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Chroniques Histoire Undrafted

[Undrafted] Arian Foster : un poète dans un monde de brutes

Sous-estimés, méprisés, oubliés, recalés. Les revanchards de la NFL. Les non-draftés.

« La pluie ne fait aucune distinction. Elle ne laisse à celui sur lequel elle s’abat que deux options : soi l’accepter, soi crier après les nuages toute sa vie, » confiait un Arian Foster philosophe le 1er mars 2011, au moment de résumer à David Fleming d’ESPN son improbable parcours, entre deux bouchées de son T-bone XXL à 90 balles dans un resto de Houston, à quelques jours de son tout premier Pro Bowl.

Il y a quelques mois à peine, il était encore un parfait inconnu.

Le football pour s’échapper

Sorti de terre à la fin de l’été 86 à Albuquerque, Nouveau-Mexique, entre deux tempêtes de sable, Arian doit son prénom à un père aussi cultivé qu’incroyablement curieux. Une habile contraction d’Aquarian (ou Aquarius), 11e signe du Zodiaque, Porteur d’Eau et source du Savoir. Un blaze prédestiné.

Entouré de ses 4 frères et soeurs et de ses deux parents, il grandit dans un quartier oublié, noyé dans la pauvreté, dans un cadre familial meurtri par des violences conjugales et ne rêve que d’une chose : s’échapper. Quitter ce cul-de-sac maudit pour un monde meilleur. Un monde où il emmènerait avec lui ceux qu’il aime. Un monde où il gagnerait sa vie un ballon à lacet sous le bras. Avide de connaissances comme son père, brillant, indépendant, têtu, créatif, comme Abdul, son aîné de deux ans, il n’a rien d’un gamin comme les autres. Très tôt, il développe un goût pour la poésie et une curiosité vivace pour toutes les formes de cultures imaginables, pour peu qu’elles soient différentes et intrigantes. Un éveil au savoir et une soif d’apprendre tout aussi précoces qu’inhabituels pour un garçon de son âge et qui sonnent comme un vibrant hommage à son prénom. Une curiosité qui le poussera à dévorer aussi bien la Bible que le Coran. Une curiosité qui l’encouragera à reprendre des études de physique quelques mois seulement après avoir raccroché ses crampons pour de bon. « Parce que je veux savoir comment la matière se déplace, comment la lumière bouge — c’est le genre de choses qui m’empêchent de dormir la nuit, » raconte-t-il au site TheUndeadeated.com en avril 2018. Contre l’avis de son père, ancien receveur de l’Université du Nouveau-Mexique recalé par la NFL, mais avec l’assentiment de sa mère, il se met au football dès ses 7 ans et cultive très vite des rêves de grandeur.

En primaire, quand son enseignante fait un tour de classe pour demander à ses jeunes élèves ce qu’ils voudraient faire plus tard, Arian répond spontanément : « Joueur NFL. » Tu n’aurais pas autre chose en tête lui demande sa prof l’air amusé, un vrai métier ? Un instant de réflexion, puis il lève la main : « Pourquoi ne pas avoir demandé à ceux qui voulaient devenir médecin de se trouver un plan B ? » Gamin, mais déjà plein d’esprit. Rien ni personne ne pourra plus jamais se mettre en travers de son but. Quand bien même son coach de Valley High School lui balance qu’il est trop frêle pour espérer devenir coureur universitaire. Ce ne sont pas quelques séances de gonflettes qui vont lui faire renoncer et le priver de son rêve.

