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[histoire] Tom Landry : le Texas dans le sang

The Lone Star State. Au Texas, l’étoile fût longtemps synonyme d’ordre, de loi. À l’époque du Far West, l’étoile dorée et brillante du shérif tente fébrilement de maintenir un semblant d’autorité. Dans les 60’s, l’étoile est bleue. Sa signification ? Pas grand chose encore à l’époque. Mais sous l’impulsion d’un Texan pur-sang, habité d’une passion profonde pour le ballon à lacet et doué d’un esprit novateur, l’étoile bleue va rapidement se muer en symbole de culte. Le culte du succès. Le culte du football dominical. Le cule des Cowboys. Leur pape ? Tom Landry, venu prêcher la bonne parole dans un Texas encore orphelin de NFL à l’époque des pantalons pattes d’eph, des paillettes et des boules à facettes.

Appel du terrain et appel du devoir

Tom Landry grandit à Mission, à deux pas du Rio Grande et de la frontière mexicaine. Dans ce coin du Texas où les villes à consonance biblique ne sont pas rares. Corpus Christi, Conception, Bishop. Une petite ville comme les États-Unis en comptent des milliers. Tout le monde se connait, tout se sait.

« La moindre personne que vous croisiez dans la rue savait qui vous étiez, savait où vous viviez et bien souvent savait où vous alliez, » racontait Landry dans son autobiographie sortie en 90. « J’ai rapidement appris à être responsable dans ma vie, accepter le fait qu’on est en permanence observés – même quand j’aurais préféré ne pas l’être. »

Héritier de l’immense diaspora québécoise qui déferla vers le sud au moment du Grand Dérangement de 1755 qui entraîna l’exode massif des Acadiens, il est le deuxième d’une fratrie de quatre. Rejeton d’un père qui se battit une petite célébrité locale sur les monticules et terrains de football de l’entre-deux-guerres, Tom enfile rapidement ses premiers crampons et un joli casque en cuir. Quarterback, coureur, défenseur et parfois punter intérimaire, il mène la Mission High School à un parfait 12-0 pour sa dernière année lycéenne en 1941. Fullback et defensive back all-regional, il porte des Eagles presque imperméables qui n’encaisseront qu’un touchdown de toute la saison. Injouables. Si la tentation de rejoindre son pote All-American John Tripson du côté de Mississippi State est grande, la distance qui le séparerait de sa famille et de ses amis le serait trop encore. Bien trop. Si bien, que Tom renonce à traverser les frontières et rejoint l’Université du Texas à Austin. Ses parents n’auront pas besoin de voyager trop loin pour venir voir leur fiston démanteler les équipes adverses.

Son premier semestre en génie mécanique à peine achevé, il lâche la fac pour s’enrôler dans les rangs de l’Armée de l’Air. La guerre fait rage de l’autre côté de l’Atlantique et dans le Pacifique. L’appel du drapeau. L’appel du cœur. Quand Pearl Harbor tombe sous les kamikazes japonais en décembre 41, son grand frère Robert s’engage immédiatement dans les Air Corps. Quelques semaines plus tard, son avion disparait dans les eaux glaciales de l’Atlantique Nord, au large de l’Islande. Jamais on ne le retrouvera. À seulement 19 ans, et avec déjà des dizaines d’heures de vol parfois chaotiques au compteur, il quitte son Texas bien aimé pour Sioux Falls, Iowa. Co-pilote de bombardier B-17 il est envoyé outre-Atlantique en 1944. À Liverpool. Assigné au 860e Escadron de Bombardiers, il effectuera 30 missions à bord d’une forteresse volante de novembre 44 à avril 45, et survivra à un atterrissage en catastrophe en France après que son avion se soit retrouvé à court de carburant.

Le tumulte de la guerre s’étouffe enfin. Comme des millions de ses camarades G.I., Tom revient au pays en héros. Il attendra l’automne 46 pour reprendre sa vie et ses études. Redevenu un simple citoyen parmi tant d’autres. Retour à la réalité. Retour au terrain. Fullback et defensive back pour les Longhorns, il remporte deux Bowls en 48 et 49. Au sortir de la fac, son dernier match universitaire à peine achevé, Jack White, un coach assistant des Yankees se rue sur Tom et lui met un contrat de 6000 dollars et un joli bonus de 500 sous le nez. L’offre est trop belle. Tom rejoint les New York Yankees de l’AAFC et épouse Alice, son amour de longue date, grâce au bonus.

