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Histoire

[histoire] Terrell Davis : Wild Horse

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Le parfum des playoffs le rendait fou. Cheval sauvage fougueux, incontrôlable, insaisissable en saison régulière, il se muait en canasson possédé le mois de décembre achevé, quand le football se joue dans des températures polaires dans certains coins du pays. Surtout, quand on joue sa vie à chaque dimanche. Terrell Davis fit des séries le théâtre de ses exploits les plus retentissants. En huit petits matchs, il s’est inscrit comme l’un des meilleurs performeurs de l’histoire en playoffs. Peut-être bien le tout meilleur même. Pourtant, rien ne l’y destinait.

Contre toute attente

À San Diego, Terrell grandit au milieu de sept frères et sœurs. Petit dernier de la fratrie, il vit avec trois de ses frères chez son père. Une éducation dure, rude, parfois surprenante. Joe Davis veut faire de ses gamins des hommes forts et résistants. Il faut dire que dans le quartier Skyline, la vie est parfois sans pitié. Mieux vaut être préparé. Dans leur maison de Florence Street, il n’est pas rare de voir apparaître un téléviseur sorti d’on ne sait trop où. Un vol probablement. Un braquage peut-être. Armes et mesures à drogue traînent occasionnellement à portée de main des gamins. On a connu environnements plus sains. Père intransigeant, peut-être. Père exemplaire, certainement pas. Joe traîne derrière lui un passé trouble dont il peine à totalement se débarrasser. Entre une séance de baston de rue et l’achat de couteaux de poches à emporter à l’école, quelques moments légers, des éclairs de lumière. Puis l’ombre. Encore. Pas vraiment du genre « hey-chérie-je-suis-rentré ! » confiera Kateree, sa femme.

Un soir d’automne 81, Joe déboule dans la chambre de ses fils en pleine nuit, les réveille et leur ordonne de s’aligner le long du mur. Dans sa main, un calibre 38. Il lève le bras et appuie sur la détente. Une fois. Deux fois. Trois fois. Quatre fois. Quatre balles qui filent au-dessus de la tête de chacun des garçons pour aller s’encastrer dans le mur derrière. Si proche qu’ils sentent le plomb leur chauffer le sommet du crâne. Rassuré par la réaction de ses rejetons, Joe se retourne, puis s’en va. Leçon réussie. Leçon traumatisante. Les frères de Terrell sont tétanisés. Lui, pas vraiment.

« Je n’ai pas eu peur, » se souvient-il. « Je savais qu’il n’allait pas nous tuer. Il en serait incapable. Il nous aime trop. »

Un amour exacerbé et contradictoire. Terrell a 14 ans lorsque son père meurt. Avec lui, c’est la barrière entre un quotidien parfois autoritaire, mais qui vise à les protéger, et un monde violent qui s’effondre. La poigne ferme qui les gardait dans le droit chemin a disparu six pieds sous terre. Sans Joe, plus de repères. Plus de limites. Élève studieux, travailleur, le modèle de sa famille jusque-là, Terrell perd les pédales. S’il ne fait partie d’aucun gang, il en fréquente beaucoup de membres. À l’école, il décroche. Il ne travaille plus, se moque de ce que lui disent ses profs, sèche les cours le plus clair de son temps. Il déserte même les terrains de football.

« J’étais tout simplement désobéissant, » se remémore-il. « Mes profs ne pouvaient plus me supporter. Et je ne peux pas leur en vouloir. »

Terrell fricote avec des dealers de la 45e rue. À tel point que tout le monde assume qu’il fait partie d’un gang. Drogue, poursuites  avec la police dans les ruelles de San Diego, fusillades, la mort. Davis est à la dérive dans un monde grisant pour un ado déboussolé. Un monde sans issue. Ses frères aussi se laissent embarquer dans cette spirale négative. Infernale. En 91, Bobby est condamné à la prison à vie incompressible pour vol, attaque à main armée et homicide sur un fœtus. Une affaire qui soulèvera un vif débat tant social que juridique sur la question des enfants à naître. La famille Davis et leur avocat iront jusqu’à la Cour Suprême de Californie. Le chef d’inculpation pour homicide sera finalement rejeté et Bobby n’écopera que de 11 ans de réclusion. Une maigre consolation pour un gamin de 19 ans totalement paumé.