Arian a 14 ans quand ses parents se séparent finalement. Changement de vie, changement d’État. L’ado quitte le climat aride et l’altitude d’Albuquerque pour suivre son père à Pacific Beach, quartier paisible et ensoleillé de San Diego, balayé par les embruns du Pacifique. Un havre de paix qui tranche avec la spirale négative dans laquelle était en train de s’embourber l’apprenti footeux. Des coaches qui voulaient le transformer en defensive end contre son gré, des mauvaises notes et des produits douteux qui trainent entre ses mains, Arian devait s’enfuir à tout prix de cet environnement néfaste reconnaîtra-t-il lui-même. Nouvelle école, nouveau poste. Dans une Mission Bay High School blindée de running backs et en proie à une poussée de croissance spectaculaire, ses coaches choisissent de le convertir linebacker à temps partiel pour exploiter au mieux son physique cubique des deux côtés du ballon. Un coup en défense, un coup en attaque. À la fin de son antépénultième année de lycéen, Arian tourne à 9,5 yards de moyenne. De quoi aviver son appétit de ballons et faire gonfler ses ambitions futures. En fin de saison, malgré une défaite qui éjecte les Bucs des playoffs, Foster apparait pour la première fois sur les radars des recruteurs universitaires. Venus scruter Richard Kovalcheck, quarterback du lycée rival de St. Augustine, ils découvrent le jeu de jambes tout en souplesse, la douce explosivité et l’incroyable vision du coureur. De la véritable poésie. Malgré un déboulé de 76 yards annihilé par une pénalité, Arian efface très nettement la barre des 200 unités cumulées et commence à faire tourner quelques têtes.

L’été précédant son année de senior, chaque matin, sous le regard bienveillant d’un père ayant finalement accepté le choix de son fils, il cavale plus de 3 bornes, dévalant les dunes de sable de San Diego pour mieux les regrimper pour mieux les redescendre dans une boucle sans fin grâce à laquelle il renforce la tonicité de ses jambes. Une méthode inhabituelle, mais qui va produire des résultats hors de toute attente. Devenu running back à temps plein des Buccaneers, il engloutit plus de 2500 yards cumulés et se met tous les scouts du pays dans la poche. Une lettre frappée du T des Tennessee Volunteers ne tarde pas à s’inviter dans la boîte aux lettres. Malgré un accord verbal avec les Ducks d’Oregon, Arian accepte la bourse d’études des Vols à condition d’être « redshirté » pour sa première saison afin de pouvoir passer 5 années sur le campus de Knoxville. Si dès 2004, Arian fait partie de l’équipe, il devra patienter 12 mois pour pouvoir disputer la moindre rencontre et enfin se frotter aux rugueuses défenses de la SEC. Une SEC que la plupart des coaches locaux jugeaient bien trop relevée pour lui. Snif snif. Le parfum enivrant de la revanche embaume ses narines.

Pendant un an, entre deux entraînements suants et deux séances de bourrage de crâne à assimiler le cahier de jeu offensif des Volunteers, Foster hante la librairie, dévore des bouquins à s’en péter le bide, noircit des pages à n’en plus finir et élargit toujours plus son horizon culturel, philosophique et spirituel. Bercé par l’islam et ses 5 prières quotidiennes tourné vers l’est, il grandit auprès d’un père profondément croyant, érudit, libre penseur, qui connait la Bible sur le bout des doigts et l’encourage à tout questionner pour mieux forger ses propres convictions et développer sa créativité. Pourtant malgré cet héritage religieux, dans le secret de sa famille et de ses coéquipiers, Arian se sent profondément athée. Une absence de foi parfois problématique dans un pays et un sport où la croyance s’exprime au grand jour et se partage. Chaque dimanche à Tennessee, c’est messe obligatoire pour toute l’équipe. Un fardeau que le running back portera bien enfoui en lui pendant de longues années. Croyant, non. Spirituel, oui. Personnage unique dans son genre, Arian Foster croit dur comme fer au Karma. « Je crois que la vie suit son cours de façon étonnante, mystérieuse, fascinante, » confie-t-il à David Fleming d’ESPN des années plus tard. S’il se garde bien de s’étaler sur son absence de convictions religieuses, il écrit, écrit, écrit à s’en péter le poignet. Son trip, les vers, les rimes, le hip, le hop, le rap.