Il ne restera qu’un an dans le vestiaire du Yankees Stadium tapissé de noms illustres : Red Ruffing, Joe DiMaggio, Phil Rizzuto. Les protégés de Casey Stengel. Les autres. Les étoiles. Celles de la MLB. Quand le punter titulaire se blesse en présaison, Tom le remplace au pied levé. Et il le fait plutôt bien. D’abord doublure du miniature coureur Buddy Young et ses 152 cm, il vit sa première titularisation comme defensive back face à l’ogre de Cleveland, les Browns de Paul Brown et Otto Graham. Une première qui va mal tourner. Sa mission : contenir le receveur Mac Speedie. Le résultat : un échec cuisant. 228 yards. Un record pour l’AAFC. Un record également pour les Browns qui tient encore 67 ans plus tard. Dépité, humilié, Tom rentre au vestiaire tête baissée. Une bonne nouvelle l’y attend. Il vient de devenir père pour la première fois. En 1951, après que l’AAFC ait périclité, il traverse la ville et rejoint l’ennemi : une nouvelle équipe, les Giants, et une nouvelle ligue, la NFL.

Les grands esprits se rencontrent

Filer chez les Giants, un juste retour en fait. 5 ans plus tôt, en 46, la franchise new-yorkaise l’avait drafté au 7e tour en tant que Futures pick, un mécanisme qui permettait à l’époque aux équipes pro de recruter des joueurs qui n’avaient pas encore complété tout leur cursus universitaire en s’octroyant leurs droits exclusifs une fois devenus éligibles. Sous les ordres de Steve Owen, Tom va faire connaissance avec le coaching. Entre eux, c’est le coup de foudre. Pas emballé par l’idée de devoir expliquer le principe de la défense 6-1-4 à ses joueurs, Owen désigne Landry pour jouer les profs auprès de ses coéquipiers. Tom écoute les directives de son coach et les retranscrit parfaitement à ses petits camarades. Premier rendez-vous réussi. Entre-temps, en 52, il décroche son master en génie industriel de l’université de Houston.

Sur le terrain, les années se succèdent sur le même sempiternel refrain. Médiocrité. Pas de playoffs, des saisons dans le ventre mou. Les Giants font du surplace. Tom Landry s’ennuie et se questionne sur son avenir. Devenu coach-joueur en 54, il est nommé All-Pro. Une petite consécration. La première. La seule. La dernière. En 1955, il raccroche avec un bilan personnel flatteur. 32 interceptions, 10 fumbles recouverts et 5 touchdowns en seulement 80 rencontres. Plus petit et plus lent que n’importe quel receveur, il compense par une connaissance de ses adversaires hors du commun. Scrupuleusement, il étudie chacune de leurs manies, chacun de leurs mouvements. Les « clés » comme il les appelle. Rendu sur le terrain, plus aucun effet de surprise. Il sait tout, il anticipe tout. Avant même que le receveur se soit retourné vers son quarterback pour saisir la passe dans un timing parfait, Landry est déjà devant lui. Le ballon par terre, au mieux ; ou dans ses mains, au pire.

L’heure du jeu presque révolue, vient l’avènement de celle du coaching. Dès 1954, toujours joueur, Tom devient coordinateur défensif des Giants. À l’opposé, en attaque, un certain Vince Lombardi. Sur les lignes de touche new-yorkaises, il fait frisquet et quand Landry délaisse son uniforme pour un costume taillé sur mesure, il décide d’adopter un feutre pour couvrir son crâne dégarni. Déjà tourné vers l’avenir et une éventuelle reconversion professionnelle post-football dans le milieu des assurances, il se dit que ressembler à un businessman ne pourrait que le servir. Il ne le quittera plus. Quand bien même les fans texans le presseront de le troquer contre un chapeau de cowboy. Deux années à temps plein, histoire de faire ses armes et de bâtir une défense qui lui ressemble, et les Géants vont se transformer en muraille infranchissable.

