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Histoire Super Bowl

[Super Bowl Stories] Épisode XVI : Le bal des débutants

À 37 semaines du Super Bowl LII, épisode 16 de notre rétrospective exceptionnelle, le Super Bowl XVI.

San Francisco 49ers (NFC) vs. Cincinnati Bengals (AFC) – 24 janvier 1982

Nouveaux acteurs. Nouveau théâtre. À 16 ans, le Super Bowl fait peau neuve et offre dans une ville inédite, dans un stade inédit, une affiche inédite qui accouchera d’un champion inédit. Pas de Packers ni de Cowboys, pas de Dolphins ni de Steelers, pas de Vikings maudits non plus. Au lieu de ça, des chercheurs d’or du Far West et des tigres bien loin de leur Bengale natal. Deux formations qui avaient davantage perdu que gagné un an plus tôt. Un cas unique dans l’histoire de la ligue.Super Bowl XVI Logo.svg

Deux hommes, un destin

Depuis leur naissance en 46, les 49ers ont plus souvent côtoyé l’anonymat que la lumière. Pendant 4 ans dans l’AAFC d’abord, puis dans la grande NFL, depuis 1950. Leurs apparitions en playoffs se comptent sur les doigts d’une main. Un bref détour en 1957, puis un semblant de sursaut au début des 70’s. Mais leur heure n’a pas encore sonné. La décennie 70 est celle de Dallas et Pittsburgh. Les trois plus belles campagnes de leur histoire sont stoppées nettes. À chaque fois, les mêmes bourreaux : les Cowboys. Deux fois en finale de conférence, une fois au Divisional Round. San Francisco a compris. Son tour n’est pas encore venu. Il va falloir attendre.

En 79, après deux brillantes saisons à la tête du Cardinal de Stanford, Bill Walsh et sa West Coast offense sont appelés au chevet de Niners à l’agonie. 2-14 en 79. 6-10 en 80. Puis l’explosion en 1981. Emmenés par un choix de troisième tour drafté deux ans plus tôt et propulsé quarterback titulaire en cours de saison précédente, les Californiens sortent de l’ombre. 13 victoires, 3 défaites. À 35 ans, ils signent la meilleure saison de leur histoire. Un triomphe qui tient à deux hommes : Bill Walsh et son inégalable science du jeu, et ce gamin flanqué du numéro 16. Joe Montana. L’ancien prodige de Notre Dame complète 63,7% de ses 488 passes, lance 3565 yards et 19 touchdowns. Une rampe de lancement et trois missiles : Dwight Clark et ses plus de 1100 yards, Freddie Solomon ses presque 1000 unités et 8 touchdowns, et le tight end Charlie Young.

Dans une attaque qui cherche l’or dans les airs plus que dans le lit des rivières, le jeu au sol ne sert qu’à contrôler l’horloge et duper les défenses adverses. Ricky Patton ne fait pas mieux que 543 yards. Son pote Earl Cooper se contente de 330 unités, mais en ajoute près de 500 dans les nuages. Une soupape de sécurité de luxe. Quoique Joe n’en n’a pas vraiment besoin. Planqué derrière une ligne offensive cinq étoiles, le quarterback évolue dans un fauteuil. Un fauteuil moelleux et confortable dans un salon new-look. 5 rookies, 5 acquisitions via des échanges et 10 agents libres, ce sont pas moins de 20 nouveaux qui traversent le Golden Gate Bridge.

« Lentement, nous avons été capables d’ajouter des éléments potentiellement plus athlétiques à notre équipe, particulièrement grâce à la draft de cette année, et ça devrait porter ses fruits et nous rendre meilleurs globalement, » se réjouissait Bill Walsh. « Il y a encore beaucoup de travail à accomplir, mais je suis certain que nous avons passé un cap et sommes en train de devenir une équipe aux bases plus solides et plus versatile, capable de prétendre au titre dans les années à venir. »

Une confiance prémonitoire. Mais qui ne le serait pas. Si les défenses NFL battissent d’ordinaire leur succès sur la ligne, à coup de pass rush infatigable et survitaminé, les 49ers, eux, le construisent sur leur base arrière. Un secondary de puceaux, mais ça, ne le leur dites pas ou il vous le feront amèrement regretter. Trois rookies sans une once de complexes. Deux menaces de tous les instants et une superstar en puissance. Un serial hitter. Carlton Williams, Eric Wright et Ronnie Lott. Ronnie arrache à lui seul autant d’interceptions que ses deux potes. Sept. Dont 3 retournées à dam. Un record. Dans le rôle du grand frère, Dwight Hicks et ses 3 années d’expérience ajoutent 9 interceptions à une défense aérienne vorace. Sur la ligne, arrivé en cours de saison en provenance de San Diego, Fred Dean signe 12 sacks.

