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Histoire

[histoire] Paul Brown : Ohio, mon amour

paul-brown-histoirePremier coach de Browns qu’il érigea au rang de dynastie. Membre fondateur de la jungle de Cincinnati. Avant lui, le football pro faisait grise mine dans l’Ohio. Aujourd’hui, Cleveland et sa voisine du sud connaissent des destins croisés. A tale of two cities. Si les Bengals tutoient les sommets dans leur bien nommé Paul Brown Stadium depuis plusieurs années, sans jamais véritablement parvenir à les atteindre, les Dawgs pataugent dans les bas fonds de la ligue depuis plus de deux décennies. Pourtant, il fût un temps où les Browns ne faisaient pas rire. Pas du tout même. Ce temps, c’est celui de Paul Brown. Un pionnier, un bâtisseur, un réformiste, un innovateur.

« Paul Brown était le Bill Gates de son temps. Il a transformé un sport essentiellement physique en exercice intellectuel. » – Cris Collinsworth, ancien receveur des Bengals.

Le temps de l’insouciance

Quand il voit le jour dans l’Ohio, le 20e siècle n’a que huit ans. Un gamin. À Massillon, cité d’acier traversée par des milliers de tonnes de marchandises chaque jour, une seule obsession : les Tigers. Que ce soient ceux du lycée ou de la formation professionnelle locale, ils constituent l’attraction principale de la petite ville industrielle. Quand, dans les années 20, l’équipe fusionne avec sa rivale voisine de la plus huppée Canton, seule subsiste la rivalité lycéenne. Une histoire d’hégémonie régionale. Paul entre à la Massillon Washington High School en 1922. Avec ses 68 kilos tout mouillés, il n’est pas l’athlète le plus terrifiant sur un terrain de football et préfère dépenser son énergie sur les butoirs de saut à la perche. Spectateur attentif, le coach Dave Stewart est impressionné par la détermination déployée par l’ado malgré sa petite taille. Une force de caractère qui le convainc de l’intégrer dans le programme de football. En 1924, alors junior, Paulo prend les commandes de l’attaque, destituant de son bien Harry Stuhldreher, l’un des futurs Four Horsemen, légendes de Notre-Dame.

Paul Brown quarterback titulaire, les Tigers signent deux saisons à 15-3. Diplômé en 1925, il rejoint Ohio State, évidemment, avec l’intime espoir d’enfiler le prestigieux maillot des Buckeyes. Un rêve qui ne deviendra jamais réalité. Il ne passera même pas le stade de tests de recrutement. Une petite année sur le campus de Columbus, puis il choisit d’être transféré. Direction Miami University. À Oxford. Dans l’Ohio. Il y prend la succession du futur hall of famer Weeb Ewbank. Une brève carrière et quelques jolis succès au sein de la petite fac. Paul Brown le joueur se retire déjà. Marié à son amour de lycée, son cœur balance entre le droit et l’histoire. Mais l’évidence l’emporte rapidement. Il n’a qu’une passion. Son second amour. Le football. Une passion qu’il veut transmettre. Quoi de mieux que le coaching. En 1930, sur recommandation de Dave Stewart, il est enrôlé par la Severn School, une prépa privée. Départ pour le Maryland. Adieu l’Ohio. Ce n’est pas un adieu, juste un au revoir.

Une première campagne invaincus, un titre d’État, puis une seconde en demi-teinte. En 1932, les Massillon Tigers se séparent de leur coach. Le poste est vacant, mais pas pour longtemps. Paul Brown met fin à son exil de deux ans. Retour au bercail. À seulement 24 ans, il devient coach. Sa mission est simple : sortir les Tigres de la léthargie dans laquelle ils ont sombré depuis le départ de Dave Stewart, six ans plus tôt. Pour rebondir après une saison à 2-6-2 en 31, Paul a une idée précise. Discipline et rigueur. Voilà les maîtres mots de sa stratégie. À peine intronisé, il vire un coach assistant arrivé à la bourre trop occupé à prendre soin de sa ferme. Intraitable. Intransigeant. À la limite du dictat. Pendant les matchs, interdiction de poser son derrière même endolori ou fatigué sur le banc. Une seule position : debout.