« Je suis allé voir des matchs des Giants et j’ai été surpris par ce que j’ai vu, » racontait Tex Schramm, celui qui embauchera bientôt Landry à Dallas. « Un coach assistant – un coordinateur défensif – adulé comme un quasi-dieu par ses joueurs. Ils se sont imposés comme la franchise avec la meilleure défense pendant plusieurs années, et Tom Landry en était la raison. Il avait une philosophie défensive différente, et ça marchait. »

En leaders d’hommes et tacticiens hors pairs, Lombardi et Landry unissent leurs joueurs derrière eux. On leur voue une confiance absolue. Les Giants se muent en un groupe lié comme jamais. Un bloc qui fait front ensemble. De 56 à 59, la franchise new-yorkaise va construire une petite dynastie. Un titre face aux Bears de George Halas en 1956. Un revers en prolongation face aux Colts de Johnny Unitas dans ce qui deviendra bientôt « The Greatest Game Ever Played ». Puis une autre défaite face à Baltimore en finale en 1959. Court, mais intense. Suffisamment pour que Tom se bâtisse une solide réputation. Suffisamment pour que des Dallas Cowboys même pas encore sortis du ventre de leur mère décident d’en faire leur tout premier coach. Mais il ne sont pas les seuls à lorgner sur le tacticien. Fraîchement sortis de terre eux aussi, les Houston Oilers de l’AFL le veulent à tout prix. Mais Landry a déjà connu une ligue ayant tenté de faire de l’ombre à la NFL en vain. Un nouveau destin funeste, très peu pour lui. Surtout, Tex Schramm et les ‘Boys lui offrent tout ce dont il a toujours souhaité.

« Tex m’a donné ce que j’ai toujours voulu, le contrôle total des affaires sportives – tout ce qui concernait les joueurs en dehors des signatures. »

Joueur, jamais il n’a gagné plus de 15 000 dollars annuels. Devenu coach, il touchera bientôt un million par an. Deux jours après Noël 1959, Tom s’engage avec les proprios et devient, à 35, ans le plus jeune coach NFL. Il faudra attendre le 28 janvier 1960 pour que la franchise voit officiellement le jour. Retour au Texas. Retour aux sources. Il y passera près de trois décennies.

La parole est à la défense

Pour leur première campagne, les ‘Boys connaissent l’enfer. 12 longues semaines d’agonie post-natale. 11 défaites. Un petit nul pour sauver les apparences. Et encore. Réexpédiés dans la Conférence Est en 1961 pour faire de la place aux tout nouveaux Minnesota Vikings, les Texans apprennent peu à peu à gagner. 4 victoires par-ci, 5 victoires par-là. Les joueurs de Landry se bâtissent une jolie réputation de gentilles victimes. Pourtant, le proprio Clint Murchison Jr. décide tout de même d’offrir à son coach une prolongation de 10 ans. Un gage de confiance. Un pari. Un pari qui va bientôt s’avérer gagnant. En 1965, enfin l’équilibre. 7-7. Un cap vient d’être passé. L’enfance est terminée. Vient le temps de l’adolescence insouciante.

En 1966, les Cowboys surprennent tout le monde et raflent 10 succès. Petite équipe inoffensive, presque attendrissante deux ans plus tôt, les joueurs du Texas sont à une marche du titre. Et ils vont la rater. Au Cotton Bowl de Dallas, devant 74 000 fans acquis à leur cause, les hommes du Coach de l’Année, Tom Landry, vont subir la loi des Packers de… Vince Lombardi. 27-34. Un petit goût d’inachevé. Mais le meilleur reste à venir. Entouré de Gil Brandt et Tex Schramm, Landry continue de bâtir une équipe calibrée pour le succès. Et dans son esprit, la parole est à la défense.