« Je compose religieusement de la musique depuis que j’ai 12 ans, » raconte-t-il sur TheUndeadeated.com. « Pour être honnête, ça a toujours été mon premier amour. Je n’ai jamais autant aimé le football que j’ai aimé la musique. C’était ma première voie de sortie pour fuir les moments durs de mon enfance. C’était mon échappatoire. Le football aussi, mais différemment. Je n’avais pas besoin de réfléchir. C’était la vie pour moi. J’ai des milliers de chansons d’enregistrées. »

Accaparé par le football, Arian met entre parenthèse ses rêves d’album. Le moment viendra. Mais pas question de ranger son stylo et son bloc-notes dans un tiroir fermé à double tour. Et quand il offre à l’un de ses profs l’opportunité de lire quelques-uns de ses vers, le verdict est jubilatoire : « Tu est incroyablement doué, tu devrais faire publier ces textes. »

Sur les terrains, voué à devenir la doublure naturelle de Gerald Riggs Jr, fils de l’ancienne gloire des Falcons et machine à marquer des Redskins lors de leur sacre de 91, Arian se retrouve propulsé dans le rôle de titulaire plus tôt que prévu par Phil Fulmer quand son supérieur hiérarchique se blesse. 879 yards dont 223 face aux Vanderbilt Commodores de Richard Kovalcheck, 5 touchdowns, pour sa première campagne en orange et blanc, le numéro 27 répond sans trembler aux attentes placées en lui. Une année pleine de promesses vite partie en fumée. Souvent blessé, moins utilisé, un an plus tard, Foster arrache péniblement 322 yards et se troue pour le final de la saison. Outback Bowl, Penn State et Tennessee sont dos-à-dos 10 partout dans le dernier quart-temps. À quelques pas de la terre promise, Arian se fait violemment rentrer dedans, le ballon gicle de ses bras et part se perdre à une dizaine de mètres de la peinture pour finalement être cueilli par un défenseur des Nittany Lions qui cavale 88 yards dans la direction opposée pour sceller le match. Le vide total. Le spleen.

Le sinistre épisode de 2006 enterré profondément six pieds sous terre, le physique enfin au rendez-vous, Arian Foster dévore 1193 yards au sol, en ajoute 340 dans les airs et inscrit un total de 14 touchdowns en 14 rencontres malgré un nouveau coordinateur offensif et un nouveau playbook à ingurgiter. La draft et la garantie d’entendre son nom retentir dans les premiers tours lui font de grands signaux, mais Arian cède aux suppliques de son coach et rempile pour une ultime année sur le campus couleur brique de Knoxville. Erreur magistrale. Pris dans les bouchons de la concurrence au poste, contraint de se farcir un énième système offensif, emporté dans le tourbillon d’une saison cataclysmique qui sonnera le glas de Phillip Fulmer après 16 années aux commandes de Tennessee et rattrapé par les pépins physiques, sa production chute de moitié, son moral dégringole à zéro et il se voit, de façon très exagérée, estampillé « machine à fumbles. » Pourtant, en 650 ballons portés durant sa carrière chez les Vols, il n’en aura lâché que 5 au sol. Mais chaque fois, il aura eu le don de choisir le moment. En difficulté sur le terrain, auprès de ses coaches et des fans, la personnalité singulière de Foster n’arrange rien. Dans une tentative douteuse de détendre l’atmosphère lors d’un point presse tendu, le joueur propose de ne répondre aux questions des journalistes qu’en ptérodactylien, dialecte ancestral disparu en même temps que les dinosaures, et se met à émettre des piaillements et couinements en guise de réponse. Malaise total. Internet s’empare de l’épisode et Arian se retrouve tourné en ridicule. Une saison pourrie.