Dans la jungle de l’Ohio, les Bengals n’ont jamais gagné une seule rencontre de playoffs. Depuis que Paul Brown les a fait sortir de terre en 1968, ils ne se sont hissés que 3 fois en séries. Sans grand succès. Deux fois, ils auront subi la loi du futur vainqueur. Les Colts en 70 et les Dolphins en 73. Depuis la retraite de Paulo en 1975, trois coachs se sont succédés. En vain. Le vide à combler est immense. Même Bill Walsh, disciple bourré de talent du maître se prend un râteau. Arrivé un an plus tôt après les échecs de Bill Johnson et Homer Rice, Forrest Gregg redresse vaguement la barre. Après deux campagnes à 4-12, les Bengals s’imposent 6 fois. Un sursaut, mais pas de quoi en faire des prétendants crédibles. Comme les 49ers, pas grand monde ne croit en eux. Mais comme les 49ers et leur Joe Montana, c’est sans compter sur un homme.

Drafté au 3e tour en 71, Ken Anderson est aux commandes des tigres depuis une décennie. Biberonné à la West Coast Offense de Bill Walsh, coach assistant des Bengals de 68 à 75, le quarterback va entrer en transe en 1981. 3754 yards, 29 touchdowns, seulement 10 interceptions, la meilleure évaluation de la ligue, MVP, Joueur Offensif de l’Année, Comeback Player of the Year. La totale. L’ancien Viking de la petite université d’Augustana dans l’Illinois réalise une véritable razzia et métamorphose des fauves jusque-là bien inoffensifs en félins impitoyables. Létal dans les airs et redoutable au sol, aucun quarterback ne gagne plus de yards que lui à la course en 1981 (320). Portée par les 1009 yards, 8 touchdowns et l’enthousiasme du rookie Cris Collinsworth, l’attaque aérienne régale. Formation complète, l’escouade offensive de l’Ohio exploite à merveille les près de 1100 yards et 12 touchdowns de son fullback Pete Johnson pour semer la panique dans des défenses qui ne savent plus où donner de la tête. En bons jumeaux des Niners, les Bengals profitent d’une ligne en béton armé, cimentée autour du colosse Anthony Muñoz, en route vers le Hall of Fame.

La ressemblance entre les deux franchises est troublante. Même passé vierge de triomphe, des attaques portées par des quarterbacks qui aiment prendre de l’altitude, épaulés par un jeu au sol plus discret et planqués derrière des murailles de chaire humaine et de muscles. Pourtant, si les Californiens sont aussi forts des deux côtés du ballon et tiennent une véritable pépite en défense, la défense de l’Ohio ne fait pas vraiment frissonner. Efficace contre le jeu au sol, elle peut dire merci à une attaque vorace qui fait souvent rapidement monter l’addition. Pour faire déjouer les fauves, il suffit de lui couper les griffes : Ken Anderson, Cris Collinsworth et Pete Johnson. Compter sur la défense pour l’emporter ? Un pari bien audacieux et à éviter du côté de Cincinnati.

Beng’ à l’eau

Face aux Bills, les hommes de Forrest Gregg décrochent un premier succès en playoffs historique pour la franchise. Au bout du suspense. Une semaine plus tard, dans un Riverfront Stadium transformé en congélateur à ciel ouvert, ils viennent à bout de pauvres Chargers tétanisés par -23 degrés inhumains pour des Californiens. -50 quand le vent décide de s’en mêler. L’une des rencontres les plus froides de l’histoire. L’une des plus mémorables. Le Freezer Bowl. Un an après Tom Flores, Gregg deviendra bientôt le deuxième entraîneur à avoir disputé et coaché un Super Bowl. En janvier 1967 et 68, il portait le jaune et vert des Packers pour les deux premiers Super Bowls de l’histoire. À l’autre bout du pays, dans la fraîcheur hivernale de la baie de San Francisco, les Niners éclaboussent les Giants avant de dégoûter les Cowboys à 51 secondes de la fin et briser une série de 3 revers consécutifs en playoffs face aux Texans. Joe Montana. Dwight Clark. The Catch. En finales de Conférence, la NFL ajoute deux nouvelles pages à son histoire. Deux des plus marquantes.

