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[Super Bowl Stories] Épisode IV : Ragnarök à NOLA

À 49 semaines du Super Bowl LII, épisode 4 de notre rétrospective exceptionnelle, le Super Bowl IV.

Minnesota Vikings (NFL) vs Kansas City Chiefs (AFL) – 11 janvier 1970

364 jours n’ont pas suffi. La leçon infligée par l’AFL non plus. Même humiliée, même renversée, même détrônée, la NFL s’évertue à se penser plus forte. Le Super Bowl III ? Un malheureux accident. Un coup du sort qui ne saurait se répéter une seconde fois.

Super Bowl IV Logo.svg

Le dernier round

Emmenés par un Bud Grant boulimique de victoires, les Vikings auront tremblé une semaine. Un revers en ouverture de la saison, une défaite anecdotique en clôture, et au milieu, une flopée de victoires. 12 consécutives. Une série record qui tiendra 35 ans. L’attaque la plus prolifique de la NFL (379 points), la défense la plus hermétique (133). Un football record. Un football total. Trois volées mémorables qui les voient inscrire 50 points ou plus, dont l’une face à des Colts encore en pleine gueule de bois post-Super Bowl III, on avait plus vu Vikings aussi assoiffés de sang depuis le dernier siège de Paris, à la fin du IXe siècle. Pendant que l’attaque commandée par Joe Kapp tourne à plein régime, la défense instille la terreur dans les tête adverses. The Purple People Eaters. Gary Larsen, Alan Page, Carl Eller et Jim Marshall. Les bouffeurs de quarterbacks. Les ogres des gridirons. Un pass rush qui engloutira 50 sacks cette année-là. Derrière, un groupe de defensive backs mené par le futur meilleur intercepteur de l’histoire, Paul Krause. A-t-on déjà vu défense aussi infranchissable et intraitable ? Peut-être bien que non. Pas de quoi faire trembler Len Dawson pourtant.

« Les Minnesota Vikings avaient une bonne équipe et une excellente défense, mais pas autant que la nôtre. »

Leader naturel, Joe Kaep est le patron d’une attaque qui détonne à l’époque. En bon disciple de Fran Tarkenton, le quarterback est une véritable double menace. Quand la voie des airs est bouchée, il prend ses jambes à son cou. Lancer en mouvement ou se muer en coureur pour aller gratter la poignée de yards qui manque, les défenses n’y sont pas encore habituées. Et comme si son style n’était pas suffisamment inhabituel et déstabilisant, le passeur ne fuit pas le contact, bien au contraire, il l’affronte de plein fouet. Au lieu de glisser le pied en avant, il baisse les épaules, bande ses muscles et fait regretter aux défenseurs de s’être dressés sur son chemin. Appelez le Indestructible. Les Rams écartés non sans trembler pour le premier succès en playoffs de l’histoire de la franchise des Twin Cities, Joe Kapp marche sur les Browns dans le match pour le titre NFL. Et quand Jim Houston tente de l’arrêter, il se mange un tampon made in Kapp dans les dents. Le pauvre linebacker aura besoin de l’aide de ses petits camarades pour rejoindre le banc. Derniers vainqueurs du Ed Thorp Memorial Trophy, les Vikings iront reconquérir l’honneur de la NFL au Super Bowl IV.

En face, des habitués du Big Game. Pour la première fois, des anciens battus auront l’occasion de se rattraper. Des revanchards parfaitement préparés. Hank Stram sur la ligne de touche, Len Dawson under center. Depuis leur défaite dans le premier Super Bowl de l’histoire, le destin a choisi de leur pourrir la vie. Une saison dans le vert en 67, mais pas de playoffs. Un 12-2 porteur d’espoir un an plus tard, puis une gifle XXL dès le premier tour face aux Raiders (6-41). Dans une AFL de plus en plus relevée quoi qu’en pense Madame la Marquise NFL, rien ne semble devoir leur sourire. Et la campagne 69 ne fera pas exception. Dès la deuxième semaine, Dawson est touché au genou. La sentence est lourde, pas de terrain pendant un mois et demi. Pourtant, dans leur malheur, une éclaircie. Sorti de nulle part, Mike Livingston, la doublure de la doublure, va remporter cinq des six rencontres qu’il disputera. 11-2 et un ultime match pour le titre de division à disputer. Face aux Raiders, dans une partie à couteaux tirés, les Chiefs s’inclinent (6-10) et laissent filer la couronne. Play calling foireux de Len Dawson, performance pas à la hauteur, c’est une avalanche de critiques qui s’abat sur les joueurs du Missouri.