Le processus va durer trois longues années et s’avérer salvateur pour Terrell. Le gamin prend conscience qu’il est temps de reprendre sa vie en mains. Dans les pas du futur Hall of Famer Marcus Allen, Terrell redécouvre le football à la Lincoln High School. Lui aussi. Loin d’une Morse High où les profs avaient perdu tout espoir en lui, il s’offre un nouveau départ. Probablement la meilleure décision de sa vie. Souvent baladé aux quatre coins du terrain, ses coachs l’essayent au poste de fullback en dernière année. Sur des formations à trois coureurs. Running back, noseguard, mais aussi kicker, il aide les Hornets à signer une saison de 12-2 en courant 700 yards. Le talent est là, c’est une évidence, mais il sommeille encore. Comme un volcan endormi qui ne demande qu’à sortir de sa longue léthargie. Une chose est sûre, sa passion du jeu est revenue. Plus vivace que jamais. Terrell reprend goût à la vie, au sport, à l’école. À tout. Il se redécouvre.

« J’ai toujours voulu aller à Lincoln en fait, » racontera Terrell. « J’aimais les profs. Je me suis impliqué dans plein d’activités en dehors des cours. Je faisais de la lutte, je courrais, je jouais au football… »

Le lycée achevé, Davis croise les doigts dans l’attente d’une lettre en provenance d’un gros programme universitaire. Sa boîte aux lettres restera vide. Pistonné par son demi-frère Reggie Webb, il reçoit finalement une bourse d’études de la Long Beach State University de George Allen, ancien coach des Redskins. Pour avoir droit à une année supplémentaire d’éligibilité, il choisit de tirer un trait sur sa saison de freshman. Redshirted. Jamais Terrell n’aura le privilège de jouer sous les ordres d’Allen. L’ancien double Coach de l’année s’éteint à la fin de la saison 90. À la veille d’une nouvelle année. Le 31 décembre. Pour sa première saison, il doit se contenter de miettes. 55 courses. 262 maigres yards. Une simple mise en bouche dira-t-on. Pour le plat de résistance, il faudra tourner la tête vers l’est. À la fin de la campagne 91, le programme de football est fermé, faute de budget suffisant pour le financer.

Déjà éligible, deux options s’offrent à lui : se présenter au Combine avec un genou en compote synonyme de retraite forcée presque inévitable, ou un transfert qui lui offrirait un sursis. Il choisit la seconde. Après avoir un temps envisagé UCLA, il est conquis par une visite en Georgie. Terrell fait ses bagages et file à Athens, chez les Georgia Bulldogs. Doublure de Garrison Hearst pour sa première saison, il prend le pouvoir en 93. 824 yards en 167 courses. Rien de clinquant à vue d’œil, mais du travail bien fait. Malgré une ultime campagne amputée de trois rencontres à cause d’une blessure à la hanche, il finit sa carrière universitaire sur deux bonnes notes : deux matchs à 113 et 121 yards.

Estampillé injury prone, Davis n’a pas vraiment la cote auprès des recruteurs. Malgré une moyenne de près de 5 yards par course, ses stats sont à des années lumières d’un Ki-Jana Carter, futur numéro un de la draft 95, ou de Napoleon Kaufman et Tyrone Wheatley, stars respectives de Washington et Michigan qui s’envoleront dès le premier tour. Terrell Davis devra attendre le 6e. Il faut dire qu’il n’est pas aidé par Ray Goff. Le coach de Georgia refuse purement et simplement de livrer les cassettes de matchs aux scouts. 20 coureurs ont déjà été sélectionnés quand, avec le 196 choix, le nouveau stratège des Broncos, Mike Shanahan, tente le paris. Un poulain de plus dans son écurie. Un pure-sang qui ne demande qu’à être dompté.