Depuis le 1er novembre les Bengals n’ont perdu qu’une fois. 9 succès, un revers. Les coupables : les 49ers. 21-3. Net et sans bavure. De quoi faire des Californiens les favoris logiques. D’une courte tête. Pourtant, les avis son partagés. Pete Johnson sera le facteur X pour beaucoup. Ken Anderson, ses 11 années d’expérience et sa petite bulle à la ligne interceptions de sa fiche statistique depuis le début des séries ou Joe Montana, le prodige resurgi de l’oubli, son inexpérience et ses 4 interceptions. Chacun choisit son camp. Une chose est sûre, entre les deux formations qui auront le plus pris soin du ballon durant la saison régulière, le moindre turnover pourrait rapidement devenir fatal. Et à ce petit jeux, les 49ers et leurs chasseurs de ballons en fond de terrain sont mieux armés.

Loin du soleil de Los Angeles, de la chaleur de Miami ou du dôme douillet de La Nouvelle-Orléans, c’est à Pontiac que Bengals et 49ers en découdront. En plein territoire des Lions. Sous le toit du Silverdome, ils sont plus de 81 000 à s’être massés bien au chaud dans des travées colorées et bruyantes, dignes d’une rencontre universitaire. Si à l’intérieur, les conditions sont idéales pour le premier Super Bowl septentrional de l’histoire, dehors, c’est le bordel. Car dans le Michigan, en plein hiver, il neige. Et pas qu’un peu. Si bien qu’entre le mauvais temps et l’escorte de sultan qui accompagne le Vice-Président George Bush, l’un des bus californiens se retrouve coincé dans le trafic. À l’intérieur, Bill Walsh et Joe Montana. Le coach prend son mal en patience. Ils n’arriveront au stade qu’à 1h30 du coup d’envoi. Le meilleur remède : l’humour.

« Coach Walsh était plutôt décontracté dans le bus, » se souvient Montana. « Il disait, ‘je viens d’allumer la radio, on mène 7-0. Les préparateurs physiques appellent les jeux’. »

Pourtant, son sourire va rapidement s’éclipser de son visage. Après n’avoir concédé que 25 turnovers durant toute la saison régulière, les 49ers perdent le ballon dès le coup d’envoi. Une première dans un Super Bowl. Violemment percuté par Guy Frazier, Amos Lawrence échappe le cuir et l’offre aux Bengals sur ses 26 yards. Entame cauchemardesque. Contaminés par le stress qui tenaillait leurs adversaires à leur entrée sur le terrain ?

« Nous étions détendus dans le vestiaire, mais sans que je sache trop pourquoi la tension est montée au moment de pénétrer sur le terrain, » se souviendra tight end de Cincinnati Dan Ross, en route vers 11 réceptions record. « Le trac peut-être. »

En face, rien de tel. Ken Anderson avance au pas, se rapproche, lentement, avant de reculer de 6 yards sur un sack de Jim Sutckey. Sur un 3e essai, le quarterback aperçoit Isaac Curtis dans la peinture, appuie sur la gâchette et touche la mauvaise cible. Captain’ Dwight Hicks surgit devant le receveur, remonte 27 yards dans la direction opposée et montre la voie à ses jeunes pousses en signant une énième interception. Au meilleur des moments. On repart à zéro. Comme si rien ne s’était passé. San Francisco peut enfin commencer son match. La machine se met en branle.