Sous ses ordres, les Tigers redressent le museau. Légèrement. 5-4-1. Un peu mieux, mais loin des attentes et standards de Brown. 8 succès, mais une défaite crève-cœur face aux rivaux de Canton l’année suivante. Une saison parfaite, sans accros, jusqu’à un revers cuisant face aux Bulldogs en 1934. Encore eux. Paul Brown commence à sentir l’impatience monter et la pression s’intensifier. Elle s’envolera dès l’année suivante. Invaincus, les Tigers renversent enfin leurs voisins. L’Ohio a un nouvel hégémon. La saison parfaite. Une parmi tant d’autres à venir. Pendant 5 ans, Massillon ne s’inclinera qu’une fois. 7-0. En 1937, privés de plusieurs joueurs à cause d’une épidémie de grippe.

Il était une fois un hégémon

Paul Brown, ça n’est pas seulement l’Ohio. Son influence transcende bien au-delà des frontières de l’État un sport pour lequel il a tout donné. Un sport qu’il a fait entrer dans une nouvelle dimension à bien des égards. Le modernisant, le rendant toujours plus professionnel. Dès ses années lycée. À peine trentenaire et à la tête d’une bande d’ados, il crée un cahier recensant les différentes formations et actions. Un cahier qu’il fait apprendre par cœur à ses protégés, qu’il soumet ensuite à des tests de connaissance. Le playbook. Du bord du terrain, il envoie des commandements à ses quarterbacks grâce à des signes avec les mains. Une première là aussi. La vitesse plutôt que la force, telle est son approche. De Jimmy DeHart et Noble Kizer, coachs respectifs de Duke et Purdue, il emprunte la philosophie offensive et les schémas de blocs.

« Le football était un sport en noir et blanc avant Paul Brown, » raconte Sam Wyche, ancien quarterback et coach des Bengals. « Il n’y avait pas de couleur jusqu’à l’arrivée de Paul Brown. »

Paul Brown fait sortir le football de l’ombre. Il le tire vers la lumière. Vers la couleur. Au propre, comme au figuré. En avance sur son temps, la couleur de peau de ses joueurs l’importe peu. Un seul critère : le talent. Pendant que bien des établissements du nord refusent les joueurs afro-américains, Paul les accueille à bras ouverts. En 46, sous ses ordres du côté de Cleveland, le défenseur Bill Willis et le coureur Marion Motley deviendront deux des tout premiers joueurs afro-américains à signer un contrat professionnel.

En 1940, dans un nouvel écrin flambant neuf de plus de 16 000 places, Paul Brown atteint l’apogée de sa carrière à la tête des Tigers. En 39, toutes deux invaincues, la Waite High School de Toledo et la Washington High School de Massillon revendiquent chacune le titre de champion d’État. Une seule façon de les départager : un match au sommet. Il aura lieu l’année suivante et se soldera par un cinglant 28-0 en faveur des gamins de Paul Brown. De 1935 à 40, les Tigers  gagnent six titres d’État et quatre High School Football National Championship grâce à un football offensif dévastateur. 2393 à 168. Tel le score cumulé sur cette période. 80-8-2. Une série d’invincibilité de 35 rencontres. L’une des toutes meilleures formations lycéennes de l’histoire.