TD Trust

Quand Terrell Davis se présente au camp d’entraînement, il n’est que le 6e coureur dans le depht chart. Le dernier. Un quasi inconnu parmi tant d’autres. Noyé au milieu des stars. Steve Atwater, John Elway, Shannon Sharpe. Cet été là, il devra jouer sa place sur le practice squad. Son avenir passe par là. Intégrer le roster ?  De l’utopie. Pourtant, rapidement, il va gagner l’attention de ses coachs à l’entraînement. Allant jusqu’au bout de chaque block, tentant désespérément d’agripper la moindre passe dans sa direction, suivant les consignes à la lettre. Un vrai petit soldat. Exemplaire. Puis en une action, le poulain va exploser aux yeux de ses coéquipiers. Après un premier match à oublier où il ne porte le ballon qu’une seule petite fois pour zéro yard à la clé, direction le Japon. À Tokyo, lors du deuxième match de préparation, il assène un plaquage XXL sur un pauvre 49er. Tyronne Drakeford est sonné, Terrell explose, ses coéquipiers lui sautent dessus. Comme transcendé par cette fulgurance, il courra 11 fois pour 46 yards et un touchdown. L’espoir revient. Il vient de taper dans l’œil de ses coachs. Et pas seulement.

« Tu viens de faire ta place dans l’équipe rien qu’avec ce tampon, » lui glisse un vétéran.

Semaine après semaine, il gravit les échelons, gagne peu à peu la confiance de ses coachs. Comme transcendé. Plus de courses, plus de yards, plus d’opportunités. Il gagne des places chaque semaine et la préparation achevée, aucun coureur des Broncos n’a amassé autant de yards que lui. Quand vient le match d’ouverture, il est devenu le titulaire. Pour sa première saison, il surpasse tout ce qu’il avait accompli dans les rangs universitaires. 237 courses, 1117 yards et 8 touchdowns. Jamais rookie drafté aussi bas n’avait franchi la barre des mille. Inconnu au début de l’été, il vient d’exploser à la face du petit monde du ballon à lacet. Une star est née. Une star que l’on attendait pas. Un destin à la Shannon Sharpe.

« Il peut vous faire des spin moves, vous laisser sur place sur un crochet, mais il N’a pas peur de serrer la mâchoire et de vous marcher dessus non plus, » racontera Maa Tanuvasa, defensive end des Falcons, après le Super Bowl XXIII. « […] c’est un joueur spécial. »

Les Broncos tiennent enfin l’arme qui leur faisait tant défaut : une attaque au sol létale. Une diamant brut auquel ils tiennent tellement qu’ils lui offrent une juteux contrat de 5 saisons et 6,8 millions de dollars dès la fin de sa première saison. Un contrat qu’il honorera de la meilleure des manières. En 96, il galope pour 1538 yards et 13 touchdowns. Dans sa foulée, Denver s’offre le meilleur bilan de la ligue. 13-3. Malgré un Davis Joueur Offensif de l’année, les Broncos tombent dès leur entrée en lice sous les griffes et les crocs des Jaguars de Tom Coughlin. 30-27. Le même score que face aux Bills une semaine plus tôt. Un coup dans l’eau. Mais ça n’est que partie remise.

1750 yards, 13 touchdowns. Terrell devient incontrôlable. Les Broncos inarrêtables. Un bilan de 12-4, une revanche éclatante sur Jacksonville au premier tour (42-17) dans la vague d’un Davis possédé qui s’offre 184 yards et 2 touchdowns au sol ; puis deux succès étriqués face aux Chiefs et Steelers. En route vers le Super Bowl XXXII. La pression est immense pour un John Elway au crépuscule de sa carrière. En quatre tentatives, les Broncos ont toujours échoué à conquérir le trophée Vince Lombardi. Pire, c’est toute l’AFC qui compte sur eux pour mettre fin à une disette de 13 ans. Une disette interminable. Impardonnable. Face à eux, des Packers de Brett Favre déterminés à conserver leur bien, acquis aux dépens des Patriots un an plus tôt.

30 courses. 157 yards. 3 touchdowns. Un titre de MVP de la rencontre. Terrell Davis ne faillit pas à sa tâche, vient au secours d’un Elway à la ramasse et piétine les Packers. 31-24. Les Broncos tiennent enfin leur première bague. Et la Davis-mania ne fait que commencer.