Malgré une carrière universitaire tout sauf honteuse, Foster débarque au Combine d’Indianapolis avec un an de retard, une réputation ternie et emprunté physiquement. La faute à une blessure aux ischio-jambiers contractée lors de la dernière séance d’entraînement du Senior Bowl et qui l’empêche de prendre part aux tests physiques. Égoïste et renfermé sur lui même, original, imprévisible, pas aussi costaud que son physique ne le laisserait penser. La liste noire est longue. Pourtant, malgré le va et vient incessant des coordinateurs offensifs, les déboires continus de toute l’attaque et une rotation parfois frustrante, Arian aura fait preuve d’une capacité d’adaptation remarquable, se sera tu même lorsque la colère de ne pas assez jouer à son goût sera venue lui titiller les nerfs, plaçant l’intérêt collectif au-dessus de tout. Trop d’incertitudes sur ses facultés à porter une attaque sur ses épaules, à enchaîner les matchs et les saisons au rythme effréné pour l’organisme qu’impose la NFL et miné par un piteux 4,7 au 40-yard dash le jour de son pro day, le running back dégringole de toutes les mock drafts jusqu’à s’en faire expulser.

Pas découragée pour autant, toute la famille réconciliée se réunit au grand complet dans un hôtel d’Albuquerque le jour J. Celui de la draft. Les tours passent, le nom d’Arian Foster se fait attendre. Péniblement. Un air de déjà-vu pour Carl, son père, qui le prend à part et lui confie regretter chaque jour ne pas avoir persévéré après que les Broncos l’aient coupé en plein camp pendant l’été 1982. Plutôt que de se battre pour courir après son rêve jusqu’au bout, il avait préféré jeter l’éponge, rejetant la faute sur un système injuste à ses yeux. Message reçu. Même lorsque le doute et l’envie de tout abandonner viendront toquer à la porte, la poignée ne tournera pas d’un millimètre.

Le deuxième jour de la draft, Arian, son père et son grand frère vont se faire un 18 trous en espérant faire passer le temps de l’insupportable attente. Les minutes s’écoulent, le téléphone de l’ancien Volunteer reste désespérément muet. Un silence assourdissant. Il perd espoir, plus envie de jouer, le trio quitte le green avant le dernier trou. La draft 2009 s’achève sans que son nom ne soit appelé au podium. Arian se retire dans sa chambre, fait un peu de rangement et se dit, « Allez, au travail ! »

En vers et contre tous

Dring dring ! Bucs, Saints, Giants, Jets. Les prétendants ne manquent pas, mais après une petite recherche Google opérée par sa copine, Foster opte pour les Texans. Un contrat de deux ans et un depht chart bien plus dégagé que les autres courtisans, le choix est vite fait. Surtout, l’intérêt est mutuel. Invité au camp d’entraînement de la franchise texane, le running back passe l’été avec eux, dispute même quelques matchs de préparation, avant d’être aimablement coupé le 5 septembre pour mieux être signé sur le practice squad dès le lendemain. Un contre-temps de plus difficile à avaler pour le joueur. À Houston, dans un vestiaire où il ne connait personne, sa voix se fait très rarement entendre. Arrogance et nonchalance pour les uns, réserve et timidité pour les autres, les premiers pas de Foster dans le monde pro ne sont pas de toute gaieté.

« Il est diplômé en philosophie, c’est un cérébral, » explique Rick Smith, GM des Texans, dans les colonnes du Washington Post en 2010. « Il avance à son propre rythme. Très souvent, les personnes avec ce genre de personnalités ne sont pas vraiment concernées par ce qu’on peut bien penser d’eux, voire s’en fichent. Il a dû prendre conscience que s’il voulait jouer, avoir du succès dans cet environnement et faire partie de l’équipe, il devrait faire preuve de respect. »

S’il se questionne parfois sur l’intérêt du football, sur sa futilité, sur les émotions exagérément exacerbées qu’il suscite, pas question pour autant de griller sa chance. S’il n’est pas fou amoureux du ballon à lacet comme certains de ses coéquipiers, il aime le jeu, il y prend plaisir et a pleinement conscience de la chance qui est la sienne. Celle que son père n’a pas eu. Celle que des milliers de gamins mordus de football n’auront jamais. Hors de question que sa personnalité si détonnante dans le monde du foot US foute tout en l’air.