Un succès considérable qui hisse Paul Brown au rang de petite star dans l’Ohio. Et pas seulement. Après trois revers consécutifs durs à avaler face aux rivaux de Michigan, les Buckeyes se cherchent un nouvel homme fort. Sceptiques face à sa jeunesse, les dirigeants d’Ohio State sont finalement séduits par l’incroyable aura auprès des jeunes talents dont jouit le coach à travers tout l’État. À 33 ans, en janvier 41, The Miracle Man of Massillon prend les commandes du prestigieux programme du campus de Colombus.

paul-brown-buckeyesL’appel du devoir

D’entrée, Paul impose sa rigueur. Aucun répit pour des joueurs qui doivent connaître leur playbook sur le bout des doigts et entretenir une condition physique digne de professionnels. Les freshmen sont conditionnés pour s’emparer d’un rôle de titulaire dès leur arrivée. Vitesse encore. Vitesse toujours. Brown n’en démord pas et instaure le 40-yard dash comme exercice incontournable. Pourquoi 40 ? Car c’est la distance à courir pour couvrir un punt. Un seul revers face à la Northwestern d’Otto Graham, un nul aux allures de succès face à des Wolverines de Michigan archi favoris. La méthode Paul Brown fait rapidement ses preuves.

Pendant que dans le Pacifique la flotte américaine est ravagée à Pearl Harbor, le foot universitaire suit son cours. S’adapte. Après trois succès probants en ouverture de la campagne 42, les Buckeyes sont classés numéro un au pays. Une première dans l’histoire. Une seule défaite, enfin une victoire face aux Wolverines, Ohio State finit l’exercice au sommet du classement d’Associated Press et décroche son tout premier titre national. Une saison idyllique, puis la descente aux enfers. La guerre bat son plein de l’autre côté de l’Atlantique et dans le Pacifique. À travers tout le pays, les adultes pas encore tout à fait sortis de l’adolescence sont mobilisés ou s’enrôlent d’eux-mêmes. Paul Brown est contraint de s’en remettre à des gamins de 17 ans trop jeunes pour partir au front.

En 44, lieutenant de l’US Navy, il devient coach des Bluejackets de la Great Lakes Naval Training Station, une vaste base militaire à quelques encablures de Chicago. En septembre, Arch Ward, un journaliste influent du Chicago Tribune propose de faire de l’ombre à la jeune NFL. Son idée : une ligue concurrente composée de huit franchises. La All-America Football Conference (AAFC). Devenu l’heureux détenteur de la franchise qui posera ses valises à Cleveland, Arthur B. McBride, richissime homme d’affaires, propose à Paul Brown d’en devenir le coach. L’offre est impossible à refuser. À contrecœur, et à la grande colère des dirigeants d’Ohio State, dont il était encore le coach de facto et qui espéraient son retour une fois la guerre finie, il dit adieu à Columbus. Le choix de la raison pour lui et sa famille.

En mai 45, McBride organise un vote populaire pour trouver un nom à la nouvelle franchise. Cleveland Panthers, tel est le verdict de la population. Mais Paul Brown le rejette en bloc. La cité de l’Ohio a déjà abrité des Panthères dans l’entre-deux-guerres. L’aventure fut un échec total. Par superstition, le nouveau coach refuse catégoriquement. Le proprio abandonne le choix du public et tranche lui-même. Ce sera, les Cleveland Browns, quand bien même le bien nommé Paul Brown s’y oppose là encore. Là-bas, le stratège retrouve de nombreuses têtes croisées et coachées du côté d’Ohio State, Great Lakes ou Massillon. Lou Groza en botteur et tackle star, Dante Lavelli en receveur fou sur l’extérieur, Otto Graham en commandant de l’attaque et un coach investi des pleins pouvoirs, les Browns sont équipés pour gagner. Et vite.

« Je veux être au football ce que les New York Yankees sont au baseball et Ben Hogan est au golf, » clame Paul Brown.

Devant 60 135 fans massés dans l’imposant Cleveland Stadium, les Browns ne font qu’une bouchée des Miami Seahawks pour le tout premier match de leur histoire. 44-0. 12-2. Un titre de division Ouest et une victoire finale face aux New York Yankees. L’AAFC tient son premier champion. Les Browns conserveront leur bien l’année suivante. L’attaque avant-gardiste de Paul Brown fait des merveilles. Quand la plupart des rivaux se cantonnent à un football à l’ancienne, au sol, le prodige de l’Ohio pilonne dans les airs. Sa formation de prédilection : la T formation. Deux tight ends en bout de ligne, le quarterback collé au centre et derrière lui, trois coureurs alignés. Prêts à se ruer à l’attaque. Invaincus en 1948, ils conquièrent un quatrième titre consécutif l’année suivante. Une domination sans partage qui va rapidement faire vaciller l’AAFC. 47-4-3. L’hégémonie des Browns ôte tout intérêt sportif à la compétition. Les stades sont désertés et en 49, la jeune ligue s’éteint. Prématurément.