Une. Deux. Trois. Joe Montana arrose et franchit déjà la ligne médiane. Fake reverse flea flicker. Freddie Solomon fait mine de s’échapper vers l’extérieur avant de renvoyer le ballon à son quarterback qui l’expédie 14 yards plus loin dans les mains gantées de son tigh end, Charlie Young. Trois courses, une passe et voilà les 49ers à un yard de la série parfaite. Montana se charge d’apporter la touche finale à ce drive d’école en se faufilant entre les postérieurs de ses bloqueurs et devient le premier QB à marquer au sol dans l’histoire du Super Bowl. 7-0. Le playcalling de Bill Walsh, l’exécution de Joe Montana. Le Père et le Fils. Ne manque plus que le Saint-Esprit, mais ils font déjà des miracles.

L’attaque si éblouissante des Bengals patine. Incapable d’avancer. Incapable de déjouer les miradors californiens. Et quand elle parvient enfin à s’approcher de la redzone, Cris Collinsworth voit Eric Wright éjecter le ballon de ses bras à 5 yards du Paradis. Rageant.

« J’étais en train de pivoter sur moi-même pour essayer de gagner plus de yards quand Wright m’a arraché le ballon, » racontera Collinsworth. « Les 49ers avaient passé la saison à le faire et ils n’étaient pas mauvais à ce petit jeu. »

Les tigres ressemblent davantage à des chatons. Surtout qu’en face, les Niners n’ont pas autant de soucis à les transpercer. Une nouvelle série à montrer dans tous les vestiaires et 92 yards records plus loin, Earl Cooper attrape une passe de 10 yards de Montana pour doubler la mise sur un jeu déterré d’un vieux grimoire de jeux du sorcier Bill Walsh. Il ne l’avait plus utilisé depuis 2 ans. Judicieuse intuition. Le receveur bondit à cloche pied avant d’envoyer le ballon s’éclater contre la peinture sang et or de la endzone. Clic clic. L’image du match. 14-0.

Un squib kick astucieux et tout en maîtrise de Ray Wersching sur le coup d’envoi, un rapide stop en défense et King Montana remonte sur son char à l’assaut de Bengals agars. Cette fois-ci, les hommes de Cisco devront se contenter de 3 points. Il reste 15 secondes avant la pause fraîcheur, mais Walsh a encore soif de points. Révélé spécialiste du genre depuis une blessure qui avait affecté sa puissance de frappe, le botteur des 49ers exécute un nouveau coup de pied tendu et court. Un ballon bondissant, une trajectoire incertaine, un Archie Griffin double Heisman Trophy qui cafouille et revoilà déjà les Californiens à 4 yards de la porte.

« J’avais une théorie sur ce genre de coups de pied, comme quoi Les deux premiers rebonds seraient capricieux et le troisième serait haut, » confiera Griffin. « Aujourd’hui, les trois auront été capricieux. »

Joe Montana en holder, Wersching en botteur, aucun des deux ne flanche et les Niners rentrent au vestiaire avec le plus large écart jamais enregistré alors à la mi-temps d’un Super Bowl. 20-0. Un match ? Quel match ?

One-night stand

Nettement devant à la pause, Bill Walsh n’est pas serein pour autant. Avec 20 points d’avance, l’avantage est confortable, mais pas assez pour se reposer sur ses lauriers. Surtout face à un adversaire de la trempe des Bengals. Oubliez le score. Plus question de 20-0. 0-0. Voilà ce avec quoi vous devez retourner sur le terrain. C’est un nouveau match qui débute et il n’est pas question de le perdre.

« Il nous a dit qu’il nous faudrait marquer deux autres fois, » se rappelle le left guard John Ayers. « Il nous a dit de ne pas laisser leur attaque trop longtemps sur le terrain, ou tôt ou tard, Anderson finirait par nous avoir. »

Et il a bien raison de se méfier. Dans le vestiaire d’en face, pas besoin de grand discours émotif ni de coup de gueule postillonnant. Un simple rappel. En semaine 1 face aux Seahawks, les Bengals étaient menés 21-0 après 15 minutes. Au coup de sifflet final, ils étaient repassés devant. 27-21. Pas besoin de chamboulement tactique, jouez mieux, tout simplement. Le message est passé. Inexistants pendant 30 minutes, les joueurs de Cincy reviennent sur le terrain plein de bonnes résolutions. Et en bons élèves, ils décident de les appliquer directement. 9 actions, 83 yards et le déclic. Enfin. Ken Anderson imite Joe Montana et gambade pour combler les 5 derniers yards qui le séparent de la endzone. 20-7. 99 yards en une mi-temps, 83 en un drive. Réveil radical.