De son passage chez les Giants, Tom n’a pas conservé que des souvenirs. Là-bas, à New-York, il avait fait parler ses talents de tacticien et d’innovateur pour mettre sur pied une défense new-look. La « 4-3 ». Quatre joueurs de ligne, trois linebackers. La nouveauté tient du middle linebacker. Un création made in Landry. Avant, les escouades défensives alignaient un cinquième homme de ligne au milieu, face au centre adverse. Un lineman défensif pour chaque lineman offensif. Une sorte de « 5-2 ». Redresse toi et recule de deux yards décide Landry. Le joueur descend d’un cran pour se coincer entre les deux secondeurs de ligne. Ce joueur, il s’appelle Sam Huff. Légende vivante des Giants de l’époque. Futur Hall of Famer collégial et NFL. De sa nouvelle position légèrement reculée, le défenseur peut davantage voir le jeu se développer et choisir de rusher le passeur, de descendre en couverture ou de se ruer sur le porteur du ballon. Une véritable sentinelle qui doit faire parler sa vision du jeu.

« Landry a bâti la défense 4-3 autour de moi, » se souvient Huff. « Ça a révolutionné la manière de défendre et ouvert la voie à toutes les variations de défense de zone et en homme-à-homme qui sont associées à ce modèle et que l’on connaît aujourd’hui. »

Quand les Giants tombent sous le bras létal de Johnny Unitas en 58, les prouesses tactiques de Tom forcent déjà les attaques à revoir tout leur plan de jeu. Pire, à revoir tout leur fonctionnement. Ce jour-là, le quarterback des Colts n’exécutera pas un seul des jeux appelés par son banc. Il passera l’aprem’ à cracher des audibles, à ajuster son attaque en fonction de la défense. En face, loin de s’intéresser uniquement à ce qui se passe avec ses joueurs, Landry prend un malin plaisir à tenter de deviner ce que vont faire les attaques adverses. Il développe un système d’analyse visant à répertorier les habitudes et tendances offensives des rivaux pour mieux anticiper leurs mouvements et mieux les contrer. À l’inverse d’un Vince Lombardi partisan d’un jeu ouvert où l’on avance ses cartes au grand jour, Tom préfère progresser tapis dans l’ombre et guetter les moindres gestes de sa proie pour mieux lui tomber dessus.

Pour ça, il manipule sa 4-3 comme bon lui semble. Il ordonne presque systématiquement à deux de ses linemen de reculer d’un yard. Jamais les mêmes. Tout dépend de son flair et du jeu qu’il pense que l’attaque va exécuter. Flex Defense. Plus question d’un alignement fixe. La défense s’adapte aux mouvements de l’attaque. Anticipe. Prévoit. Un jeu d’échec. Landry dessine trois variantes : strong, weak et tackle. De cette manière le coach espère empêcher ses linemen de se retrouver enlisés dans la mêlée ou d’être débordés par les coureurs adverses à cause de mauvais angles d’attaque. Plus question de défendre en homme-à-homme. Dans cette formation, chaque joueur est responsable d’une zone, d’un trou. Peu importe où le ballon s’en va.

Retour vers le futur

Conscient que sa nouvelle tactique va rapidement faire des émules et être avidement copiée par ses pairs, Tom Landry développe une attaque pour la contrer. Dès le milieu des années 70, il ressuscite les motions, ces mouvements de joueurs pré-snap le long de la ligne, et sort du placard une formation oubliée depuis des lustres : la shotgun formation. Le but : protéger Roger Staubach pendant que la marée de rookie qui l’entoure s’aguerrit. En 75, ce sont pas moins de 12 débutants qui intègrent l’effectif des Cowboys. Une vraie garderie.

La véritable innovation offensive de Landry se résume à un mot : preshifting. Rien de nouveau en soit. Cette tactique remonte au tournant du siècle. On la doit à Amos Alonzo Stagg, coach des Chicago Maroons pendant 40 ans. Seulement, Tom va une nouvelle fois la sortir de l’oublie et en faire une de ses armes fétiches. Le principe est simple : changer de formation juste avant le snap. Une moyen de brouiller les cartes, de surprendre et d’empêcher la défense de lire les intentions de l’attaque. Malicieux, Landry ordonne à ses linemen de se redresser pendant que ses coureurs changent de position. Derrière les montagnes de muscles et de gras de la ligne offensive dressées sur leurs deux jambes, impossible de voir ce qui se passe. Le changement opéré, ils reprennent leur positions accroupie. Up and down. À peine le temps pour la défense de s’ajuster, hut !