Un terrain de jeu à sa mesure

Les San Francisco 49ers, Baltimore Colts et Cleveland Browns survivent au cataclysme et intègrent la NFL. Si les Niners et Colts font pale figure, les Browns, renforcés par quelques éléments piochés dans les désormais défuntes franchises AAFC, n’ont rien de faire valoir. Et ils vont le prouver d’entrée. Pour leur tout premier match NFL, ils s’offrent le scalp du double champion en titre. Les Philadelphia Eagles. Avec la manière. 35-10. Ils décrocheront 10 succès lors de leur campagne inaugurale. Les Giants écartés, les Browns renversent les Rams à l’ultime seconde sur un coup de pied victorieux de Lou Groza. Coup de tonnerre. Pour la 12e fois en 16 ans, Paul Brown vient d’emmener les siens jusqu’au titre. La consécration d’un système sans faille.

Car derrière ces succès en pagaille, se cachent des innovations, des méthodes avant-gardistes, presque révolutionnaires. Paul Brown devient le premier entraîneur-chef à engager un coaching staff à l’année longue. Il développe un système de détection des jeunes talents universitaires jamais vu alors. Il exploitera sa formation de professeur au maximum pour infliger à ses joueurs de longues séances vidéo. Préparation physique, préparation tactique, 95% des méthodes utilisées par tous les coachs pro sont sorties de l’esprit de Paul Brown raconte Bill Belichick, l’un de ses innombrables disciples. Et derrière toute cette méthodologie minutieuse, un homme à la détermination sans faille.

« Paul Brown savait comment se comporter en patron, c’était une autre des ses qualités, » raconte Don Shula, qui évolua sous ses ordres à Cleveland. « Pour réussir en tant que coach, il faut avoir beaucoup de confiance en soi, il faut croire en soi. Et il faut être capable de le transmettre. Vous pouvez bien avoir toutes les qualités et toutes les connaissances du monde, si vous êtes incapables de les transmettre aux gars dont vous êtes responsables, ça ne vous sera d’aucune utilité. »

Quand Wes Felser démissionne de son poste à la tête des Buckeyes, la rumeur d’un retour de Brown émerge. Mais la rancœur à son égard pour avoir éconduit Ohio State après la guerre et avoir signé des joueurs avant la fin de leur parcours universitaire est tenace. Réunie, l’équipe dirigeante du programme rejette sa candidature. Les trois années suivantes encore, la saison des Browns s’étire jusqu’au bout. Mais pas de happy ending. Trois finales. Trois revers. En 1954, après deux déconvenues en finale face aux Lions, les Browns prennent leur revanche sur la franchise de Detroit et refont enfin main mise sur un titre qui avait pris la mauvaise habitude de leur glisser entre les doigts. Un an plus tard, après avoir annoncé sa retraite en début de saison, Otto Graham s’offre un jubilé grandeur XXL et se retire sur un nouveau sacre. Une page vient de se tourner.

En 1956, Paul Brown connait la première saison négative de sa carrière de coach professionnel. 5-7. Un flop, puis un rebond rapide. Dans un football devenu le sport national, merci la télévision, les Browns retrouvent le match pour le titre et de vieilles connaissances : les Lions. Leur bête noire. 14-59. Humiliation totale, malgré la présence dans leurs rangs d’un petit rookie aux allures de phénomène : Jim Brown. À mesure que le charismatique et dévastateur running back s’impose en véritable star, le leadership de Paul Brown est remis en question. De même que son playcalling. Les perfs ne sont plus vraiment au rendez-vous et les Baltimore Colts de son ancien poulain Weeb Ewbank sont en train de voler la vedette aux Dawgs. Paul a beau clamer avoir « perdu foi en la capacité de Plum (le quarterback Milt Plum drafté en 1957, ndlr) à jouer sous pression, » il concentre toute la frustration qui entoure la franchise. Et cela ne va pas s’arranger le 14 décembre 1958.