Hors tempo, imprécis, incapable de dompter le pass rush des Rouge et Or, le passeur de l’ancien protégé de Walsh voit enfin la lumière. L’escouade offensive se réveille et tout le reste de l’équipe avec. Galvanisée par ce sursaut qu’on attendait plus, la défense se met au diapason de ses potes de l’attaque et prend à la gorge des chercheurs d’or soudain nettement plus embêtés pour trouver les failles et avancer en terrain ennemi. La nouvelle consigne de Forrest Gregg est simple : All-Blitz. Anytime, anywhere. Un changement de stratégie en entrainant un autre, le coach de San Francisco choisit d’abandonner les airs pour envoyer la cavalerie. En 15 minutes, il n’appellera que deux passes. Une stratégie audacieuse, à deux doigts de virer au désastre. De tout le 3e quart-temps, les 49ers devront se contenter de 8 petits jeux et 4 ridicules yards.

Le vent est en train de changer de camp. Aux joueurs de l’Ohio de renverser le momentum pour de bon. La scène 1 de l’acte II touche bientôt à sa fin quand Mike Fuller remonte un punt jusqu’au milieu du terrain. Le moment où jamais pour plonger les Niners en plein doute. 2 pénalités et un sack plus tard, voilà les Bengals renvoyés sur leurs 37. Un third down et 49 yards dans les airs de Cris Collinsworth et ils se propulsent à 14 yards de la peinture. Pete Johnson convertit un 4e essai crucial à 11 contre 10 et ils ne sont plus qu’à 3 unités de relancer le match pour de bon. Affaibli par la varicelle durant toute la semaine de préparation, le linebacker Keena Turner a raté le jeu appelé et est resté sur le bord du terrain. Oups.

2 yards arrachés au forceps qui rapprochent Cincinnati un peu plus de l’en-but, une nouvelle course avortée par des audibles mal compris et une défense féroce qui annihile les blocs, puis l’action du match. 3rd & goal sur la ligne de un. Deux coureurs dans son dos, un receveur en mouvement le long de la ligne. Ken Anderson feinte la transmission main à main avec Ken Johnson et exécute une rapide passe sous la ligne de scrimmage vers un Charles Alexander qui s’enfuit vers la droite. Dos au but, le coureur sent l’odeur de la peinture. Il n’a plus qu’à se retourner pour s’y vautrer, y batifoler, y exulter de bonheur. C’est sans compter sur Dan Bunz. Placé en vigile, le linebacker a tout compris. Avant même que le ballon quitte la main d’Anderson, il se rue vers l’extérieur. Alexander a tout juste le temps d’attraper le cuir et de vaguement se tourner vers la endzone que les 100 kilos de Bunz lui rentrent dedans et lui refusent l’entrée dans l’en-but sur un modèle de plaquage. 4th down. Les Bengals jouent le tout pour le tout. Après deux tentatives infructueuses sur la gauche, le staff choisit l’autre côté. Changement de direction, mais même issue. Déjà stoppé sur les deux premiers essais, Pete Johnson vient s’empaler contre une ligne de mêlée submergée de blanc. Goal line stand. L’action du soir. Le match vient de basculer. Les joueurs de Gregg repartent bredouilles. Abattus. Vaincus.

« On a exécuté ce jeu tellement de fois, » déplore un Pete Johnson auteur de 12 touchdowns en saison régulière. « C’est le genre de choses qui arrivent. J’ai vu la ligne des 49ers se redresser au moment du snap, je pensais pouvoir me faufiler dessous, Mais ça n’a pas marché. Tout simplement. »

Acculés sur leur ligne, les Niners ne font pas grand chose et dégagent rapidement le ballon jusqu’au milieu du terrain. Si les Bengals ont déjà un genou à terre, ils n’ont pas encore totalement baissé les armes. 7 jeux et 53 yards plus tard, ils n’ont même plus que 6 points de retard. 20-14 et un bonne dizaine de minutes à jouer. De quoi conforter Forrest Gregg dans son choix de tenter le touchdown plutôt que d’assurer 3 points sur la série précédente.