En avance sur ton temps tactiquement, Landry l’est aussi psychologiquement. Sa conception du football ne connaît aucun égal.  Pendant que les Packers de Vince Lombardi et ses linemen petits et roublards règnent sur les années disco, Tom bâtit l’avenir. Surtout, il érige une véritable muraille humaine en guise de ligne offensive. Des mastodontes de près de 2 mètres culminant jusqu’à 120 kilos. Un bouclier en chaire et en os qui allait bientôt faire du Super Bowl et du Pro Bowl leur destination préférée des vacances d’hiver. De l’autre côté du ballon, même combat. Les 60’s ont consacré des défenseurs de ligne petits et compacts, Landry va leur préférer des colosses toujours plus grands et athlétiques. Les 2m01 de George Andrie, le mètre 98 de Jethro Pugh, puis plus tard, les 2m06 d’Ed Jones. De la vitesse et des bras interminables. Une autre vision du football. Le futur avant l’heure.

Tom Landry va faire de la vitesse et de la puissance les maîtres mots de son approche du jeu. Le tacticien se dote d’un coach de sprint universitaire et d’un haltérophile pour travailler chacun de ces aspects. Des coachs spécialisés. Inédit à l’époque, monnaie courante aujourd’hui. Toujours à l’affût des meilleurs athlètes, il garde un œil attentif sur les pistes d’athlé pour recruter des joueurs rapides, insaisissables. Une philosophie qui fera atterrir Bob Hayes, l’homme le plus rapide du monde, en plein Texas.

Fin tacticien, homme pragmatique, Tom Landry n’a rien d’un trublion sur le bord du terrain. Bien au contraire. Il reste impassible, fermé à la moindre démonstration d’émotion. Même à l’entraînement quand Don Meredith, intercepté par Cornell Green et faussement enragé, court après son coéquipier pour lui asséner des coups de casque sous le regard hilare du reste de l’équipe.

« Il ne se passe jamais rien de drôle sur un terrain de football, » lâche-t-il après l’incident, laconique.

Son image d’homme terne, à la face autoritaire et dure en bord de terrain l’importe peu. Ce que le public pense de lui l’indiffère. « Mes amis me connaissent. » Rien ne le définit mieux que le contrôle de soi. Son fedora, son incontournable feutre, vissé sur le crâne, il incarne la classe. Le coach le plus classe que la NFL ait jamais porté estiment beaucoup.

De la théorie à la pratique

Novateur sur le terrain, mais aussi dans l’approche tactique, il est le premier à se doter d’un coach chargé d’étudier les adversaires à la vidéo et de décortiquer leur jeu. Une façon de gagner du temps sur la préparation. Avoir un temps d’avance sur l’opposition. Une obsession pour Landry. Monstre de minutie, il s’entoure d’une véritable armée d’assistants. Un groupe taillé sur mesure, une approche tactique en avance sur son temps, un football d’anticipation. Tom se bâtit une équipe faite pour une chose : gagner.

Loin d’avoir douché leurs espoirs, l’échec de 66 n’a fait que nourrir leur appétit. Pourtant, dans des sixties marquées l’hégémonie des Jaune et Vert de Lombardi, difficile de tirer sa part du gâteau. Pour leur première année dans la division Capitol, les Cowboys raflent le titre, atomisent les Browns et retrouvent les Packers. Qui sera couronné roi de la NFL et ira défier le champion de l’AFL dans le deuxième Super Bowl de l’histoire ? Dans un Lambeau Field délocalisé sur la banquise pour l’occasion, les joueurs vont vivre un calvaire. Sur un terrain transformé en patinoire géante à ciel ouvert, dure comme du béton, Bart Starr et ses potes s’en sortent le mieux. Au terme de l’une des rencontres les plus épiques de l’histoire, les joueurs du Wisconsin décrochent le droit d’aller défendre leur bien dans la douceur de Miami. Côté texans, le Ice Bowl laisse des traces. S’ils restent maîtres dans leur division, les hommes de Landry buttent deux fois de suite sur les Browns de Blanton Collier au premier tour.

