. Il n’a jamais rien fait d’autre sinon honorer les Vikings et les couleurs des Vikings. »

En 1998, de fils adoptif exemplaire, Cris Carter endosse le costume de mentor. Armés d’un Randy Moss sensationnellement insolent, ils remportent 15 succès. Au sein de l’attaque la plus explosive de l’histoire à l’époque, Carter fait ce qu’il sait faire de mieux : marquer. Il le fera à 12 reprises. Toujours avec style. Mais ces Vikings sont maudits, et la porte du Super Bowl qui leur semblait grand ouverte se referme sur leur nez. La grande déception de Cris Carter, sa seule dans le Minnesota concédera-t-il. À un point tel qu’il remet même en question son goût du jeu. Mais la passion est plus forte. Il clôt le 20e siècle à sa manière : 96 réceptions, 1241 yards et 13 touchdowns. Après une victoire face aux Cowboys, les Vikings butent face à des Rams en route vers le titre dans un feu d’artifice offensif de haute volée entre deux des meilleures attaques de l’histoire. La décennie 90 s’achève. Carter a amassé 835 réceptions. Seul Jerry Rice et ses 860 unités ont fait mieux.

Sous l’impulsion d’un énième quarterback et la trentaine bien avancée, Carter ne baisse pas de rythme et continue de régaler. Des yards (1274), des plongeons, des réceptions (96), des catchs à une main, des touchdowns (9) et un huitième voyage de fin d’année à Hawaï bien mérité. Bien aidé par Daunte Culpepper, Cris devient le second joueur de l’histoire à franchir le cap des 1000 réceptions. Et comme par hasard, il le fait dans la endzone, dans son jardin. Comme un symbole. Une dernière saison honorable et sa croisière sur le drakkar Viking touche à sa fin. Un bref passage cahoteux chez les Dolphins et il raccroche définitivement les crampons. L’un des meilleurs receveurs de l’histoire se retire. Le meilleur selon certains. N’en déplaise à Jerry Rice.

« Je dirais qu’il est le meilleur receveur avec ou contre qui je n’ai jamais joué, » explique Chris Spielman, ancien linebacker des Buckeyes et Lions. « Le type que je connaissais ne ratait jamais une réception. Quand je voyais le ballon aller vers lui lorsque l’on jouait contre les Vikings, je me disais, ‘J’espère qu’on le mettra à terre avec que le ballon ne l’approche. S’il arrive à 15 centimètres de lui, il l’attrapera à coup sûr.' »

Et ça n’est pas William White, ancien safety des Buckeyes, Lions et Chiefs, et qui se frotte à Carter depuis le lycée, qui le contredira.

« S’il avait passé 15 ans auprès de Joe Montana, imaginez ce qu’il aurait fait. Je préférerais devoir marquer Jerry Rice que Cris Carter. »

Véritable machine à marquer, il aura converti plus de 10% de ses réceptions en touchdowns. Il tire sa révérence les poches remplies de réceptions (1101), de yards (13 899), de touchdowns (130) et de records en pagaille. Jamais receveur n’aura été aussi doué de ses mains. Longtemps ignoré ou recalé du Hall of Fame, son buste trouve finalement, et à juste titre, sa place au côté des autres stars de la NFL dans le Temple de la renommée de Canton. Une consécration, un grand moment d’émotion.

« Nous possédons le plus beau Temple de tous les Temples, » déclare-t-il, sans notes, mais plein de fierté. « Et de pouvoir rejoindre tous ces hommes, sur cette scène, dans le paradis du football, constitue le plus beau jour de ma vie. »

Duron-Carter-Alouettes

Alouette, gentille alouette !

Au nom du père

Ohio State, des casseroles, les Vikings et du talent. Duron Carter, le fils de Cris partage bien des choses en commun avec son illustre père. Mais à la différence de ce dernier, qui a su naviguer entre ses déboires, rester à flot et se faire une place rapidement dans la cour des grands, le fiston Carter a été forcé d’emprunter des chemins détournés. Un long périple, mais au final, peut-être le même destin. Celui d’un receveur dans la grande NFL.

Lorsqu’il quitte le lycée, Duron est une recrue 4 étoiles. Suivant les traces paternelles, il atterrit chez les Buckeyes d’Ohio State. Une année de freshman sportivement discrète et conclue abruptement. Déclaré académiquement inéligible, le rejeton de Cris rejoint la petite université de Coffeyville, un Community College qui, pour les mêmes raisons, avait accueilli Brandon Jacobs et Reggie Nelson par le passé. Ses belles prestations sur le terrain ne font guère de poids au moment d’affronter les recruteurs.

« L’équipe qui draftera Duron Carter récupérera le joueur le plus paresseux, pleurnichard et avec la pire éthique de travail que la NFL n’a jamais vu, » écrivait sur Twitter son ancien quarterback à Coffeyville, Cayden Cochran. « J’ai joué avec lui. Une personne épouvantable qui sera un poison pour n’importe quel vestiaire. »

Issue logique à cette image déplorable : il est royalement ignoré lors de la draft 2013. Son père a beau le défendre, rien n’y fait.

« Il n’a commis aucun crime, n’a pas de tatouage, pas d’enfant et c’est un bon gamin. Le truc, c’est qu’il déteste l’école. Et je suis son père. Il est vraiment brillant, il a un QI au-dessus de 130. Il déteste juste l’école. On lui a fait passer le Wonderlic, il a eu 28. »

Bien supérieur à la moyenne de 17 enregistrée par les receveurs.

« Je sais qu’il n’y a pas beaucoup de meilleur receveur que lui dans cette draft. Je le sais. Je m’y connais en receveurs. Oui, ça pourrait lui prendre un peu de temps. Je pense juste que dans le football professionnel, seul le football compte. Vous répétez les choses des millions de fois. Et qu’est-ce qui pourrait arriver de pire? Peut-être que ça lui prendra 16 mois. »

Un bref passage au camp d’été des Vikings chéris de son père, un court essai avec les Saints et Duron traverse la frontière, direction Montréal. Au pied de la Montagne, dans le Stade Percival Molson de McGill, il ne tarde pas à faire parler de lui. Alimentant les top 10 de la CFL chaque semaine. Son mètre 96, ses jambes infinies, ses longues foulées ne sont pas sans rappeler AJ Green. Insaisissable ballon en main, il a hérité de l’adresse de son père.

Deux ans après avoir été recalé de la draft, Duron Carter est désormais l’une des attractions de la prochaine intersaison. Matt Miller de Bleacher Report voit en lui le prochain Cameron Wake. Une nouvelle reconversion réussie de la ligue canadienne vers la ligue américaine. Une success-story. Et si pour mieux imiter son père, c’est dans le Minnesota que le fiston endossait son premier uniforme NFL? L’histoire serait belle. Celle d’une famille qui aime profondément le football. Mais avant tout, d’une famille qui s’aime. Tout simplement.

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