« Je me suis dit que même si nous ne marquions pas, les 49ers se retrouveraient sur leur ligne de un, » raconte le coach. « Et c’est ce qui est arrivé. Nous avons résisté, ils ont punté et derrière nous avons marqué pour revenir à 20-14. »

De match à sens unique sans grand suspense, le Super Bowl XVI se transforme soudain en partie ouverte et indécise, sous l’impulsion du réveil de Cincinnati. San Francisco recule, recule et semble à deux doigts de craquer. C’est sans compter sur Monsieur Joe Montana et ses petits copains du jeu au sol. Une longue passe, 7 courses consécutives, des trap plays bourrés de malice pour déjouer les blitz des Bengals, 4 minutes et 41 secondes qui s’envolent et 3 points au bout.

« Dans le huddle, on s’est dit, ‘Imaginons qu’il ne nous reste que 10 minutes à vivre,' » racontera Dwight Clark. « Il a même presque été question de 9000$ (différence entre la prime du vainqueur et celle du vaincu, ndlr). Dans ce genre de situation, l’argent est un gros facteur de motivation. »

Sur le premier jeu de la série de la dernière chance, Eric Wright intercepte Ken Anderson, remonte 25 yards, se fait reprendre par Max Montoya, tente maladroitement de transmettre le ballon à un coéquipier et échappe un cuir que le linebacker Willie Harper recouvre miraculeusement sur les 22 de Cincy. 5 courses, 3 minutes de tuées et avec 120 secondes à jouer, San Francisco creuse un écart insurmontable. 26-14. Les chercheurs d’or voient déjà les zéros défiler devant leurs yeux.

Ken Anderson distribue les passes à des receveurs incapables de filer en touche pour stopper l’horloge. Les secondes s’égrainent. Quand Dan Ross franchit la ligne pour l’honneur, il n’en reste plus que 16. L’onside-kick ne donne rien. 26-21. 2-3. 275-356. Cincinnati aura marqué plus de touchdowns et gagné plus de yards que les 49ers. En vain. Un cas unique dans l’histoire du Super Bowl. Dépassé, débordé, méconnaissable pendant 30 minutes, génial, chirurgical, fidèle à lui-même dans le second acte, Anderson se sera battu jusqu’au bout. Des regrets, bien évidemment, mais le sentiment d’avoir tout donné. Une bien maigre consolation. Malgré 20 nouveaux dans leur effectif, les Niners auront fait preuve d’une solidarité et d’une précision sans faille. Portés par le génie conjugué de Bill Walsh et Joe Montana, rien ne pouvait leur arriver.

« Rarement une équipe avec si peu de stars et d’expérience aura su s’élever si haut, » se réjouit le coach californien. « Nous étions imprenables. C’est le plus grand moment de ma vie. Il peut m’arriver n’importe quoi désormais. »

Pendant que le propriétaire Edward DeBartolo Jr. reçoit le Trophée Vince Lombardi des mains de Pete Rozelle, on passe en douce un téléphone au coach Bill Walsh. Un coup de fil pour lui.

« Je me disais bien que ça serait vous, » lâche Walsh, une main plaquée sur son autre oreille pour couvrir le vacarme de ses joueurs.

« Je voulais vous féliciter. Dites aux gars qu’ils ont gagné pour le Gipper, » lance Ronald Reagan le Californien à l’autre bout du fil en référence à George Gipp, star de Notre DAme des années 40 que le Président incarna au cinéma.

« Je crois que Joe (Montana) a eu une pensé pour lui au moment de gagner, » rétorque le coach. « Merci, merci beaucoup. »

Après 36 années de frustration, 30 minutes de cavalier seul et 30 minutes de sueurs froides, les Niners exultent. En 3 années, ils seront passés de la nullité la plus honteuse, à la consécration. Le triomphe. Enfin. Une aventure que même les plus grands devins du gridiron n’avaient vue venir. Un an plus tôt, ils perdaient 10 fois et regardaient les playoffs dans leur canap’. Aujourd’hui, le Trophée Vince Lombardi est à eux. Un revirement spectaculaire. Du jamais vu. Ce n’est pas seulement leur histoire que les 49ers viennent de réécrire, c’est leur destin. Un destin pavé d’or. Après des années à sonder le lit des rivières en vain, ils ont trouvé leurs pépites. Bill Walsh, Ronnie Lott et la plus belle de toutes : Joe Montana.

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