Pourtant, dans la défaite, les ‘Boys affutent leurs armes. Apprendre à perdre, c’est aussi apprendre à gagner. Ne plus avoir peur de la défaite. Jouer libéré. Une formule qui va bientôt porter ses fruits. Dans une division rebaptisée Est en 70, la domination des Texans est sans partage. De 1968 à 1973, le tarif annuel minimum est de 10 succès par saison et un joli ticket aux premières loges des séries. En 70, pas de Packers sur la route. Malgré une démonstration de force au sol (209 yards), les hommes de Landry se débarrassent petitement des Lions au terme de l’une des rencontres les plus radines en points de l’histoire (5-0). Les 49ers écartés, les Cowboys retrouvent les Colts de Johnny Unitas à l’Orange Bowl de Miami. Le premier Super Bowl depuis la fusion entre l’AFL et la NFL. Le Super Bowl V. Salade de pénalités, conversion ratée, turnovers à tout va, erreurs d’arbitrage en pagaille, le spectacle frise le pathétique. Stupor Bowl. Blunder Bowl. Au jeu des plus nuls et ridicules, les Cowboys s’inclinent (13-16). Vaincu, le linebacker Chuck Howley devient le premier défenseur de l’histoire et perdant à être honoré du titre de MVP de la rencontre. Un honneur dont il se fout royalement et qu’il refusera. Seule la victoire comptait.

Les Vikings de Bud Grant renvoyés dans le Nord, les 49ers repartis dépouillés les rivières de leurs paillettes d’or, les Cowboys se présentent face aux Dolphins de Don Shula avec une sérieuse étiquette de losers incapables de gagner les matchs qui comptent à arracher de leur casque. Dans le Tulane Stadium, le futur MVP de la rencontre, Roger Staubach, et ses potes vont rapidement donner la mesure et étouffer les Dauphins. 24-3. Enfin. À 11 ans, la franchise de Dallas grimpe sur le trône pour la première fois. Mais pas la dernière. Deux saisons à 10-4, deux défaites en finale de conférence, puis plus rien. Les Cowboys mettent fin à une série de 8 campagnes achevées au plus tôt aux portes du Super Bowl. Au bout de leur doigt, une seule petite bague.

La Louisiane lui va si bien

En 75, après une année vierge, Tom Landry renoue avec le succès. Et avec le Big Game. À 24 secondes de la fin, Roger Staubach assomme le Metropolitan Stadium d’une passe victorieuse de 50 yards, avant d’aller donner une leçon de football dans leur Coliseum à des Rams pourtant donnés favoris. Les Cowboys retrouvent Miami et son Orange Bowl dans la douceur du début d’année. Un Super Bowl X aux allures de coup d’envoi des festivités du Bicentenaire des États-Unis. Un match à part. Face aux Steelers de Chuck Noll et leur Rideau d’acier, les hommes de Landry mènent à l’entame des 15 dernières minutes. Le moment choisi par Franco Harris, Terry Bradshaw et surtout Lynn Swann pour entrer en fusion. 14 points sans réponse. Les Texans ne reviendront jamais. La bague leur glisse du bout du doigt. Une fois de plus.

Une année de transition. Une revanche victorieuse pour les Rams qui coupent l’élan des ‘Boys dès le premier tour. À l’horizon, se profile déjà une nouvelle ère. Une ère incarnée par un homme. Un rookie qui va bientôt éclabousser la NFL de son talent. Un rookie qui va bientôt faire connaissance avec la méthode Landry. Pour sa première saison chez les pro, Tony Dorsett s’apprête à recevoir la visite de ses parents. Ses plus grands fans. Jouer sous leur yeux a toujours été une immense fierté pour le coureur. Mais les éléments décident de se liguer contre lui. La veille du match, un violent orage provoque une coupure de courant chez lui. Résultat : panne de réveil. Sur la route, en retard et stressé comme jamais, il se trompe de chemin avant de se garer du mauvais côté du stade. À l’autre bout. C’est parti pour un sprint. Dans sa course folle à travers les travées, les fans lui souhaitent bonne chance. Une seule obsession pour lui : filer au vestiaire au plus vite, rejoindre ses coéquipiers, déjà à l’échauffement. Et surtout, éviter le courroux de son coach.