Pourtant, le billet pour les playoffs est en poche. Et c’est bien là le principal. Merci l’AFL. En prévision de son intégration complète à la NFL l’année suivante et au nouveau format de séries qui l’attend, la ligue décide d’offrir à tous les dauphins de division une place pour la postseason. Mais là encore, les mauvaises langues ne voient que le négatif. « Une entrée par la petite porte, » crachent les plus virulents. Une semaine plus tard, Joe Namath et sa clinquante bague de champion au doigt écartés, les voix dissidentes se font soudain moins entendre. La cinglante défaite de la saison passée effacée en finale de l’AFL face aux Raiders, on ne les entend plus. Les Chiefs ont gagné le respect des leurs. Pour ce qui est de celui de la NFL, il faudra encore attendre.

Car la leçon du Super Bowl III n’a pas été retenue. Len Dawson a beau être convaincu que les Jets et Raiders auraient pu battre les Vikings, la NFL refuse toujours de voir l’évidence. Perchée dans sa tour d’ivoire. L’AFL grandit. Vite et bien.

« Nous nous sentions vraiment aussi forts que la NFL et c’était une remarquable opportunité de le prouver » se souvient le coureur Mike Garrett. « Les Minnesota Vikings étaient une des toutes meilleures défenses. Ils étaient considérés comme une excellente équipe, nous avions donc à cœur de montrer que nous pouvions les battre et de prouver, de un, que les Chiefs étaient forts, et de deux, que toute l’AFL aussi l’était. »

Doublure NFL pendant 5 ans, Dawson incarne la progression constante de l’AFL. Là-bas il s’est mué en star, l’un des tout meilleurs à son poste. Et pas seulement dans l’American Football League. Dans tout le football pro. En 8 saisons chez la petite sœur, il aura lancé 182 touchdowns, plus qu’aucun autre quarterback sur cette période. « L’AFL a sauvé ma carrière. » Pourtant, tout ses exploits n’inspirent que l’indifférence en face. Il ne les doit qu’à la faiblesse de sa ligue. Quand il a enfin eu l’occasion de se mesurer à un adversaire digne de ce nom 3 ans plus tôt, il s’est effondré. De quoi titiller un Len Dawson plus revanchard et mieux entouré que jamais.

« C’était la meilleure équipe que nous n’ayons jamais eu, » racontera-t-il plus tard. « Regardez tous les noms, surtout en défense, cinq de nos gars sont au Hall of Fame maintenant. Nous voulions tous une chance de retourner au Super Bowl et nous y avons eu droit. »

Forts d’une attaque équilibrée et novatrice, qui use de formations et tactiques uniques pour briser le timing des défenses, Kansas City a un point commun avec ses futur adversaires du Minnesota : une défense imperméable, bien planquée derrière une ligne défensive 4 étoiles. Une défense qui n’aura encaissé que 177 points, sacké 48 quarterbacks et fait de la pêche aux interceptions son activité dominicale favorite. Une bonne habitude perpétuée face à Dan Lamonica en finale de l’AFC. Sur un nuage depuis un an, le passeur des Raiders envoie trois fois le ballon dans les mauvaises mains. Pour l’ultime duel AFL-NFL avant la fusion, Joe Kapp et les Violets sont prévenus. La moindre approximation se payera cash.

Même pas Kapp !

Un coup de chance. Un heureux hasard. Une aberration. Un pétard mouillé. Malgré la leçon infligée aux Colts un an plus tôt par Joe Namath & Co la NFL est toujours convaincue dur comme fer de sa supériorité. Aucune équipe AFL n’arrive à la cheville de la plus mauvaise de ses formations. La bonne vieille méthode Coué version hardcore. Poussée à son paroxysme. Pourtant, d’un point de vu strictement objectif, la supériorité des Vikings sur le papier ne fait guère de doute. Seulement, jusqu’à preuve du contraire, un match ne se gagne pas sur le papier, mais bien sur le terrain. C’est ce qu’on appelle une lapalissade. Face à des Chiefs qui ont dû se contenter de la deuxième place de leur division, le Drakkar violet et sa marge vertigineuse de 246 points font figure de véritable ogre. Mais les joueurs du Missouri n’en ont pas peur.