Pendant plus de deux mois, il se frotte aux titulaires durant la semaine avant de ranger son uniforme le dimanche pour regarder Steve Slaton, Ryan Moats et Chris Brown collectionner les fumbles et les arrêts buffet. Terriblement frustrant, mais contrairement à Carl, son rêve est là. Devant lui. À portée de bras. Le 17 novembre, il est signé sur le roster de 53 et fait ses grands débuts 6 jours plus tard, face aux Titans, sur les unités spéciales. Slaton le serial fumbler envoyé sur le banc début novembre puis sur la réserve des blessés un mois plus tard, Moats devient titulaire et Arian intègre peu-à-peu la rotation. Face aux Seahawks mi-décembre, il parcourt péniblement 34 yards en 13 essais. Une semaine plus tard à St. Louis, il doit se contenter de deux ridicules ballons. De simples gueuletons. Le 27 décembre à Miami, dans un rôle de doublure de luxe, il n’a besoin que de 19 courses pour emboutir 97 yards et inscrire le premier touchdown de sa carrière. Les mains collées, il se penche doucement vers l’avant. Namaste. Merci pour le cadeau. Merci de m’avoir porté jusqu’à la NFL. Merci d’avoir cru en moi. Une semaine plus tard, dans un match pour du beurre face aux Pats, Arian Foster est promu titulaire. Il y a à peine deux mois, il ne faisait même pas partie de l’équipe. Plus ou moins contraint par les événements, Gary Kubiak lui accorde sa confiance. Il ne va pas être déçu. 20 courses, 119 yards, 2 touchdowns, une célébration déjà iconique, une victoire de prestige, un Reliant Stadium enchanté et un vestiaire qui l’adopte enfin.

Un bel après-midi de janvier contre une saison pleine à près de 1300 yards au sol et une brassée de touchdowns 18 mois plus tôt. Arian Foster contre Steve Slaton. Malgré une campagne 2009 calamiteuse, l’ancien de West Virginia est toujours dans les petits papiers de Kubiak et débute le camp d’entraînement tout en haut de la hiérarchie des coureurs.  L’homme à abattre pour Arian. Pendant tout l’été, Foster, sa vitesse, son coup de rein létal, ses pas de valse, sa vision, ses mains d’orfèvre et ses qualités de bloqueur vont plus d’une fois faire vriller les cervicales du staff des Texans. Ce mec a quelque chose de spécial. Surtout, ce mec n’a pas passé le printemps à se tourner les pouces. Avec son frère Abdul, ancien sprinteur de Florida A&M devenu coach particulier pour sa compagnie Elite Life Training, basée à Houston, il s’est concocté un programme intensif sur mesure. Debout 5h30, jusqu’à 5 séances différentes par jour et un régime alimentaire plus sain que la junk food dont il se gavait dans le Tennessee. Après avoir scruté sous tous les angles les techniques de course de Michael Johnson, Carl Lewis et Usain Bolt, les deux frangins veulent adopter ces longues foulées si propres aux fusées humaines de la piste afin de permettre à Arian de gagner en vitesse.

Le numéro 37 troqué pour le 23, l’ancien Volunteer est nommé titulaire pour le match d’ouverture face à Indianapolis. Pris de court par ce revirement stratégique, absolument pas préparés pour affronter un adversaire qu’ils ne connaissent tout simplement pas, les Colts se font écarteler. 231 yards jamais vus dans la jeune histoire des Texans, 3 touchdowns et un succès tonitruant. Plus personne ne peut prétendre ne pas connaître Arian Foster. Coureur d’instinct, il rayonne dans le schéma de zone de l’attaque au sol de Houston. En semaine 14, il croise le chemin de son idole, Ray Lewis. Le meilleur moment de sa saison confiera-t-il à David Fleming. Devant les caméras du Monday Night Football, Arian marche sur la défense des Ravens, mais doit attendre près de trois quart-temps complets pour enfin oser lâcher un mot au mythique numéro 52 de Baltimore. Le linebacker se retourne, agrippe son casque et lui répond : « J’adore ton style de jeu gamin ! »