« Une fois dans le vestiaire, j’ai vu une note accrochée à mon casier me disant d’aller voir Coach Landry. J’étais terrifié. Je me suis dit que j’étais bon pour une amende, j’avais peur qu’il aille même jusqu’à me couper. Je me rends donc à son bureau et plaide ma cause, en vain. Finalement, Coach Landry me dit, ‘Tu ne seras pas titulaire et tu ne vas probablement pas jouer. Ok.’ Quand Coach Landry dit OK, ça veut dire que la conversation est terminée. »

Le rookie se liquéfie sur place. Dégoûté. Découragé. Honteux.

« Je lui lance un regard noir, je n’ose même pas imaginer que mon père et ma mère se soient déplacés pour rien. Puis je sens de grosses larmes inonder mes yeux, alors je me lève et m’en vais. Je n’ai pas débuté la rencontre, mais quand je suis finalement entré en jeu, je ne voulais pas lui donner de raison de me sortir. J’ai fait un gros match et marqué sur une longue course. Le lendemain, pendant la séance vidéo, Coach Landry a lancé, ‘Peut-être que tu devrais plus souvent être en retard. »

Adoubé par son coach, Tony Dorsett va engloutir 1007 yards et 12 touchdowns. Portés par leur Rookie Offensif de l’Année et le Joueur Défensif de l’Année, Harvey Martin, les Cowboys écrasent les Bears, écartent les Vikings et retrouvent les Broncos à La Nouvelle-Orléans pour le premier Super Bowl de l’histoire disputé sous un toit et en primetime. Six ans plus tôt, la Louisiane leur avait porté chance. Six ans plus tard, rien n’a changé. Comme un clin d’œil à ses ancêtres Québécois de feu la Nouvelle-France. Les hommes de Landry prennent les commandes des opérations d’entrée pour ne jamais les lâcher. 27-10. Le coach peut-être porté en triomphe par ses joueurs. 8 turnovers forcés, 8 minuscules passes accordées pour 61 microscopiques yards. Le coach n’a rien perdu de ses talents de stratège défensif.

La campagne 78 ressemble comme deux goutes d’eau à la précédente. Pour la première saison à 16 matchs, les Cowboys s’imposent 12 fois, déplument les Falcons avant d’écraser de pauvres Rams. En route vers un doublé ? Pas si vite. Dans un Orange Bowl dans lequel ils ont trop souvent enterré leurs espoirs de titre, se dressent des Steelers qui ne leurs réussissent guère. Face à un Bradshaw transcendé, les joueurs de Landry tiennent longtemps le choc. Jusqu’à 19 secondes fatales dans l’ultime quart-temps, qui voit Pittsburgh marquer deux fois et creuser un écart insurmontable. 31-35. La malédiction de Miami a encore frappé. Tom ne vivra plus jamais de Super Bowl. Deux victoires en Louisiane. Trois revers dans le sud de la Floride. Malgré 6 visites en playoffs de 79 à 85, Dallas cale. Trois fois de suite, les hommes à l’étoile bleue échouent aux portent du Super Bowl. Trois ratés, trois bourreaux. Les Eagles de Ron Jaworski, les 49ers de Bill Walsh à l’aube de leur règne, les Redskins de John Riggins dans une saison écourtée par la grève de 1982.

1986. Année de la rupture. Les Cowboys mettent fin à une incroyable série de 20 saisons gagnantes consécutives. Seuls les Patriots et leur 16 saisons dans le vert depuis 2001 sont parvenus à s’en approcher. 13 titres de division, 18 séjours en playoffs et 5 Super Bowl dont deux victorieux. Une saison dans le rouge. Puis une deuxième. Et une troisième. Une page se tourne. En 89, Jerry Jones rachète la franchise et met Tom Landry à la porte. Clap de fin sur 30 décennies d’un amour fusionnel. L’homme au fedora disparaît des bords de terrain avec le record de victoires en playoffs (20). Une marque que seul Bill Belichick et ses 24 succès (série en cours) sont parvenus à effacer. Seuls Don Shula et George Halas ont conquis plus de succès que lui dans la NFL. De défaites, seul Jeff Fisher en a glané autant. La fin d’un chapitre. Mais pas d’une histoire. Celle des Dallas Cowboys. Celle de l’America’s Team.

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