« Tout le monde nous répétait que nous n’avions pas la moindre chance, » se remémore Bobby Bell, futur Hall of Famer à l’époque. « Nous étions donnés perdants par 17 points. En défense, nous nous regardions et on se disait, ‘Aucune chance que ces gars marquent contre nous.’ C’est que nous avons assuré à l’attaque. »

Message reçu. Sur le bord du terrain, Hank Stram et son micro NFL Films dissimulé, mijotent leur plan de match. La recette a été minutieusement concoctée depuis deux semaines. Pour contrer la doublette Carl Eller-Jim Marshall, véritable premier rideau défensif dans les airs, capable de détourner de leur trajectoire initiale des ballons à peine partis de la paume du quarterback, le coach décide de mettre à chacun deux bloqueurs sur les épaules. De cette manière, il compte faire gagner du temps à Len Dawson et profiter de la tendance des defensive backs Violets à laisser énormément de distance entre eux et le receveur qu’ils ont la responsabilité de couvrir. Franchise phare d’une AFL née de la volonté de Lamar Hunt et de ses poches débordant de billets verts par millions, KC incarne l’innovation, l’audace, le futur. Et Hank Stram le stratège fait honneur à cette tradition qui lui colle déjà à la peau. Les Chiefs n’attendent pas que l’histoire s’écrive d’elle même, ils saisissent leur plus belle plume et font couler l’encre.

À La Nouvelle-Orléans, dans un Tulane Stadium à 15$ la place dégoulinant de ferveur et de bière malgré un ciel de plomb et 12 petits degrés, les Chiefs réalisent un début de rencontre appliqué. Un stop en défense, puis une série offensive qui cale en terrain ennemi. Les Vikings s’attendent à un punt. Nenni. De 48 yards, le Norvégien Jan Stenerud, l’un des tout premiers botteurs version soccer, allume la mèche. Un record pour le Super Bowl qui tiendra 24 ans. De part et d’autre, les défenses sont en place. Joe Kapp se casse les dents sur le rideau rouge. Gene Washington totalement isolé par la défense de KC, le passeur est privé de son jouet favoris. Avec un peu plus de réussite et la complicité de Vikings malchanceux, maladroits et indisciplinés, Len Dawson parvient à s’approcher des poteaux jaunes. Stenerud empile quelques points et les Chiefs creusent légèrement l’écart malgré une interception de l’inévitable Paul Krause. 9-0. Une NFL neutralisée et qui tend le bâton pour se faire battre, une AFL opportuniste et efficace, le scénario du Super Bowl III semble doucement se répéter.

Et comme un an plus tôt, les choses vont aller de mal en pis. Sur le coup d’envoi, Charlie West échappe le ballon dans sa redzone. Un tournant. Les Chiefs ont l’occasion de frapper un grand coup. « Une action clé, » lâchera Dawson. Malgré un sack de Jim Marshall sur le premier jeu, les joueurs de KC avancent au pas, la ligne offensive enfonce la défense du Minnesota, ouvre un trou béant et Mike Garrett piétine la peinture grasse de la endzone. 65 Toss Power Trap. 16-0. Dans son micro, Hank Stram crache son bonheur, hurle de joie.

« Notre priorité était de ne pas faire la moindre erreur et de capitaliser sur les leurs, » expliquera le tight end Fred Arbanas.

Mission accomplie. Visé par une enquête pour paris illégaux dans la semaine de préparation, Len Dawson est inébranlable. Il multiplie les trick plays dès le deuxième quart-temps. Reverse, end around, double-reverse saupoudrés d’une pincée de shotguns formations, une louche de hard counts sur des I-formations plus conventionnelles, le quarterback rit à la face d’une défense violette désarmée. Du troll version ballon à lacet. Auteurs d’un remarquable zéro pointé sur les troisièmes tentatives, incapables d’avancer au sol (les Vikings de 2016 n’ont rien inventé) et de s’aventurer plus loin que les 38 yards de Kansas City, les hommes de Bud Grant achèvent la première mi-temps sur un énième raté. Un coup de pied désespéré de 56 yards qui échoue à des années lumières des poteaux.

« Nous les avons martyrisés pendant tout le match, » se rappelle Bobby Bell. « Nous leur avons fait des choses qu’ils n’avaient jamais vues avant. À la mi-temps, je pense qu’ils n’avaient même pas gagné plus de 40 yards. Nous les avons éteints. Ils ne pouvaient pas marquer. »

L’AFL est morte, vive l’AFL !