C’est l’ultime match de la saison. Les Browns n’ont besoin que d’un nul face aux Giants pour remporter la Conférence Est et défier les Colts de son ancien protégé pour le titre. Dans un match ultra défensif, les joueurs de l’Ohio s’avancent jusque sur les 16 yards des New Yorkais. Ils sont devant. 10-3. Lou Groza se positionne face aux poteaux, mais Paul Brown appelle un temps mort avant qu’il n’ait pu s’élancer. Les Giants flairent la feinte de coup de pied. Et ils ont bon nez. Le holder trébuche au moment de faire la passe. Raté. Les joueurs de la Grosse Pomme remontent et filent vers le match pour le titre. Epic fail. La rugueuse méthode Paul Brown ne passe plus et quand Jim Brown se lance dans une émission radio hebdomadaire, le coach sent son autorité et sa main mise sur l’équipe lui échapper. La tension entre les deux hommes va crescendo.

Le nouveau roi de la jungle

En 61, un jeune New-Yorkais plein aux as de 35 ans rachète l’équipe. Il prolonge Paul Brown pour 8 années, reprend les 15% de parts qu’il détenait et s’implique dans la vie de la franchise comme aucun président par le passé. Déjà à fleur de peau, le coach voit sa main mise sur la formation vaciller. Il n’est plus le seul maître à bord. À peine plus vieux que ses joueurs, le nouveau boss est très à l’écoute de leurs préoccupations et bâtit une relation de confiance avec Jim Brown. En tribune de presse pendant les rencontres, il critique et questionne le playcalling de son coach à voix haute. Le fossé entre les deux hommes se creuse à vue d’œil. Mais Paul Brown détient encore de l’autorité. Et quand Plum a le toupet de contester ouvertement le fait que le coach ait tout pouvoir pour appeler les jeux en attaque, il est immédiatement expédié chez les Lions. Susceptible et un brin parano, le coach soupçonne les rivaux de tenter de pirater les fréquences radio utilisées sur le bord du terrain. Pas si paranoïaque puisque certaines franchises s’y essaieront, ce qui contraindra le commissaire Bert Bell à bannir les systèmes radio pendant près de 40 ans. Purement et simplement.

Le divorce aura finalement lieu en janvier 1963, après une énième joute de pouvoirs. Sans en informer son patron, Paul Brown décide d’échanger la star Bobby Mitchell contre les droits du Heisman Trophy Ernie Davis, qui a effacé tous les records de Jim Brown du côté de Syracuse. Le big boss l’apprendra par un coup de file du propriétaire des Redskins. Ambiance, ambiance. Juste avant la saison 1962, Davis se voit diagnostiquer une leucémie. Le cancer un temps en rémission, le coureur s’entraîne avec ses nouveaux coéquipiers, mais son coach lui refuse le droit de jouer. Pourtant, Modell tient absolument à lui donner sa chance avant que la maladie ne l’emporte. Ernie Davis s’éteindra le 18 mai 63 sans jamais avoir porté les couleurs des Browns. Quelques mois plutôt, le 7 janvier, Paul Brown était remercié et quittait la franchise qui lui devait son nom. Sa franchise.

Après 30 ans à hanter les lignes de touche, Paul Brown prend la voie de l’exil. Pendant 5 ans, il désertera le Cleveland Stadium. Une frustration sans pareille pour cet amoureux du ballon à lacet.

« C’était épouvantable, » se souvenait-il. « J’étais un homme comblé : du temps pour moi, suffisamment d’argent, une famille formidable. Et pourtant, malgré tout ça, ça me rongeait le cœur.