Plus qu’un simple préparateur physique, Abdul se mue en véritable coach particulier. Il visionne et revisionne le moindre snap de son petit frère. Depuis toujours en fait. À chaque mi-temps, il s’empare de son téléphone pour lui transmettre ses conseils. Pour sa première saison en tant que titulaire, Arian se souvient de le voir gesticuler en tribunes pour lui faire signe de regarder son portable. Sur l’écran, un SMS : « Contente toi de tes 5 yards. Arrête de chercher la grosse course à tout prix. »

Bourreau de travail, Arian Foster a aussi su dompter sa personnalité atypique pour se conformer aux exigences d’un vestiaire de football. D’un naturel curieux, éternel insatisfait qui remet tout en question, il a appris à aller à l’encontre de ses convictions les plus profondes pour devenir le plus professionnel possible dans son quotidien de sportif. « Toute notre vie, on nous apprend à obéir. Ceux qui s’y conforment ne découvrent rien. » Pourtant, jamais il ne sera ce joueur rebelle, frondeur, qui se moque du bien de son équipe et ne s’intéresse qu’au sien. Tout au long de son périple, en gamin, ado puis jeune adulte incroyablement intelligent, il aura su jouer les caméléons et s’ajuster sans cesse à un monde minuté à la seconde près où il ne reste que peu de place pour ses divagations philosophiques et où tous les avis ne sont pas toujours bons à entendre. Un monde auquel il a préféré taire son athéisme pendant de longues années par crainte de choquer joueurs, coaches et fans si profondément attachés à leur foi. Dans un univers aussi aseptisé que la NFL, Arian Foster fait office de tâche de fraîcheur, de spontanéité, de poésie et d’ouverture d’esprit.

« Je suis un défenseur de la liberté, » explique-t-il à GQ à propos du mariage gay en 2013. « Peu importe ce qu’une personne veut faire de sa vie, à condition qu’elle ne fasse aucun mal aux autres. Si deux personnes choisissent de s’engager dans une relation, elles devraient avoir le droit de l’immortaliser symboliquement. Et puis si vous êtes déjà dans une relation de longue date, le mariage n’est rien de plus qu’un bout de papier. »

Son téléphone en guise de calepin, un bloc-notes jamais très loin de son casier dans le vestiaire, il griffonne sur son clavier ou sur le papier des pensées, des vers, des paroles. Poète un stylo en main, poète un ballon sous le bras.

Vague souvenir d’une jolie prestation en janvier dernier. Quasi inconnu début septembre. 4 mois plus tard, Arian Foster achève 2010 tout en haut des charts. 1616 yards et 16 touchdowns au sol, plus de 600 dans les airs, il piétine la concurrence, décroche le titre de coureur de l’année le plus improbable de la décennie en distançant Jamaal Charles dans la dernière ligne droite, est nommé First Team All-Pro, s’envole pour le Pro Bowl et discrédite des milliers de scouts incapables de déceler toute l’étendue de son talent malgré une déchirure du ménisque qui ne l’aura presque jamais lâché de la saison. Une blessure qu’il s’était bien gardé de révéler à qui que ce soit. Il avait bien trop peur de perdre son job.

Il n’était personne. Un simple nobody perdu au milieu des stars de la NFL. Les adversaires ne savaient rien de lui. Désormais, il a sa place sur l’échiquier vert. Il a un nom. Il a un visage. C’est l’homme à neutraliser. Sorti de l’ombre, l’effet de surprise dissipé, c’est maintenant que le plus dur commence. Mais pour Arian Foster le poète philosophe, ça n’est rien de plus que du football.

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