Les Purple People Eaters quittent la pelouse grasse du Tulane Stadium partagés entre frustration et énervement. Rien ne se passe comme prévu. Le plan de match savamment élaboré par Stram les prend totalement de court. Trop de formations, trop de mouvements pré-snap, trop de variations. Le radar violet est hors d’usage. Les linebackers et le dernier rideau sont totalement aveuglés par une attaque qui n’a de cesse de bouger, de s’ajuster.

« Il y avait tellement de gars derrière leur ligne, c’était impossible de deviner ce qui se passait, » commentera le linebacker violet Roy WInston.

Le jeu au sol d’ordinaire surpuissant et survitaminé des Northmen est paralysé par un inhabituel front five défensif. Face au centre Mick Tingelhoff, les Chiefs placent un massif defensive tackle qui lui bouche la vue et permet aux linebackers de plonger dans les brèches. Trop de monde à couvrir. Les Vikings mettront toute la première mi-temps avant d’enfin s’ajuster. Trop tard.

Au retour des vestiaires, le vent souffle enfin dans le bon sens dans les voiles violettes. Un stop en défense, une première conversion qu’on espérait plus sur 3rd down et le fullback Dave Osborn réduit l’écart. 16-7. Pour la première fois, les Vikings sont parvenus à dépasser les 38 yards de KC. Ils n’y parviendront plus une seule fois. En face, les Chiefs n’ont pas ce problème et maintiennent le même tempo. 6 jeux, 82 yards, un petit reverse, une nouvelle pénalité cadeau des Vikings et un festival d’Otis Taylor. Hank Stram l’avait décelé, l’agressivité débordante et constante de la défense du Minnesota les rendait particulièrement vulnérables aux jeux truqués, aux feintes, aux pièges et aux passes dans le dos du front seven. Len Dawson trouve les mains de son receveur sur une passe courte, Taylor se débarrasse d’Earsell Mackbee dos à la endzone, fait volte-face, déboule le nom de la ligne, dompte le retour en travers de Karl Kassulke et plonge en plein bonheur. 23-7. Le drakkar Violet avait déjà perdu son mât. Il vient de sombrer. On ne le retrouvera jamais.

Les hommes de Bud Grant n’y sont plus. Découragés. Ils n’ont plus envie de se battre. Dans un ultime quart-temps anecdotique, la défense du Missouri se régale. Les Vikings sont pris à la gorge, neutralisés par une équipe trop grosse, trop massive pour elle, inoffensifs. Trois possessions, trois interceptions. Joe Kapp rend un hommage vibrant à Earl Morrall en signant les deux premières. Le quarterback quitte le terrain prématurément avec l’aide des soigneurs après un sack dévastateur d’Aaron Brown. Weeb Ewbank le devin l’avait prédit, Joe se blessera sur une course inutile. Gary Cuozzo achève le calvaire en beauté en lançant l’ultime interception. Dernière action du match. Tout un symbole. Trois interceptions, trois fumbles et six pénalités. Sabordés par leur indiscipline et une maladresse chronique.

« Nous avons fait plus d’erreur en un match qu’en toute une saison, » déplorera le safety Karl Kassulke.

Le Super Bowl III était un accident. Le IV est un séisme. Vaincue sous les yeux de 80 997 témoins ahuris, la NFL ne peut plus se cacher derrière son inébranlable confiance. Trop aveuglée par ses certitudes, la petit tape sur la joue de 68 s’est transformée en direct en pleine mâchoire. Donnés vainqueurs par 13 points d’avance, les rois de la NFL n’auront pas mené une seule fois au score. Pire, jamais ils n’auront semblé être en mesure de renverser la vapeur. Pour le dernier Super Bowl pré-fusion et l’ultime match de l’histoire de l’AFL, la petite sœur vient de mettre un terme définitif à l’éternel débat : qui des deux est la plus forte ? Aucune. 2-2. Balle au centre. Dans quelques mois, il n’y aura plus que la NFL. Une seule ligue unie. Une ligue flambant neuve qui en semaine 1 verra les Vikings étriller… les Chiefs.

Dauphins de leur division, les joueurs du Missouri sont désormais rois du ballon à lacet. Pour la première fois de leur histoire, les Chiefs sont sur le toit du monde. Pour la première, et la dernière. Depuis ce flamboyant après-midi de février 70, KC court après le Super Bowl. En vain. Un Big Game que les Vikings ne tarderont pas à retrouver, eux. Mais ça, c’est une autre histoire.

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