À l’écart, Paul n’a pas pour autant renoncé au coaching. Loin de là. Seulement, plus jamais il ne veut être chahuté comme il l’a été à Cleveland. Il a besoin d’un nouveau départ. De repartir de zéro. Tabula rasa. Son fresh start, il va le trouver du côté de Cincinnati. Dans son éternel et bien aimé Ohio. Dans les 60’s, l’AFL, pâle concurrente de la NFL, décide d’y implanter une nouvelle franchise. Troisième plus gros investisseur de ce nouveau projet, Paul Brown en devient le coach et manager général. Mieux, il en devient le représentant officiel pour tout ce qui touche au terrain. Les pleins pouvoirs. Le dictateur est de retour.

Il avait laissé les Panthers dans le passé au moment de baptiser la nouvelle franchise de Cleveland, il exhumera les vieux Bengals des années 30 au moment de trouver un sobriquet à la dernière née de l’AFL. Une volonté de créer un lien avec le passé. Entouré de son fils et d’un certain Bill Walsh, pour ne citer qu’eux, Paul Brown patauge dans ses débuts, mais le coach bâtit lentement, via la draft, un groupe de joueurs solides et talentueux. À leur tête, Greg Cook, le quarterback. En 70, après deux petites années d’existence, les Bengals rejoignent la NFL en compagnie des Browns, dans la vague de la fusion entre les deux ligues concurrentes.

Avant même leurs premiers pas dans la grande ligue, c’est le drame. Blessé, Cook est contraint de tirer un trait sur sa carrière et les Bengals doivent se trouver une solution de secours. Elle s’appelle Virgil Carter, la doublure du néo-retraité. Passeur précis, mais au bras faiblard, Brown et Walsh vont devoir faire preuve d’ingéniosité. Les deux hommes vont bâtir un système offensif révolutionnaire destiné à s’adapter aux qualités et limites de leur passeur. Dans le froid, à la croisée de l’Ohio, du Kentucky et de l’Indiana, Paul et Bill sont en train de poser les fondations de la West Coast Offense. En 70, pour leurs retrouvailles, les Browns défont les Bengals. 30-27. À la fin du match, le coach essuie une bronca lorsqu’il refuse d’aller à la rencontre de Blanton Collier pour lui serrer la main. Chaude ambiance.

« Ça fait des années que je ne sers pas la main des autres coachs à l’issue des matchs, » se défendra Paul Brown. « Je suis allé le voir avant le coup d’envoi, et nous avons échangé quelques mots à ce moment-là. »

Les Bengals se font les dents. Lentement. Ils se trouvent un franchise quarterback en la personne de Ken Anderson. Ils atteignent les playoffs trois fois, sans jamais parvenir à passer le premier obstacle. Andy Dalton et Marvin Lewis n’ont rien inventé. Mieux, ils perpétuent une tradition. 4 jours après un nouveau revers dès le premier tour, Paul Brown jette son chapeau. Le 1er janvier 1976, à 67 ans et après 45 ans à coacher d’une main de fer, il tire sa révérence. Il laisse derrière lui un sport qui n’a plus grand-chose à voir avec celui de ses débuts, lorsqu’il n’était qu’un trentenaire un peu trop autoritaire.

« Quand je pense à Paul Brown, je pense vraiment à lui comme le père du football professionnel, » raconte Bill Belichick. « Il n’y a personne d’autre dans ce sport que je respecte autant que Paul Brown. Sa contribution, du point de vue du jeu, jusqu’aux équipements destinés à protéger les joueurs, en passant par le playbook, la moindre séance vidéo, le moindre rendez-vous. Tout ce qu’il faisait en tant que coach, tout le monde le fait encore aujourd’hui, 50 ans plus tard. Je le considère réellement comme le père du football professionnel. »

Devenu président, il verra ses Bengals se hisser deux fois jusqu’au Super Bowl. En vain. Deux fois, les Tigres se heurteront aux 49ers de son ancien protégé Bill Walsh, à qui Paul n’aura eu de cesse de mettre des bâtons dans les roues dans sa quête d’un poste de coach. #Karma.

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