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En 1998, Terrell Davis va entrer dans l’histoire. Un départ en douceur face aux Pats, puis la déflagration. 191 yards et 3 touchdowns face aux ‘Boys de Troy Aikman. 168 contre Philly, 208 à Seattle. Les compteurs s’affolent. Après la semaine de repos, il enchaîne deux démonstrations de plus de 130 yards et finit 5 fois dans la peinture. Une petite accalmie, puis Oakland mange 162 yards. Si les Giants se font piétiner (147), les Dolphins creusent des douves, installent des bunkers, plantent des barbelés et limitent TD à 29 minuscules yards en 16 courses. Adieu les 2000. Ne reste plus qu’un match sans enjeu face aux Seahawks. Sans enjeu, ou presque. Car Elway & Co ont bien l’intention d’offrir ce cadeau inestimable à leur coureur. En clôture de la saison régulière, et malgré un Terrell Davis aux côtes douloureuses, les Seahawks en reprennent une seconde couche : 178 yards. Plus qu’il n’en fallait. 392 courses, 2008 yards et 21 « Mile High Salutes » à une moyenne folle de 6,1 yards par course. Il vient de rejoindre O. J. Simpson, Eric Dickerson et Barry Sanders dans le club ultra fermé des coureurs à plus de 2000 yards. MVP, Joueur Offensif de l’année et des playoffs aux allures de conte de fée. La saison parfaite. Et encore, c’est une page entière de la NFL qu’il aurait pu écrire si ses Broncos n’avaient pas été aussi dominateurs. Souvent largement en tête à la pause, Mike Shanahan préférait ne prendre aucun risque et préserver son rouleau compresseur en crampons.

« Il aurait pu courir pour 2500 yards cette année, » commentera Bill Kollar, coach de la ligne défensive d’Atlanta, après le Super Bowl. « À bien des matchs où il dévorait les yards, les Broncos avaient une avance tellement confortable qu’ils l’envoyaient sur le banc bien trop tôt et le laissaient se reposer. Il est puissant, explosif et casse tellement de plaquages. »

Dans le sillage de leur infatigable workhorse, les Broncos remportent 14 rencontres. Les Dolphins sont balayés par un TD transcendé qui galope pour 199 yards et un touchdown. En finale de conférence, il ajoute 167 unités au compteur et marque à nouveau. Denver ira défendre son titre à Miami face à des Falcons tombeurs surprises de Vikings maudits. Face à Terrell Davis, ils ne feront pas le poids. Pour l’ultime match de sa carrière, John Elway déroule. Le running back fait le reste. 102 yards au sol, 50 dans les airs. 34-19. Une nouvelle bague à glisser au doigt.

Terrell peut savourer ce moment, il n’en vivra jamais plus de pareil. Les playoffs, il n’y goûtera plus. Pourtant, jamais il n’a semblé aussi bon qu’en janvier et février. Comme possédé. En 8 rencontres de séries de 96 à 98, il amasse des statistiques phénoménales. 7 parties à plus de 100 yards, 204 courses, 1140 yards et 12 touchdowns. En 8 petits matchs ! Mais pas des moindres.

Après deux saisons idylliques, les choses vont virer au cauchemar. Entre blessures à répétition et absences prolongées, Terrell Davis perd le moral. Et l’envie. En 99, il se détruit le genou en essayant de plaquer un défenseur des Jet qui vient d’intercepter le cuir. ACL et MCL en bouillie. Il ne rejouera pas de la saison. L’année suivante, il passe plus de temps sur le bord du terrain qu’en uniforme à cause d’une jambe qui peine à se remettre d’un traumatisme. En 2001, il passe sur le billard pour une arthroscopie aux deux genoux. Il ne jouera que 8 fois. C’en est trop. En plein milieu de la présaison 2002, il jette l’éponge. Dégoûte. Épuisé de se battre contre un corps qui ne suit plus. Pour le dernier match de préparation face aux 49ers, il sort du tunnel en uniforme devant un Mile-High Stadium debout. Standing ovation. Un ultime mile-high salute et des accolades avec ses coéquipiers puis il s’avance seul vers le milieu du terrain pour le coin toss avant de retourner le long de la ligne de touche. Définitivement. De jolis adieux.

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